Les femmes connaissent aujourd’hui des conditions de vie et un statut social plus élevés que jamais, du moins dans les pays occidentaux, mais ce succès relatif ne doit rien aux luttes féministes. Voilà le propos iconoclaste qui sous-tend Féminicène (Fayard, 2023). L'auteure Véra Nikolski voit dans la révolution industrielle et la chute de la mortalité infantile les vraies raisons de l'émancipation des femmes et craint que les perspectives économiques futures n'entraînent un retour en arrière...
Avec Véra Nikolski , nous pouvons faire le constat que les femmes, autour de nous, bénéficient aujourd’hui d’une totale égalité de droits et de statut avec les hommes. En France comme dans les autres pays occidentaux, toutes les professions leur sont accessibles et elles sont même devenues majoritaires dans certaines d’entre elles comme la magistrature, ce qui n’est pas anodin.
En ce qui concerne la politique, Françoise Giroud déclarait dans Le Monde du 11 mars 1983 que « la femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente [aussi bien qu’un homme incompétent]. » On peut dire que ce jour est depuis longtemps arrivé en dépit d’une rude concurrence !
Par contre, cinquante ans après qu’Anne Chopinet fut reçue major à l’X (1972), les femmes représentent moins de 20% des effectifs de Polytechnique comme des autres écoles d’ingénieurs. On ne compte également que trois femmes à la direction générale des entreprises du CAC 40 (les 40 principales entreprises cotées à la Bourse de Paris) : Catherine MacGregor chez Engie, Christel Heydemann chez Orange et Estelle Brachlianoff chez Veolia. Mais les choses pourraient rapidement évoluer car du fait de la contrainte légale, les conseils d’administration de ces mêmes entreprises comptent d’ores et déjà 46% de femmes.
Ces promotions sociales font suite à l’obtention par les femmes des droits civiques. Véra Nikolski soutient toutefois que ces droits ne doivent rien aux luttes féministes… à l’exception notable de la légalisation de l’avortement.
Les premiers pays à accorder le droit de vote aux femmes furent la Nouvelle-Zélande, l’Australie et les pays scandinaves, sans pression féministe d’aucune sorte. Le Royaume-Uni ne l’a accordé qu’après la Première Guerre mondiale, en dépit du très médiatique combat mené par les suffragettes.
La France, quant à elle, s’y est longtemps refusée du fait que la gauche craignait que les électrices ne renforcent le camp clérical. C’est finalement le très conservateur général de Gaulle qui a élargi le droit de vote en 1945, là aussi sans y être contraint par les mouvements féministes. Et que dire de la Turquie de Moustafa Kémal qui l’a accordé dès 1934 ?...
L’accession des filles à l’enseignement secondaire et aux études supérieures ne doit également rien aux luttes féminines, en dépit du coup d’éclat de Victoire Daubié, première bachelière française en 1864. En France, ce sont des hommes éclairés, Victor Duruy, ministre de Napoléon III, et Camille Sée, député de la IIIe République, qui leur ont ouvert l’école, le lycée et l’université.
La philosophe Simone de Beauvoir traduit cela en une formule : « Les prolétaires ont fait la révolution en Russie, les Noirs à Haïti, les Indochinois se battent en Indochine : l’action des femmes n’a jamais été qu’une agitation symbolique ; elles n’ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder ; elles n’ont rien pris : elles ont reçu » (Le Deuxième sexe, 1949).
Les sciences au service des femmes
Les mouvements féministes, pour Véra Nikolski, ont accompagné les progrès de la condition féminine mais n’en sont pas à l’origine. Ces progrès prennent leur source selon elle dans les transformations socio-économiques consécutives à l’essor des sciences et des techniques aux Temps modernes (XVIe-XXe siècles).
Celles-ci, avec l’invention de la machine à vapeur puis du moteur électrique, ont permis de remplacer la force musculaire par la force mécanique. Le travail humain a vu alors sa productivité multipliée par cent ou mille. Comme chacun sait, il s’en est suivi la révolution industrielle et au final une amélioration considérable des conditions de vie de chacun. Il s’en est suivi aussi pour l’auteure de Féminicène l’effacement des différences liées au sexe dans la répartition des tâches…
La répartition des tâches allait de soi chez les chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire pour des raisons évidentes. Sauf exceptions individuelles, les femmes s’occupaient des enfants et de la cueillette cependant que les hommes allaient à la chasse. On retrouve une stricte répartition des tâches dans les anciennes sociétés agricoles : aux hommes les travaux des champs, aux femmes les travaux de la maison.
