19 juillet 2026. Depuis quatre ans, la guerre en Ukraine nourrit les passions et défie les prophéties. Ceux qui annonçaient la chute de Kiev (Kyiv) en quelques jours se sont trompés ; ceux qui promettaient l'effondrement de la Russie également. Les drones changent une nouvelle fois le cours de la guerre. Mais rien n’indique une issue à brève échéance. L'Histoire, comme toujours, suit son propre chemin. C'est ce que nous écrivions déjà il y a deux ans en présentant trois scénarios de sortie du conflit. Force est de constater que les événements ne nous ont pas donné tort…
La guerre en Ukraine est passée depuis plus d’un an à l’arrière-plan de l’actualité, occultée par les initiatives tous azimuts du président étasunien, les bêtises à répétition des dirigeants européens et les avertissements sans frais de la Nature.
L’historien des guerres mondiales Stéphane Audoin-Rouzeau n’a pas manqué de relever ses similitudes avec la Grande Guerre (1914-1918) : l’une et l’autre ont commencé comme une guerre-éclair et se sont prolongées par une guerre de tranchées avant que l’arrivée de nouvelles armes – les tanks hier, les drones aujourd’hui – ne débloque le front.
La guerre en Ukraine est en passe de durer plus longtemps que son aînée ; reste qu’elle ne mobilise que deux acteurs sur le terrain – la Russie et l’Ukraine – et se solde heureusement par des pertes humaines bien moindres – pour l’heure du moins.
Tandis que la Russie semblait il y a un an prendre l’avantage, c’est aujourd’hui l’Ukraine qui a retourné la situation grâce à son inventivité en matière de drones (avions et bombes sans pilote), au point de frapper jusqu’à Saint-Pétersbourg et d’isoler la Crimée de la Russie !
C’est en premier lieu à la Chine et à la société turque Baykar que l’Ukraine doit ses premiers succès en la matière, en second lieu à l’Angleterre et aux États-Unis. Aujourd’hui, grâce à ses ingénieurs et à l’expérience acquise sur le champ de bataille, elle est devenue l'un des principaux laboratoires mondiaux de la guerre par drones. L'Union européenne, malgré ses proclamations belliqueuses et ses financements, est demeurée un acteur secondaire sur le plan militaire.
Ces retournements successifs sur le front russo-ukrainien n’ont été anticipés par aucun des experts qui occupent les plateaux télé, les colonnes des journaux et bien sûr les réseaux sociaux.
Bien évidemment, ils ont à chaque fois pris de court les gouvernants européens. Comment ne pas sourire (jaune) devant l’annonce par le président Macron du lancement à grand frais d’un nouveau porte-avions dont on se demande à quoi il pourrait servir face à un adversaire disposant en quantité de drones et de missiles de longue portée ?
La résilience exceptionnelle des Ukrainiens face à l’invasion russe ne doit pas faire oublier les permanences nationales et historiques.
Parce qu'elle est victime d'une agression de la Russie et lui fait front avec succès, l'Ukraine se présente comme le fer de lance des démocraties. Reste qu'elle est comme sa sœur russe une république ex-soviétique, avec un niveau de corruption comparable et des institutions démocratiques fragiles comme le démontrent les secousses politiques à répétition. L’héroïsme de ses soldats et la détermination de son président ne lui confèrent pas un brevet de démocratie à la suédoise.
La guerre a peut-être révélé l'Ukraine à elle-même ; elle ne l'a pas pour autant soustraite aux lois de la géographie et de l'histoire.
Trois scénarios de sortie du conflit
Herodote.net n’a pas de compétence particulière dans le domaine militaire et nous tenons pour superficielle l’action des individus sur le cours des événements. Il y a des exceptions : ainsi Churchill (13 mai 1940 : « Je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur !... »)… ou encore Zelensky (24 février 2022 : « J'ai besoin de munitions, pas d'un taxi »).
Mais notre familiarité avec l’Histoire nous permet d’observer le présent sans être aveuglés par l’écume médiatique. Nous avons le souci de replacer l’actualité dans le temps long. Notre modèle en la matière est le général de Gaulle : il s’abstenait d’évoquer « l’URSS » dans ses discours diplomatiques car, au contraire de ses contemporains, il la tenait pour une construction éphémère et préférait évoquer à son propos « la Russie de toujours »…
C’est ainsi qu’en mars-août 2024, Herodote.net a publié un éditorial sur la guerre en Ukraine en exposant « trois scénarios de sortie du conflit ». Nous nous en sommes tenus aux objectifs des belligérants et de leurs partenaires ; nous avons analysé les enjeux géopolitiques et les données démographiques.
