Avignon

Un palais pour sept papes

De 1305 à 1378, pas moins de sept Français ont été élus papes ! Délaissant la Ville éternelle, ils s'établirent à Avignon, au bord du Rhône provençal.

Sur la colline du rocher des Doms, planté de moulins à vents et d’une cathédrale, ces papes bâtisseurs érigèrent une magnifique résidence pontificale (note). Symbole du rayonnement de l’Église dans un XIVe siècle troublé  (guerre de Cent AnsPeste noireJacqueries...), c'est la plus grande des constructions palatiales encore en état du Moyen Âge gothique.

Chrystel Lupant, docteure en histoire de l’art

Vue aérienne d'Avignon et de son agglomération, Mathieu Colin, DR. L'agrandissement montre la façade du Palais des papes.

Le choix d’Avignon

L'agitation à Rome mais aussi la querelle entre le puissant roi de France Philippe IV le Bel et le pape Boniface VIII, l'« attentat » d'Anagni et la mort brutale du pape avaient conduit ses successeurs à s’exiler dans les terres provençales appartenant au roi de Sicile et comte de Provence, Robert d’Anjou, vassal de l’Église romaine.

Bonifatius VIII ouvre l'année sainte 1300 à Rome, Giotto di Bondone, Rome, basilique Saint-Jean-de-Latran. L'agrandissement montre Boniface VIII dans une miniature datée de 1479, extraite du Liber Sixtus Decretalium, Venise, Biblioteca communale, Poppi. Aux marges du royaume de France et du Saint Empire romain germanique, la cité d’Avignon, entourée de collines viticoles, traversée par le Rhône fougueux et soumise aux rafales du mistral chargé des températures austères du Ventoux, offrait le meilleur compromis entre les exigences du roi de France et le souci d’indépendance de la papauté.

Sept papes originaires de la France d'Oc et des cardinaux de même origine s’y établirent de 1305 à 1378, changeant la modeste cité en une métropole cosmopolite.

De 5 000 à 6 000 habitants au début du XIVe siècle, la ville tripla en quelques années sa population pour atteindre environs 45 000 habitants sous l’ère pontificale et devenir l'une des plus grandes villes de la chrétienté. On y côtoyait les membres de la curie romaine, les cardinaux avec les familles et les domestiques, les clercs en quête de faveurs, les banquiers italiens et les marchands à l’affût de négoce.

Chroniqueurs du temps, Dante AlighieriPétrarqueCatherine de Sienne ou Brigitte de Suède n'en condamnèrent pas moins le délaissement de Rome au profit de la cité avignonnaise devenue la Roma nova, une « Babylone » ( 718)  bien vite débordée par la présence pontificale et l’attrait qu’elle suscitait.

Palais des papes de Sorgues, avec le pont sur l'Ouvèze, Album Laincel, Avignon, musée Calvet.  L'agrandissement montre le côté sud-est du Palais, Avignon, musée Calvet.

Une métropole en gestation

Jean XXII, élu pape en 1316, avait résidé en tant qu’ancien évêque d’Avignon dans le palais épiscopal sur le flanc sud du Rocher des Doms, à proximité de la cathédrale. C’est ce palais qu’il choisit d’investir en tant que pontife. Mais il n’y est d'abord qu’un intrus, le logis étant celui de l’évêque. 

Le pape Jean XXII et Odoric de Pordenone, Livre des merveilles, entre 1410 et 142, Paris, BnF, Gallica. L'agrandissement est une fresque de la galerie du Vatican montrant les rivières et montagnes du Comtat Venaissin vues par Ignazio Danti, XVIe siècle. Dès février 1318, il achète des terres dans le Comtat Venaissin (dico)et y construit de nombreuses résidences. Par une bulle de la même année, il se réserve le diocèse d’Avignon de façon à  légitimer l'occupation du palais épiscopal. Très vite, celui-ci va changer de physionomie.

La résidence s’agrandit et s’adapte à ses nouvelles fonctions. Des maisons voisines lui sont annexées, de même que des vergers, des jardins et l’aumônerie.