Les raisons sont toujours les mêmes : il s’agit de tirer parti au maximum des avantages de chacun (la force musculaire des hommes ; la fonction procréatrice des femmes). N’y voyons pas une forme de domination masculine, insiste l’anthropologue Emmanuel Todd car « le problème principal des chasseurs-cueilleurs ou des premiers agriculteurs n’était pas le pouvoir du conjoint mais la survie face à la nature. Si oppression il y avait, c’était plus du milieu que du mari » (Où en sont-elles ?, Seuil, 2022). Cette répartition des tâches imposée par le milieu et les différences sexuelles a donc perduré jusqu’à l’aube des temps modernes.
Dans les premières sociétés entrées dans l’âge des cités, du bassin méditerranéen à la Chine, elle s’est renforcée au fil des millénaires jusqu’à modeler les structures mentales et familiales de ces sociétés. Pour le coup, la domination masculine sur la gent féminine a pris une forme qui se rapproche du « patriarcat » : gynécée, mariages forcés, voile, limitation des droits de succession, etc.
Ainsi que le souligne Véra Nikolski, « ce ne sont pas les différences physiques entre les hommes et les femmes, en soi, qui sont responsables de l'égalité originelle entre les sexes, mais la division sexuelle du travail qui en a résulté, fruit de leurs avantages comparatifs » (page 79).
La révolution industrielle et l'ère de l'abondance ont aboli ces contraintes. Grâce à la mécanisation qui a rendu inutile la force musculaire, les femmes ont pu accéder potentiellement à toutes les professions sans exception, y compris bien sûr les professions intellectuelles et scientifiques (Mme du Châtelet, Marie Curie, etc.), démontrant aux esprits obtus que « la science n'a pas de sexe » (Emmanuel Todd, Où en sont-elles ?, Seuil, 2022).
Cela dit, cette liberté de choix fraîchement acquise a aussi mis en évidence des préférences et des goûts liés au sexe qui apparaissent très tôt, chez les petits humains... aussi bien que chez les petits singes, « les singes mâles préférant, comme les garçons, les objets roulants (voitures), et les singes femelles privilégiant, comme les filles, les jouets imitant des personnages (poupées) » (page 293).
Cette observation est de nature à bousculer l'actuelle « théorie du genre », autrement dit le présupposé idéologique selon lequel il ne saurait y avoir de prédisposition liée au sexe. Elle trouve son application dans le « paradoxe norvégien de l'égalité » : des chercheurs scandinaves ont fait le constat que, dans leur pays, où l'égalité des sexes est vivement encouragée, les femmes se détournent des STEM (acronyme anglais pour Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) en dépit de tous les encouragements officiels !
C'est si vrai que la proportion de femmes ingénieurs est par exemple plus élevée en Iran ou en Turquie qu'en Norvège ou en Finlande. Et cela peut expliquer aussi le taux relativement faible de femmes dans les écoles d'ingénieurs françaises. On peut comprendre ce paradoxe par le fait que les femmes, dans nos sociétés d'abondance et d'égalité, suivent leurs goûts sans plus se poser de questions. Dans les pays moins avancés où l'égalité entre les sexes est malmenée, les femmes qui ont la capacité d'accéder à des études supérieures choisissent des professions qui leur donneront un réel pouvoir d'influence et les rendront indispensables.
Véra Nikolski a soin de noter que ces opportunités dont bénéficient les femmes des pays avancés auraient été plus problématiques, sinon impossibles, sans un autre apport des sciences modernes : l'amélioration de l'hygiène et la chute de la mortalité infantile ! Dans les sociétés traditionnelles, il était habituel que le tiers ou la moitié des nourrissons meurent avant l'âge d'un an. Il s'ensuit que les femmes se devaient de donner le jour à une demi-douzaine d'enfants pour garder une chance d'en amener deux en moyenne à l'âge adulte. On peut y voir une entrave sérieuse à la vie sociale des femmes. Nous n'en sommes heureusement plus là avec une mortalité infantile de l'ordre de 1 à 6 pour mille naissances qui autorise le renouvellement de la population avec simplement une moyenne de deux naissances par femme.
