Charles VII de Valois (1403 - 1461)

Le Bien Servi ou le Victorieux

Le roi Charles VII, fils de Charles VI le Fou et d'Isabeau de Bavière, naît à l'hôtel Saint-Paul, à Paris, le 22 avril 1403. C'est une personne mélancolique et sans charme comme l'atteste le portrait du roi adulte, peint par Jean Fouquet.

Sa situation familiale n'arrange rien. Cinquième fils du couple royal, il n'est pas initialement destiné à régner et reçoit simplement, en 1416, le Berry (avec sa capitale Bourges) et le Poitou, en héritage de son grand-oncle Jean.

Intelligent et cultivé, il va néanmoins prouver qu'il est aussi le digne descendant de son grand-père Charles V en  surmontant avec habileté les pires épreuves qu'ait connues le royaume depuis près d'un siècle.

André Larané
Enfance malheureuse

Le 4 avril 1417, la mort du dernier de ses frères aînés amène Charles aux marches du trône : à 14 ans, il devient l'héritier de la couronne (le dauphin).

Dans la nuit du 20 août 1418, le jeune dauphin est sauvé in extremis de la foule parisienne en furie par le prévôt de Paris et emmené à Bourges où, entouré d'une poignée de fidèles, il engage la lutte contre les Anglais. L'année suivante, il assiste au meurtre de son rival, le duc de Bourgogne Jean sans Peur sur le pont de Montereau.

À 18 ans, suite au calamiteux traité de Troyes, l'adolescent est déshérité par ses parents au profit du roi anglais Henri V, leur gendre.

Henri V et Charles VI meurent à quelques mois de distance en 1422. La couronne de France et d'Angleterre revient alors à un enfant de quelques mois, Henri VI, la régence étant assurée en France par le duc de Bedford, son oncle.

Le dauphin Charles se replie dans le Berry et se proclame roi de son côté, sous le nom de Charles VII, à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges. La même année, le 18 décembre 1422, il épouse Marie d'Anjou (18 ans). Le choix est judicieux. Son épouse, aimante et tolérante, lui donnera 13 enfants dont le futur Louis XI. Elle le soutiendra sans fléchir, de même que sa belle-mère, l'influente Yolande d'Aragon, soucieuse de préserver ses possessions de la convoitise anglaise.

Mais le roi n'a d'autorité que sur la Touraine, l'Orléanais, le Berry, l'Auvergne et le Dauphiné, avant que ne se rallie à lui le gouverneur du Languedoc. Ses maigres troupes, les « Dauphinois » ou « Armagnacs », reculent partout. À l'instigation d'Yolande d'Aragon, le 7 mars 1425, il octroie la fonction de connétable (chef des armées) à Arthur de Bretagne, comte de Richemont, frère cadet du duc de Bretagne Jean V le Sage et beau-frère du duc de Bourgogne Philippe le Bon.

Politique intelligent et militaire courageux, Richemont raccommode ses compatriotes bretons avec le roi de France et comprend la nécessité de réconcilier le duc de Bourgogne avec le roi de France pour enfin chasser les Anglais du royaume. Dans un premier temps, il éloigne les conseillers du roi compromis dans l'assassinat de Jean sans Peur, au premier rang desquels Tanguy du Châtel et Jean Louvet.

Mais il se trompe dans le choix des nouveaux ministres. Prévaricateurs et incompétents, deux d'entre eux sont arrêtés et vite exécutés. Le dernier va être fatal au connétable. Corrompu, roué et ambitieux, Georges de la Trémoille se retourne contre son bienfaiteur et obtient sa disgrâce. Richemont, en exil de 1427 à 1433, prend à peine part à l'épopée qui va suivre...

La France de Charles VII et Jeanne d'Arc

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La France de Charles VII et Jeanne d'Arc (1429)À la mort de Charles VI le Fou, en 1422, la France est une mosaïque de territoires, les uns soumis aux Anglais, les autres aux Bourguignons, les derniers enfin au Dauphin, futur Charles VII. Sans compter les provinces périphériques, aujourd'hui françaises, qui sont encore terres d'Empire (Lorraine, Provence...).