Deux ans ont passé et force est de constater qu’il n’y a pas une virgule à changer à notre texte. C’est pourquoi nous vous le rappelons ci-après :
De cette analyse se dégage une conclusion hélas prévisible : quel que soit le scénario qui aboutisse, la guerre en Ukraine ne fera pas de vainqueur mais elle fera de façon certaine trois grands perdants : la Russie (avec ou sans Poutine), l’Ukraine et l’Union européenne.
Les États-Unis, comme à leur habitude dans toutes les guerres où ils sont intervenus depuis cinquante ans, en tireront sinon un supplément de gloire, du moins un supplément de puissance, quoi qu’en dise notre ami Emmanuel Todd (La Défaite de l’Occident).
Le président étasunien George W. Bush a allumé l’étincelle de la guerre en Ukraine en avril 2008, à Bucarest, en promettant à l’Ukraine et à la Géorgie de les intégrer un jour dans l’OTAN, contre l’avis de ses conseillers comme de la chancelière Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy.
Le président Poutine et les Russes ont dès lors cru revivre le cauchemar des agressions subies dans leur longue Histoire, des Mongols aux nazis en passant par les Polonais, les Lituaniens, les Ottomans, les Français, etc.
La guerre était devenue un risque majeur et il eut fallu beaucoup d’intelligence et de diplomatie aux dirigeants européens pour l’écarter. Au lieu de cela, ils n’ont eu de cesse d’agiter le chiffon rouge devant le Kremlin, de concert avec la Maison Blanche.
Mais cela est déjà de l’Histoire ancienne. C’est ce que nous exposons dans notre essai : Les Causes politiques de la guerre en Ukraine, en remontant comme il convient aux origines millénaires de la Russie et des nations européennes. Cet essai, publié il y a déjà deux ans, conserve toute sa pertinence. C’est en tous cas l’avis de ses premiers lecteurs.













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Alban (22-07-2026 07:13:23)
Non, non, Christian, les Occidentaux n'ont pas simplement "joué avec le feu" ! Washington a délibérément manoeuvré dès avril 2008 - j'insiste, dès avril 2008 - pour détacher la Russie de l'Eur... Lire la suite
Patrick (21-07-2026 11:36:56)
Je félicite Herodote.net pour ses analyses claires et précises de la guerre en Ukraine. J'aimerais un jour lire leur analyse de ce qui se passe actuellement entre les Etats-Unis, l'Iran et Israël. ... Lire la suite
Christian (21-07-2026 08:07:28)
Sans aller trop loin pour éviter de dépasser le fameux point Godwin, je pense qu’Éric a raison de relever certaines ressemblances entre le maître actuel du Kremlin et un célèbre dictateur mous... Lire la suite
GHERARDI épouse LEONARD (20-07-2026 19:20:06)
L' europe de l'atlantique à l'oural souhait du Général de gaulle, concorde des peuples. Aurore de la première puissance mondiale lumière de l'humanité . Entravant... Lire la suite
Eric (20-07-2026 16:23:43)
Tout a fait d'accord avec Guy. J'ai toujours trouvé fallacieux cette argument qui consiste à excuser la Poutine au relent d’impérialiste néocolonialiste fait accroire au monde qu'il se sent agre... Lire la suite
Christian (20-07-2026 11:39:40)
D’accord avec Guy sur ce point, je pense que Poutine et ses services n’ont jamais cru sérieusement que les Occidentaux envisageaient de les attaquer militairement. Une telle agression aurait déc... Lire la suite
Alban (20-07-2026 10:07:04)
Cher Guy, C'est trop facile de s'en tenir à l'invasion de 2022 comme on le voit dans les réseaux sociaux et les médias. L'invasion a des causes qui remontent à plusieurs années avant. Ne serait... Lire la suite
Guy (19-07-2026 21:17:46)
Penser que « Le président Poutine et les Russes ont dès lors cru revivre le cauchemar des agressions subies dans leur longue Histoire,« , c’est un peu faire injure à M. Poutine et au FSB dont... Lire la suite