Les appartements pontificaux, la salle du consistoire, le tribunal, l’école de théologie, les bureaux du camérier et du trésorier, et les offices des domestiques y sont aménagés sans grand confort. De cet ensemble, il ne reste aujourd’hui rien d’observable. Les archives de la Chambre apostolique sont l’unique source témoignant des constructions et de l’organisation du palais à cette époque.

La gestion financière du chantier

À partir de 1306, la Chambre apostolique se voit attribuer la charge du trésor et de la comptabilité pontificale. Toutes les dépenses y sont consignées, sous la responsabilité du camérier et de ses clercs.
Le chantier du Palais des papes, miniature, XVe siècle, Paris, BnF.Deux types de documents émanaient de cette administration : les livres ordinaires et les manuales. Les premiers présentent les recettes et dépenses de l’entretien de la cour, la charité, les fournitures de correspondance, le traitement du personnel et de l’édifice, les dépenses dites « pro ornementis » (bijoux, mobilier liturgique, etc.). Les seconds étaient des documents de première main, gérés et enregistrés quotidiennement par les chefs de service.
On peut aisément imaginer le quotidien à la cour : les travaux incessants, le pape vaquant à ses obligations de chef spirituel et temporel parmi la poussière et les échafaudages. Le directeur des opérations et le maître d’œuvre, placés sous la surveillance du Trésorier, gèrent les équipes de maîtres. Artisans du fer, des serrures, du bois, de la pierre, des peintures, … Chacun travaille avec ses manœuvres. Ceux-ci étaient soit payés directement à la journée, soit le chef d’équipe se chargeait de reverser une somme à chaque ouvrier.

Sur les pas des Papes d’Avignon, Sophie Brouquet, Rennes, éd. Ouest-France, 2015 [ré-éd. 2018], p. 65, photographie d’Emmanuel Pain.

Les papes bâtisseurs

La résidence de Jean XXII est hybride et peu harmonieuse. Son successeur, le cardinal Jacques Fournier, né dans le comté de Foix et élu Benoît XII le 20 décembre 1334, souhaite changer les choses.

- Benoît XII

Tout en annonçant son retour prochain à Rome, il engage des travaux d’amélioration des installations. C’est un point d’importance : le palais est destiné à abriter le gouvernement de la chrétienté et, à ce titre, il se doit d’être éblouissant, majestueux, manifestant la puissance et l’ostentation.

La Tour du pape, Avignon, DR.L’architecture et les décors doivent servir les représentations du temporel et du spirituel. Cette idée est exprimée dans une lettre adressée le 5 juin 1336 par Benoît XII au cardinal Pierre des Près, date qui marque le début d’une période de travaux de grande ambition. Ceux-ci commencent par la destruction du Palais de Jean XXII.

Dès 1335, Pierre Peyssou (ou Poisson) devient « maître des travaux et édifices » en dirigeant trois grands chantiers : l’agrandissement et la reconstruction des parties supérieures de la chapelle sous le vocable des apôtres Pierre et Paul ; l’élévation d’une tour de 46,5 m, dite Tour du pape (et plus tard Tour des Anges) ; et le rempart du jardin.

Les comptes de mai 1337 indiquent l’ampleur des travaux : près de 800 ouvriers sont à la tâche, dont 500 manœuvres ; le bois est commandé en Savoie et dans le Vivarais, tandis que la pierre, la chaux et les tuiles viennent des alentours. Des carreaux peints sont commandés à Uzès et les peintures de rinceaux, de fleurs et de cages d’oiseaux ornent les murs sans que Simone Martini, pourtant arrivé à Avignon en 1339, ne soit sollicité.

Peintures murales, Avignon. Le Palais des Papes, coll. Zodiaque, 1998, ill. 24, photographie de Claude Sauvageot.À la mort de Benoît XII en 1342, le bâtiment est austère et fortifié. Ce qui prendra plus tard le nom de Palais Vieux s’organise autour d’un cloître, qui n’est pas sans rappeler l’origine cistercienne du pape. Les ailes du Palais sont reliées entre elles par le cloître et ses galeries ouvertes de grandes arcades brisées retombant sur des piliers rectangulaires, d’une austérité toute cistercienne.