Noter à l'est de la Lorraine l'enclave de Vaucouleurs et Domrémy, dont le seigneur fait allégeance au Dauphin. De cette terre lointaine va surgir Jeanne d'Arc...

Le miracle johannique

En 1429, les Anglais, qui commencent à éprouver des difficultés dans l'occupation du Bassin parisien, décident d'en finir. Ils rassemblent toutes leurs troupes disponibles, soit dix à douze mille hommes de toutes provenances, pour assiéger Orléans et enfin traverser la Loire et s'emparer des possessions méridionales du Dauphin.

Tandis que débute le siège de la ville, les troupes royales se font humilier en tentant d'intercepter un convoi de ravitaillement anglais. Cette « journée des harengs » (12 février 1429) illustre la détresse du Dauphin. Triste, tourmenté, mal entouré, indécis et indolent, le jeune homme est près de renoncer à la lutte quand survient Jeanne d'Arc.

La situation du « petit roi de Bourges » va changer du tout au tout grâce aux succès de la Pucelle, qui lève le siège d'Orléans, vainc les Anglais à Patay et fait sacrer le roi à Reims. 

La mort tragique de la jeune prophétesse sur le bûcher le 30 mai 1431, est d'abord interprété comme un échec eet, dans les mois qui suivent, les troupes royales essuient à nouveau des revers.

Le chancelier Regnault de Chartres et le chambellan La Trémoille font surgir un « pâtre du Gévaudan » qui prétend renouveler le miracle de Jeanne. L'affaire se termine misérablement par la capture et la noyade du berger à Beauvais, après que le capitaine Xaintrailles a tenté de s'emparer de la ville. Xaintrailles est lui-même capturé mais généreusement relâché.

Le « carillon de Vendôme »

Charles VII à Formigny (miniature, Chroniques royales, BNF)Les malheurs du dauphin Charles sont à l'origine d'une comptine enfantine qui inspire encore nombre d'interprètes, le carillon de Vendôme :

Mes amis, que reste-t-il ?
À ce Dauphin si gentil ?
Orléans, Beaugency,
Notre-Dame de Cléry,

Vendôme, Vendôme !

Les ennemis ont tout pris
Ne lui laissant par mépris
Qu'Orléans, Beaugency,
Notre-Dame de Cléry,
Vendôme, Vendôme !

Le roi transformé

Là-dessus, Charles VII a le bon goût de chasser La Trémoille et de rétablir son rival Richemont dans la fonction de connétable. Bien qu'il ne l'aime pas, il va s'appuyer sur lui pour réformer l'armée et renouer avec les Bourguignons.

En prenant de l'âge, le roi a gagné en énergie et en audace. Il contracte une alliance avec l'empereur d'Allemagne, Sigismond. Puis, au traité d'Arras, le 21 septembre 1435, il détache le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, de son alliance avec les Anglais. Le 12 novembre 1437, il peut faire une entrée triomphale à Paris, sa capitale, d'où les Anglais ont été chassés quelques mois plus tôt.

Il en profite pour réorganiser son administration, son armée et même son église. Le 7 juillet 1438, par la Pragmatique sanction de Bourges, Charles VII décide de choisir lui-même les évêques français et de contrôler leurs activités. Son fils et successeur Louis XI prétendra l'abolir le 27 novembre 1461, peu après son avènement, mais elle restera peu ou prou en application jusqu'au concordat de Bologne, en 1516. C'est un pas important dans l'émancipation de la monarchie à l'égard du Saint-Siège.

Les états généraux, le 2 novembre 1439, accordent au roi le droit de percevoir année après année un impôt permanent pour la taille des lances (la « taille »).

Assuré de rentrées fiscales plus régulières, Charles VII peut dès lors songer à se doter d'une armée régulière permanente. Ce sera chose faite en 1445 avec la création des compagnies d'ordonnance, constituées pour l'essentiel de mercenaires sans emploi, les Ecorcheurs.

