Les fortifications de Paris - Les Parisiens, quatre à cinq fois mis en cage ! - Herodote.net

Les fortifications de Paris

Les Parisiens, quatre à cinq fois mis en cage !

Né sur l’île de la Cité et la rive droite de la Seine (l’actuel Quartier Latin), Paris s’est développé au fil des siècles par cercles concentriques.

À chaque époque, au fil de sa croissance, la ville a été ceinturée et entravée d’une façon ou d’une autre. D’abord par les fortifications des Capétiens, puis par l’enceinte des Fermiers généraux, par les « fortifs » de Thiers, enfin par le périphérique pompidolien !

Camille Vignolle

Les fortifications de Paris

Siège de la monarchie capétienne, Paris fut ceinturé de fortifications par Philippe Auguste avec, comme point d’appui à l’ouest, sur le bord de la Seine, une forteresse  baptisée Louvre. Elle gardait la ville contre les attaques éventuelles du duc de Normandie, par ailleurs roi d’Angleterre !

Comme la ville s’étendit rapidement au XIIIe siècle et au début du siècle suivant jusqu’à atteindre et dépasser les cent mille habitants, le roi Charles V érigea une nouvelle enceinte.

Il fallut ensuite attendre Louis XIII pour que soient repris les travaux en 1636, vers l’ouest et sur la rive droite. Son successeur Louis XIV jugea enfin, non sans raison, que l’heure n’était plus à fortifier la capitale. Le royaume était suffisamment solide et bien défendu sur ses frontières pour exclure l’éventualité d’un  siège de Paris.

Le ministre Colbert fit donc raser toutes les fortifications. Notons tout de même qu’il eut le bon goût d’ériger sur l’ancienne enceinte de Charles V deux magnifiques arcs de triomphe, les portes Saint-Denis et Saint-Martin, à l’extrémité des rues du même nom. Ces œuvres classiques des architectes François Blondel et Pierre Bullet donnent une touche de majesté à un quartier aujourd’hui très miséreux et délabré.

La démolition des fortifications ne fut achevée qu’en 1754, sous le règne de Louis XV. Des anciennes murailles, il ne resta que quelques pans de mur ou de fondation dans le Marais et sur la rive gauche de la Seine.

Un siècle plus tard, en 1844, de façon quelque peu saugrenue, le Président du Conseil Adolphe Thiers lança cependant la construction de nouvelles  fortifications avec des forts d’appui comme le Mont Valérien. Elles se révélèrent d’une flagrante et cruelle inutilité lors des invasions ultérieures, en 1870 et 1940.

L’enceinte des Fermiers généraux

En attendant, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Paris se découvrit « ville ouverte » pour la première fois depuis un demi-millénaire.

Cela posa un problème aux fermiers généraux, grands bourgeois chargés par Colbert de la collecte des impôts et notamment du droit d’octroi. Comme à l’entrée de toutes les villes dignes de ce nom, cette taxe était prélevée sur les marchandises destinées aux citadins.

On érigea donc de simples palissades en bois pour dissuader les fraudeurs et des cabanes aux entrées de Paris afin d’abriter les percepteurs. Comme on peut le penser, le dispositif laissait à désirer.

Au siècle suivant, les fermiers généraux s’en plaignirent au roi Louis XVI. Le contrôleur général des finances Calonne décida alors de l’établissement d’une enceinte plus dissuasive. 

Achevée à la veille de la Révolution, c’était un mur de 3,30 à 5,50 mètres de haut qui courait sur 24 kilomètres. Il était percé de 54 « barrières » avec les bureaux des percepteurs. Côté extérieur, un boulevard de 60 mètres de large ; côté intérieur, un chemin de ronde de 12 mètres.

Ce mur à vocation fiscale irritait l’opinion comme le donne à penser un célèbre alexandrin de Beaumarchais : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant ».

Le grand architecte Nicolas Ledoux érigea plusieurs barrières de l’enceinte des Fermiers généraux dans son style néo-classique inimitable (voir le pavillon de la du Barry, à Louveciennes, et les salines d’Arc-et-Senans, dans le Jura).

Surnommées avec quelque peu de prétention « Propylées de Paris », il en reste deux exemplaires tout à fait remarquables : la rotonde de la Villette, hélas abîmée par le passage du métro aérien, et les pavillons jumeaux de la « barrière d’Enfer ». Celle-ci a changé son nom pour devenir au début de la IIIe République, par un plaisant jeu de mot, la place Denfert-Rochereau, en hommage à l’héroïque « Lion de Belfort ».

Sous la Révolution, plusieurs pavillons furent incendiés et l’octroi fut supprimé en 1791… pour être rétabli en 1798. Il fallut attendre encore un siècle, pour qu’une loi, en 1897, autorise enfin les municipalités à le supprimer sans les y obliger. Cet impôt impopulaire ne subsiste plus qu’en outre-mer sous le nom « octroi de mer ».

À Paris même, l’enceinte des Fermiers généraux fut détruite par le préfet Haussmann en 1860, sous le Second Empire, pour les besoins d’agrandissement de la capitale, qui passa alors de 11 à 20 arrondissements.

L’espace ainsi libéré forma la ceinture des Grands Boulevards, avec ses grands magasins et ses théâtres.

Elle allait accueillir plus tard deux lignes de métro demi-circulaires entre la place de l’Étoile à l’ouest et la place de la Nation à l’est ; la première est dominée par l’Arc de Triomphe de l’Étoile, érigé en hommage à la Grande Armée de Napoléon Ier, la seconde par les Colonnes du Trône, construites par Louis-Philippe pour honorer la mémoire de saint Louis et Philippe Auguste. C’est par là en effet que les anciens rois faisaient leur entrée officielle dans la capitale lors de leur avènement.

Dans ses nouvelles limites, après la Première Guerre mondiale, la capitale se heurta désormais aux « fortifs » ou « fortif’ » de Thiers. Celles-ci enserraient les deux millions de Parisiens dans un espace de 80 km2 et elles avaient déjà à deux reprises témoigné de leur inefficacité du point de vue militaire.

Délaissée par l’armée, cette zone était le lieu de toutes les misères. Là vivotaient les ouvriers, nomades et autres déshérités de la capitale, les laissés-pour-compte de la « Belle Époque », vite qualifiés de « zonards » ! 

L’enceinte de Thiers fut donc démolie dans les années 1920 et remplacée par les boulevards des Maréchaux (nommés d’après les maréchaux du 1er Empire) et une large « ceinture verte ». Celle-ci ne tarda cependant pas à être lotie avec des immeubles sociaux à loyer modéré destinés à accueillir les familles pauvres. Bien que très resserrés et denses, ces immeubles en briques et pierres conservent une belle apparence un siècle après.

La partie extérieure de la « zone » n’a pas résisté à l’expansion des « Trente Glorieuses ». Dans les années 1960, elle est occupée par le Périphérique, une ceinture autoroutière de 35 kilomètres, soit une barrière autrement plus infranchissable que toutes celles qui l’ont précédée !

Publié ou mis à jour le : 2019-08-26 17:28:59

 
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