Les décorations sculptées sont bannies, les peintures réduites à quelques expressions végétales peuplées d’écureuils et d’oiseaux, des soubassements de tentures feintes, des rinceaux de vigne et des rameaux de chêne.

- Clément VI

Clément VI (1342-1352) est en total contraste avec son prédécesseur. Formé à l’Université de Paris, de grande éloquence, le protégé de Jean XXII attire l’attention du roi de France et est élu sur le siège pontifical le 7 mai 1342. Six ans après son élection, il acquiert la ville d’Avignon et son territoire pour 80 000 florins d’or à Jeanne, reine de Naples et comtesse de Provence.

Ars Nova, musée de San Marco, Cliché photo « akg – images/Rabatti-Domingie », dans Sophie Brouquet, Sur les pas des Papes d’Avignon, Rennes, éd. Ouest-France, 2015 [ré-éd. 2018], p. 73. L'agrandissement montre le portail de la Grande Chapelle, Avignon, DR.Grand seigneur de l’Église, il connaît bien la source de son autorité spirituelle mais n’envisage pas de rejoindre l’Italie. Surtout, il ne conçoit pas de vivre dans l’austérité. Ainsi, dès son avènement, il manifeste la volonté de disposer d’un vaste Palais somptueux, faisant d’Avignon une des cours les plus fastueuses et innovantes d’Europe.

À cette fin, il intègre la nouvelle mode développée auprès des cathédrales du Nord de la France et des Pays-Bas : l’Ars Nova, du nom du traité théorique de Philippe de Vitry († 1361). Ce courant musical est caractérisé par les changements de rythme, la polyphonie et les brisures de mélodies.

L’ajout d’éléments profanes dans une liturgie bien établie, tant contesté par Jean XXII, plaît à Clément VI. À son exemple, les cardinaux engagent des chantres d’Ars Nova pour leurs chapelles, propageant ce nouveau système apportant d’infinies possibilités techniques, pratiques et théoriques.

Par ses goûts, Clément VI dilapide le trésor amassé par son prédécesseur dans la réalisation du Palais Neuf mais, loin de susciter la réprobation, ses contemporains apprécient les agréments d’une cour luxueuse, rendez-vous quasi-mondain d’hommes d’esprit et de pouvoir.

Deux célèbres personnalités des arts sont engagées : le maître d’œuvre Jean de Louvres et le peintre officiel Matteo Giovannetti. Le Palais change de physionomie. La tour de la Garde-Robe est créée, accueillant le bureau du pape accolé à sa chambre. La salle de l’Audience est surmontée d’une large chapelle tandis que les appartements du Camérier et du Trésorier, la Salle d’audience des Lettres contredites, et la Salle des Gardes s’implantent dans l’aile ouest.

L’accès au Palais est modifié par l’installation de la porte de Champeaux. Un crénelage court tout le long des terrasses, des tours flanquent les bâtiments, des caves sont creusées. L’extérieur, austère, défensif, laisse place à l’intérieur à un Palais coloré, orné de tapisseries et de carreaux vernis vert ou jaune. Les charpentes de bois sont remplacées par des voûtes sur croisées d’ogives, le portail de la chapelle s’orne d’un Jugement dernier. Deux artistes lyonnais, Guichard et Siffrein, sont chargés de son exécution, dont les piédroits rappellent ceux de la façade de la cathédrale de Lyon et du portail des Libraires à la cathédrale de Rouen.

Les chapiteaux de la Salle de la Grande Audience dans le Palais des papes, à Avignon. L'agrandissement   montre le relevé de peinture murale du mur nord de la chambre du cerf du palais des papes à Avignon ; la pêche au vivier, Yperman Louis-Joseph, d'après l'oeuvre originale de 1343, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine

Les chapelles et les murs de la Grande Audience reçoivent un décor peint. Le pape, pour leur réalisation, fait appel à un des plus célèbres maîtres de la couleur, le prieur de Saint-Martin de Viterbe, Matteo Giovannetti, qualifié de pictor papae. Il est entouré de peintres venus de Sienne, de Florence et d’Arezzo, mais aussi d’Espagnols, de Français, d’un certain Henri Deboslat dit le Teutonique, de Rhénans, de Néerlandais. L’art pictural est international.