Par son raisonnement qui fait de l'émancipation des femmes la conséquences de bouleversements techniques et scientifiques, l'auteure de Féminicène s'inscrit sans en avoir l'air dans une conception matérialiste de l'Histoire telle que l'a définie Karl Marx : « Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c'est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » (Avant-propos, Critique de l'économie politique, 1859).
Une enquête de l’INSEE (Fanny Godet, mars 2023) indique qu’en 2021, en France, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 24 % à celui des hommes dans le secteur privé. À temps de travail identique, il est encore inférieur de 15 % à celui des hommes, des différences qui s’expliquent surtout par le fait que les hommes travaillent dans des professions plus rémunératrices que les femmes, pour de bonnes raisons (tâches physiques éprouvantes) ou de moins bonnes (postes d’encadrement et de direction).
À poste comparable (même profession, même employeur), l’écart de salaire en équivalent temps plein se réduit à 4 %, ce qui est relativement insignifiant. L’enquête ne concerne pas le secteur public mais l’on subodore des résultats similaires à la différence que les femmes sont prépondérantes dans les fonctions d’encadrement comme dans les fonctions d’exécution (administration, éducation, santé).
Les écarts de revenus salariaux sont surtout marqués entre parents : les mères ont des temps de travail mais aussi des salaires en équivalent temps plein nettement inférieurs aux pères, et les écarts croissent avec le nombre d’enfants.
Cela dit, l’argent n’est pas tout. On peut aussi rappeler avec l’INSEE qu’en 2016, l’espérance de vie en bonne santé s’élève en France à 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes. Quant à l’espérance de vie à la naissance, elle atteint 85,3 ans pour les femmes et 79,3 ans pour les hommes. La différence tient à un mal-être plus marqué chez les hommes (tabagisme et alcool, conduite dangereuse, tendances suicidaires, propension à la violence, etc.). Il n’en fut pas toujours ainsi. Jusqu’au XIXe siècle, l’espérance de vie des femmes était très inférieure à celle des hommes en raison de la mortalité en couches.
Avancées et reculs de la condition féminine
Le « matérialisme historique » de Karl Marx a été en faveur dans les cercles intellectuels jusque dans les années 1970. Il a été ensuite sérieusement ébranlé par l'échec du communisme et surtout par les études anthropologiques. C'est ainsi que l'on a pu observer que la sédentarisation n'est pas venue comme une conséquence de l'invention de l'agriculture mais au contraire que celle-ci serait venue du désir des hommes de se rapprocher dans des cités et ainsi de se sédentariser.
Ce phénomène contre-intuitif a été entrevu très tôt par une femme, l'ethnologue Germaine Tillion (note). Il a été explicité par l'anthropologue Jacques Cauvin et illustré par le site de Çatal Höyük (Asie mineure), fouillé en 1961 par James Mellaart. Celui-ci a montré qu'il s'agissait d'une cité érigée vers 7500 av. J.-C. par des chasseurs-cueilleurs autour d'un temple. Autrement dit, ce ne sont pas des opportunités pratiques (l'agriculture) mais des aspirations spirituelles qui ont dicté cette urbanisation.
Autant dire que l'approche de Véra Nikolski mérite ici d'être réexaminée.
Soulignons en premier lieu un oubli crucial dans cette approche : dans beaucoup de sociétés entrées dans la modernité, les femmes sont restées sur le bord de la route. C'est le cas du Japon en premier lieu. L'Empire du Soleil levant a adopté une législation en tous points équivalente à celle des pays occidentaux, avec les mêmes droits pour les femmes. Il n'empêche que le poids des moeurs continue de maintenir celles-ci dans une sujétion à l'égard de la gent masculine, à la maison comme au bureau et dans les cercles politiques. Amélie Nothomb illustre cette sujétion avec un infini talent dans son roman autobiographique Stupeur et Tremblements (1999, Albin Michel).
