21 février 2014 - Panthéon : le choix du Président - Herodote.net

21 février 2014

Panthéon : le choix du Président

Devant le martyrologe à la Résistance du Mont-Valérien, le président François Hollande doit annoncer l'entrée prochaine au Panthéon de Geneviève Anthonioz-de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay.

Un choix passablement éloigné de celui qu'avaient fait les lecteurs et Amis d'Herodote.net, interrogés entre le 15 et le 29 septembre 2013 sur les personnalités défuntes les plus dignes à leur avis d'accéder à la reconnaissance de la Patrie...

Au vu de l'annonce élyséenne, le président de la République française n'a guère suivi l'avis de nos cinq mille lecteurs et Amis qui ont répondu à notre questionnaire. Il a donc choisi de conduire au Panthéon trois résistants, honorables, même si elles ont joué un rôle secondaire dans la Résistance : Geneviève Anthonioz-de Gaulle, Germaine Tillion et Pierre Brossolette.

Curieuse façon de cultiver l'« amitié franco-allemande » que de ressasser nos conflits passés... Geneviève Anthonioz-de Gaulle et Germaine Tillion ont résisté dans le réseau du Musée de l'Hommme (Paris) et été déportées l'une et l'autre à Ravensbrück, avant de mettre leur existence au service de l'humanité souffrante. Pierre Brossolette a été quant à lui le farouche adversaire de Jean Moulin, fédérateur de la Résistance désigné par le général de Gaulle. Il a été capturé par la Gestapo et s'est suicidé dans ses locaux alors qu'il devait rejoindre Londres pour une franche explication avec le chef de la France Libre.

Tant qu'à rester dans le registre de la Résistance, nous aurions apprécié que François Hollande lui préférât la philosophe Simone Weil, méconnue mais ô combien attachante, morte en pleine jeunesse (rien à voir avec l'ancienne ministre de Valéry Giscard d'Estaing).

Quant à Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale sous le Front Populaire, il ne milita pas dans la Résistance mais fut emprisonné par le régime de Vichy puis assassiné par la Milice. Curieux que Jean Zay entre au Panthéon et que n'y figure pas Léon Blum, son chef de gouvernement, dont l'attitude pendant la guerre fut au moins autant héroïque. Il est vrai que Blum eut la chance de survivre au conflit et de mourir dans son lit.

Le martyre serait-il devenu - pour les hommes du moins - le principal sésame pour le Panthéon ? Dans ce cas, pourquoi pas Georges Mandel ? Collaborateur intime de Clemenceau pendant la Grande Guerre, il fut comme Jean Zay un homme politique brillant de l'entre-deux-guerres et un opposant farouche aux accords de Munich. Comme lui, il quitta la France pour le Maroc sur le Massalia après l'armistice honteux de juin 1940, fut rattrapé, emprisonné par le régime de Vichy et finalement assassiné par la Milice.

Son entrée au Panthéon, en ce Centenaire de la Grande Guerre, eut été un hommage indirect à Georges Clemenceau qui a choisi, lui, d'être inhumé auprès de son père, en Vendée.

Mais ainsi que l'atteste le choix des quatre prochains hôtes du Panthéon, la culture historique de François Hollande et de la plupart des élus actuels - tous partis confondus - ne dépasse pas la Seconde Guerre mondiale. On peut le regretter car, par-delà l'anecdote panthéonesque, la perception de l'Histoire longue est essentielle à quiconque ambitionne de diriger un grand pays et peser sur les affaires du monde, à qui veut comprendre par exemple les origines et l'issue probable de la crise ukrainienne, la guerre en Centrafrique ou en Syrie, la géopolitique chinoise etc.

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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