Dans la Grande Audience où siégeaient le tribunal de la Rote, c’est également sa main qui est à l’œuvre dans la représentation sommitale des prophètes et de la Sybille d’Érythrée, du Jugement dernier et de la Crucifixion du mur du fond, aujourd’hui quasiment disparus. Enfin, le bureau du pape s’orne d’une décoration luxuriante de feuillage, de scènes de chasse et de pêche en perspective. C’est la célèbre « Chambre du Cerf ».

Les armes de Clément VI (armoiries des Roger) sur la Porte Champeaux, Avignon, Palais des papes.L’apparente teinte profane de la décoration ne doit pourtant pas surprendre : l’iconographie suggère aussi l’histoire de l’âme que Dieu cherche à sauver. L’œuvre a pourtant suscité bien des controverses parmi les spécialistes : la suggestion de la troisième dimension est-elle due à M. Giovannetti ou à l’atelier de Robin de Romans ?

La question est importante, car l’œuvre a inspiré les commandes du roi Jean II le Bon, pour son château de Vaudreuil, et de son fils Charles V pour l’hôtel Saint-Pôl et le Louvre. L’attribution italienne l’emporte, fondée sur l’élément de comparaison de la chapelle Saint-Martial incontestablement peinte par le maître italien.

À une époque où l’origine limousine du pape suscite la controverse, les peintures largement teintées de bleu légitime le pape dans la filiation depuis saint Pierre et au travers de saint Martial, l’évangélisateur de l’Aquitaine considéré comme le treizième apôtre, et de ses deux disciples Alpinien et Autriclinien.

Terrassé par la maladie rénale, les rhumatismes et la rupture d’une tumeur causant une hémorragie interne, Clément VI s’éteignit le 6 décembre 1352. Son règne aura été marqué par l’embellissement du Palais, résultat de dépenses s’élevant jusqu’à 200 000 florins, soit 15% des recettes de l’Église.

Devenue capitale de la chrétienté, la cour d’Avignon soulève polémiques et apologies. Elle est le reflet du mouvement des idées du temps et l’expression des aspirations intellectuelles du moment.

Chapelle Saint Martial, Avignon, Palais des papes.

Les manuscrits : reflets des besoins et curiosités des pontifes, objets de cadeaux

Le « Trésor de l’Église romaine » est constitué d’objets divers, mais surtout de manuscrits enrichit par les commandes, les achats, les dons, les confiscations de biens de prélats en vertu du droit de dépouille. L’intérêt se porte également sur les lettres latines et grecques, dans un courant intellectuel « humaniste » né au XIVe siècle en Italie. La littérature antique, bien connue des siècles précédents, connaît un regain d’intérêt dont les inventaires des bibliothèques font l’écho : Aristote, Cicéron, Lucain, Macrobe, Ovide, Sénèque, Pline, Suétone, Virgile, etc. composent la bibliothèque pontificale, de même que 32 manuscrits grecs provenant peut-être de la célèbre bibliothèque de l’Empereur Frédéric II de Hohenstaufen, petit-fils de Barberousse. La dispersion de cette collection au temps de Boniface VIII oblige les papes d’Avignon à reconstituer une bibliothèque, par achat, copie et droit de dépouille. Ainsi, en 1310, l’inventaire indique la présence de 643 manuscrits et plus de 2000 ouvrages en 1369, faisant de la bibliothèque avignonnaise la plus grande d’Europe.
Pétrarque, vers 1450, Andrea del Castagno, Florence, Galerie des offices.La recherche active d’antiques prend une nouvelle impulsion sous Clément VI. Pétrarque y joue un rôle majeur, mandaté par le pape pour trouver les manuscrits les plus convoités. Le poète pourtant n’est pas tendre avec cette papauté exilée loin du tombeau de saint Pierre. Honoré, respecté et admiré, l’auteur des Canzioniere est un personnage à double face : évoluant dans l’entourage des papes, il n’en est pas moins un des plus grands délateurs ayant voulu ruiner la réputation de la papauté d’Avignon, la qualifiant d’ « avaria Babilonia ».
Le scriptorium pontifical, qui accueille copistes et enlumineurs produit un grand nombre de manuscrits dont les reliures sont réalisées chez les Frères prêcheurs, les Augustins et les artisans locaux. Une véritable organisation de bibliothéconomie est mise en place avec des inventaires précis, un classement selon auteur, un catalogue thématique et une cotation des manuscrits les plus utilisés, rangés dans des armoires fermées à clef. Le reste de la bibliothèque est dispersée dans le bâtiment, en grande partie dans le « Trésor haut » de la Tour des Anges, au-dessus de la chambre du pape, et l’autre dans le « Trésor bas ». D’autres livres s’entassent dans les malles ou les sacs à travers les chambres du Camérier et du Trésorier, dans la chapelle Saint-Michel ou dans tout autre endroit où la place le permettait. Pas évident de consulter les ouvrages, dans ces conditions !