Avec le connétable Richemont, le roi réprime au passage la « Praguerie », une révolte qui réunit quelques nobles de haute volée : les duc de Bretagne, de Bourbon et d'Anjou ainsi que son propre fils, le Dauphin, futur Louis XI. Figurent aussi parmi les conjurés le « Bâtard d'Orléans » Dunois, qui l'avait si bien servi aux côtés de Jeanne d'Arc, et de façon moins surprenante son ancien chambellan La Trémoille !

Puis Charles VII conclut à Tours une trêve avec les Anglais le 28 mai 1444. Enfin, une fois son armée permanente bien établie, il prend prétexte du comportement agressif des capitaines anglais pour reprendre la guerre.

Le 15 avril 1450, il remporte la victoire de Formigny sur les Anglais qui lui vaut le surnom de Victorieux. La guerre de Cent Ans touche à sa fin.

Le Bien Servi

Dans toutes les entreprises de son règne, Charles VII a eu la chance de se faire assister par des personnalités de grande valeur dans leur domaine respectif.

Il y a avant tout Jeanne d'Arc mais aussi Yolande d'Aragon, la mère de son épouse Marie d'Anjou, qui l'a soutenu sans faillir quand il était en butte à l'hostilité de ses propres parents ; Yolande d'Aragon a aussi arrangé la rencontre de Jeanne et du roi et encouragé celui-ci à lui confier des troupes. Son fils René d'Anjou, beau-frère du roi, l'a également servi par ses talents de diplomate, notamment dans les négociations avec les Bourguignons...

Il y a le chancelier Guillaume Jouvenel des Ursins, dont les traits nous sont connus par un très beau portrait du peintre Jean Fouquet (1420-1478)... Ses lointains descendants, Bertrand et Louis de Jouvenel, se sont illustrés au XXe siècle dans la sociologie et les lettres.

N'oublions pas le connétable de Richemont, disgrâcié de 1427 à 1433, ni le financier Jacques Coeur, bien mal récompensé de ses services par une définitive condamnation à l'exil. Ni surtout Agnès Sorel, la dame de Beauté(-sur-Marne), première maîtresse officielle d'un roi de France.

Le roi est aussi assisté par des capitaines hardis comme Dunois qui commande ses troupes, ou encore La Hire et Xaintrailles, ainsi que par les frères Jean et Gaspard Bureau, qui réorganisent son armée et constituent pour la première fois une artillerie puissante et relativement efficace.

Ce n'est pas par hasard que Charles VII a gardé pour la postérité le surnom de Charles le Bien servi en concurrence avec celui de Charles le Victorieux. Le seul proche dont il a eu à se plaindre est son propre fils, le Dauphin, futur Louis XI, qui complote contre son père à la fin de sa vie et lui fait même la guerre.

Le roi a tant de crainte que son fils ne le fasse empoisonner qu'il en vient à s'abstenir quasiment de toute nourriture et meurt pratiquement de faim ! Quand Charles VII meurt, le 22 juillet 1461, à 58 ans, son fils et successeur Louis XI, encore en exil chez le duc de Bourgogne, cache à peine sa joie. Ainsi va la vie.

Éclosion de la poésie française

Sous le règne de Charles VII se révèle l'immense talent poétique de son cousin Charles d'Orléans, capturé à Azincourt et retenu en Angleterre pendant 25 ans :
« En regardant vers le pays de France,
Un jour m'advint, à Douvres sur la mer,

Qu'il me souvin de la douce plaisance
Que je soulais audit pays trouver ;

Et commençai de coeur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon coeur aimer doit. »

Dans un tout autre genre de poésie explose le génie de François Villon, étudiant et truand, né l'année où périssait Jeanne d'Arc, disparu au début du règne suivant...


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Jeanne d'Arc
Publié ou mis à jour le : 2019-08-28 15:34:09

 
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