Cette sujétion se voit aussi de façon violente dans le sex-ratio à la naissance (dico), au Japon mais aussi en Chine, en Inde du nord et dans quelques autres pays de tradition « patriarcale ». Peu désireux de multiplier leur progéniture, les couples de ces pays veulent néanmoins s'assurer un héritier mâle qui perpétuera le clan et le patronyme. Usant des facilités offertes par la science (!), ils font des échographies et éliminent le foetus lorsque celui-ci s'avère être du sexe féminin. Il s'ensuit que dans un pays comme la Chine, on compte pour 100 naissances de filles pas moins de 118 naissances de garçons au lieu de 105 normalement dans le monde eurasien. Quelle meilleure preuve de la persistance des préjugés sexistes jusque dans les sociétés les plus modernes qui soient !
Ces différences abyssales entre des sociétés matériellement aussi proches que le Japon et l'Europe donnent à penser que le statut des femmes a peu à voir avec les conditions de vie matérielles et beaucoup plus avec les moeurs et les structures mentales et familiales des différentes sociétés.
De fait, l'Histoire nous enseigne que les femmes n'ont pas été systématiquement soumises aux hommes dans les temps anciens. Si cette soumission a atteint des sommets dans... la Grèce de Platon comme dans le monde hellénistique et plus près de nous dans l'ère islamique, il en allait tout autrement dans l'Égypte pharaonique, la Crète mycénienne ou encore l'Étrurie. Ainsi que nous le relevons dans notre livre Les Femmes à travers l'Histoire, Avancées et reculs de l'Antiquité à nos jours (Isabelle Grégor, Herodote.net, 2021), ces sociétés-là semblaient tout à la fois tenir les femmes pour les égales de l'homme... et ignorer l'esclavage (les deux seraient-ils liés ?).
Plus près de nous est survenu un basculement radical dans les relations entre hommes et femmes. Celles-ci sont parmi les principaux marqueurs d'une civilisation car d'elles dépendent la survie du groupe et la perpétuation de ses mœurs. Il importe donc avant tout que les femmes n'aient pas à souffrir de la violence masculine.
À cet impératif, la plupart des vieilles civilisations de l'arc eurasien, de l'Antiquité à nos jours, ont répondu d'un mot : protéger ! Il faut mettre les filles et les femmes à l'abri des prédateurs et des étrangers, veiller à ce qu'elles bénéficient d'un protecteur vigilant en la personne de leur père ou de leur époux. C'est ainsi que s'est mis en place un ensemble de codes et de lois tout entier orienté dans ce sens : le voile et l'enfermement (gynécée, harem) pour les femmes honorables, le mariage précoce et arrangé par les parents (il ne s'agit pas que la jeune fille tombe dans les rets d'un vil séducteur), la dot qui fait du mari le propriétaire de fait de la femme et son protecteur attitré, la répudiation qui sanctionne les fautives, etc.
Et puis, vers l'An Mil, au point de rencontre du monde méditerranéen et du monde germanique, plus libéral à l'égard de la gent féminine, une autre réponse est apparue à la difficile gestion des relations hommes-femmes : respecter ! Il faut apprendre aux hommes à respecter toutes les femmes de la création. Il faut sanctionner pénalement et surtout réprouver socialement les comportements violents. Il faut en même temps valoriser les attitudes de bienveillance par lesquelles la force brute de l’homme s'incline devant la relative fragilité féminine.
La chrétienté occidentale a alors ébauché tout un corpus de lois et de préceptes qui ont peu à peu imprégné les consciences. L'Église a imposé le mariage monogamique entre adultes consentants et interdit la répudiation et le divorce. L'aristocratie guerrière a contenu sa violence en cultivant l'amour courtois. Les chevaliers se sont fait gloire de rendre hommage à une femme, vierge ou mieux encore mariée. Ces bonnes manières se sont diffusées dans toute la société sous la forme de la galanterie. Les femmes ont pu de la sorte mener une vie sociale quasiment libre de toute contrainte et cultiver la séduction sans craindre l'agression ou le rejet. Et c'est ainsi que notre civilisation occidentale, centrée à ses débuts sur notre Hexagone national, a permis aux femmes de s'émanciper.