La Ville d'Avignon et ses environs, Étienne Martellange, 1617, Paris, BnF, Gallica. L'agrandissement cible le Palais des papes, Étienne Martellange, 1617, Paris, BnF, Gallica.

Une fin annoncée

Né près de Pompadour, Innocent VI représentait la continuité limousine, la préférence donnée aux qualités de juriste et la fidélité réaffirmée envers le roi de France. Sans quitter Avignon, il cherche cependant à rouvrir le chemin de la capitale italienne.

Pour faciliter le quotidien de ce pape se déplaçant avec difficultés, le Palais s'équipa de passerelles et se renforça d’un système défensif destiné à le protéger de l’insécurité engendrée par les bandes de mercenaires circulant dans la vallée du Rhône. La ville elle-même se dota de protections, remparts et fossés.

À sa mort en 1362, le collège cardinalice porta son choix sur un moine bénédictin originaire des Cévennes, Guillaume de Grimoard, couronné sous le nom d’Urbain V. Sa vocation bénédictine fit de lui un pape empreint d’une forte discipline.

 Grégoire XI reçoit Catherine de Sienne à Avignon, fresque de Giovanni di Paolo, vers 1460, Madrid, musée Thyssen-Bornemisza.Il participa aux frais de restauration ou de construction d’églises et d’abbayes, fonda des collèges et universités, et n’ajouta aux châteaux de Benoît XII et Clément VI qu’un modeste bâtiment nommé « Rome ». La seule dénomination du lieu traduit l’intention du pape de ramener la papauté près du tombeau de saint Pierre.

Cependant, la vieille capitale était en piteux état et la vie romaine pas facile. Après trois années dans la capitale, Urbain V revint à Avignon pour y mourir le 19 décembre 1370. Son successeur, Grégoire XI, sans expérience dans l’administration et sans lien avec le roi de France, fut élu avec une exceptionnelle rapidité et à l’unanimité.

Le mauvais état des finances, les négociations en cours entre Français et Anglais et la révolte de Florence ne l’empêchèrent pas de prendre le chemin de Rome, laissant le Palais d’Avignon à la charge de six cardinaux et d’une partie de l’office. Le Palais, jadis cœur névralgique de la papauté, se mua en une résidence d’attente, un lieu de refuge.

La prise du Palais le 21 août 1791, Anonyme, 1791, Avignon, collection Aubanel.Après une longue période de faste, le Palais fut assiégé en 1398 par le maréchal de Boucicaut afin d’en déloger le schismatique pape Benoît XIII. Celui-ci s’enfuit secrètement le 11 mars 1403, laissant le Palais à son neveu Rodrigo de Luna et à une petite troupe de Catalans, résistants aux sièges de 1410 et 1411. Les salves de canons ont raison d’eux, ils se rendent en novembre 1411.

Jusqu’en 1790, les légats représentant le pape dans ses États de Provence y résident, avant que la Révolution impacte durement le monument, le transformant en caserne et prison. Des planchers sont ajoutés, les peintures grattées à des fins de revente aux antiquaires.