Dans les trois siècles du « beau Moyen Âge » (XIe-XIIIe siècles), les femmes ont pu accéder à tous les métiers (sauf la prêtrise, un héritage de l'Antiquité orientale), y compris celui des armes (la postérité garde le souvenir de nombreuses guerrières, de la comtesse Mathilde à Jeanne d'Arc). Il y eut ensuite au XVe siècle un reflux quand l'Église a perdu de son influence. Les clercs intellectuels ont chassé les femmes de leurs écoles et de leurs universités. Néanmoins, les femmes ont préservé une grande part de leur liberté et de leur influence jusqu'au début de la Révolution française et maintes femmes vont diriger d'une main de fer de grands royaumes et de grands empires, y compris la sombre Russie : Catherine de Médicis, Elizabeth Ière, Marie-Thérèse, Catherine II, etc.
Une grande régression s'amorce à l'automne 1793 quand la gauche jacobine envoie à la guillotine la reine mais aussi de nombreuses militantes révolutionnaires, d'Olympe de Gouge à Madame Rolland. Napoléon Bonaparte va inscrire cette régression dans le Code Civil. Elle ne touche pas seulement la France mais toute l'Europe et il faudra attendre la veille de la Première Guerre mondiale pour que l'on en revienne aux principes qui avaient cours au Moyen Âge !
On peut constater que la révolution scientifique des Temps modernes a peu à voir dans ces avancées et ces reculs. On peut même subodorer dans le droit fil de l'anthropologue Jacques Cauvin que cette révolution-là a été rendue possible par l'émancipation des femmes au Moyen Âge. Prenant une part plus active à la vie sociale et économique, en dépit de leurs nombreuses maternités, elles ont contribué au premier décollage de l'Occident et à la mise en place d'une « société de confiance » fondée sur le respect des individus et en tous points différente des sociétés claniques et patriarcales caractéristiques des vieilles civilisations.
Nuages à l’horizon
Pour l’avenir, Véra Nikolski s’inquiète de la crise climatique doublée d’une crise des ressources (biodiversité, etc.). Avec la fin de l’abondance actuelle, la priorité reviendrait aux fonctions de production, celles-là mêmes qui sont encore aujourd’hui le lot privilégié des hommes (agriculteurs, ouvriers, ingénieurs, scientifiques). Les fonctions de communication et d’administration perdraient de leur importance et entraîneraient dans leur défaveur les femmes qui les ont investies.
L’auteur de Féminicène y voit le facteur qui pourrait conduire les femmes à un retour en arrière après le bref Âge d’or de la deuxième moitié du XXe siècle. Elle presse ses consœurs de contrer cette menace en participant davantage aux fonctions de production de manière à préserver leur statut.
Si toutefois nous voyons la condition féminine comme davantage liée aux structures mentales et politiques de chaque société qu’au contexte technique et économique, nous pouvons alors penser qu’elle évoluera comme évolueront les différentes sociétés…
Le monde qui vient peut se représenter par le nombre de naissances actuelles dans les différentes parties du monde. Les bébés qui naissent aujourd’hui sont les adultes qui feront le monde de 2050. Et dans ce monde-là, par le simple jeu de la démographie, les femmes qui bénéficient des mêmes droits que leurs compagnons seront vraisemblablement moins nombreuses qu’aujourd’hui.
A contrario, les régions du monde qui légalisent la polygamie, autrement dit une vision foncièrement inégalitaire des rapports entre les sexes, deviendront nettement majoritaires. Ce n’était pas le cas en 1900, à l’apogée de la civilisation européenne.
Face à ces défis, il appartient aux jeunes générations de mettre tout en œuvre pour préserver et consolider les principes qu’elles ont reçus en héritage, au premier rang desquels le respect mutuel des hommes et des femmes.














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Voir les 5 commentaires sur cet article
Pal (18-12-2023 14:54:18)
Réussir à placer la "crise climatique" dans une texte (remarquable au demeurant) sur l'émancipation des femmes... belle performance...!
Yves Petit (18-12-2023 13:14:04)
Les femmes sont partout et continueront de l'être aussi longtemps que le capitalisme se nourrira de croissance, Plus de femmes dans les usines, les bureaux, les universités veut dire plus de consomm... Lire la suite
Roland Berger (17-12-2023 15:18:00)
Et les misos du monde entier attendent impatiemment ce retour en arrière. Le bon vieux temps comme ils disent.