Dans une lettre adressée à Victor Hugo, Charles de Montalembert écrit : « On ne saurait concevoir un ensemble plus beau dans sa simplicité, plus grandiose dans sa conception. C'est bien la papauté tout entière, debout, sublime, immortelle, étendant son ombre majestueuse sur le fleuve des nations et des siècles qui roule à ses pieds ». (note). Quelques années plus tard, le monument était classé au titre des Monuments historiques sur la première liste de la commission (note)

En 1860, c’est dans un bien triste état que Viollet-le-Duc découvrit les 15 000 m² du plus grand Palais gothique d’Europe. Sa proposition de restauration souffrit de la défaite de 1870. Ce n’est qu’en 1906 que les restaurations débutèrent, les Archives départementales s’installant dans la chapelle de Benoît XII. Le Palais a obtenu son classement au « Patrimoine mondial de l’humanité » par l’Unesco en 1995.

Vue d'ensemble du Palais des papes en journée. L'agrandissement propose une vue du Palais des papes la nuit, Wilfried Muller, Paris, BnF.

Le Palais aujourd’hui

Le visiteur en cité d’Avignon pénètre aujourd’hui le plus souvent par la grande place qui s’étend devant la forteresse. On a cependant tendance à oublier que celle-ci n’existait pas du temps de la papauté avignonnaise, et qu’elle fut créée au XVe siècle sur les ruines des maisons détruites pendant le siège.

Elle permet d’observer la belle façade fortifiée de style gothique, dominée par l’échauguette pentagonale de la tour d’angle et les deux tourelles de défense de l’entrée du Palais, la porte de Champeaux, munies de flèches à crochets. Comme toute architecture de défense, les ouvertures sont rares, et les murs épais surmontés de créneaux aussi défensifs qu’ornementaux.

Le visiteur du XXIe siècle, une fois pénétré dans le Palais, se voit proposer un voyage dans le temps par une expérience de médiation culturelle innovante grâce à un Histopad, une visite virtuelle en trois dimensions sur tablette numérique. Dans un monument ayant connu plusieurs Palais successifs, une vie pontificale agitée, des décors fastueux, mais aujourd’hui presque nu devant les yeux du spectateur, cette découverte en réalité augmentée rend la visite plus sensible (note).

 Reconstitution numérique du pont Saint-Bénézet, CNRS, lejournal.cnrs.fr

Un pont mythique…

Rendu célèbre par une comptine, le pont Saint-Bénézet est l’un des plus vieux ponts en pierre construits en Europe, et le premier pour le franchissement du Rhône à l’époque médiévale. Selon la tradition, le berger ardéchois Bénezet, au XIIe siècle, édifie ce pont suite à une vision miraculeuse. Long de 900 mètres, doté à l’origine de 22 arches, il permet le contrôle des eaux et du trafic fluvial. Emporté par le Rhône sous Louis XIV, il ne subsiste aujourd’hui que quelques arches et la fameuse chapelle dont la raison d’être reste mystérieuse. Une restitution numérique réalisée par des laboratoires du CNRS permet aujourd’hui d’imaginer le pont médiéval.

… et une histoire de sabots

C’est à Fontvieille, où il se retire quelques semaines par an, qu’Alphonse Daudet rédige ses fameuses Lettres de mon moulin. Parmi les poèmes, il narre l’histoire d’un pape trop crédule, Boniface, de son animal chéri, une mule, et d’un mauvais coquin, Tistet Védène. Ce dernier réussi à s’attirer les bonnes grâces du pape et à se voir confier le soin du pauvre animal, qui subit les outrages et jure de se venger. Mais, rusé, Tistet obtient la faveur de se rendre à la cour napolitaine, laissant la pauvre mule ruminer sa rancœur sept années durant. De retour à Avignon, le malotru subit un coup de sabot magistral, jouant sur les analogies entre l’animal et le soulier.
Cette savoureuse histoire provençale plonge le lecteur dans une cour pontificale familière, mettant en scène un pape Boniface bon enfant qui, petit détail omis par Daudet, n’a jamais régné à Avignon !


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Catherine de Sienne
Publié ou mis à jour le : 2019-05-16 08:54:32

 
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