Des Qin aux Han

Le premier Empire chinois

Au IIIe siècle avant J.-C., en Chine, un énergique chef de guerre unifiait en quelques années une myriade de royaumes féodaux.

La dynastie Qin de ce Premier Empereur n'a pas survécu longtemps à sa disparition. Mais une nouvelle dynastie, les Han, relevait aussitôt son empire. Elle allait durer à peu près aussi longtemps que l'empire romain et mourir comme lui sous les coups des Barbares.

Les Chinois sont redevables aux Han de leur unité et d'à peu près tout ce qui compose leur identité nationale. C'est au point qu'ils leur ont emprunté leur nom et se qualifient eux-mêmes de Han.  

André Larané
Garde d'honneur (Han de l'Est, bronze, H 44 cm, site de Leitai, musée du Ganzu)
Splendeurs des Han, essor de l'empire Céleste

Splendeur des Han (musée Guimet,  22 octobre 2014 au 1er mars 2015)Du 22 octobre 2014 au 1er mars 2015, à Paris, le musée Guimet (musée national des arts asiatiques) déroule une magistrale exposition consacrée aux Han (206 av. J.-C. à 220 de notre ère), exceptionnelle par la beauté des pièces exposées plus que par leur nombre (environ deux cents).

Il s'agit pour l'essentiel d'objets découverts dans les tombes princières au cours des quarante dernières années.

Si elles été rassemblées à Paris, c'est afin de commémorer le cinquantenaire du rétablissement des relations diplomatiques entre Pékin et Paris, un coup d'audace du général de Gaulle en pleine guerre froide. Toutes les illustrations du présent article proviennent de cette exposition.

Animal fabuleux tianlu (Han orientaux, pierre, L. 216 cm, Xianyang, Shaanxi)

La brutale construction d'un État unifié

Tout commence au pays de Qin (prononcer Tchin). Ce royaume bénéficie d'une situation privilégiée dans la haute vallée de la Wei, un affluent du Houang He, le Fleuve Jaune. Protégé par les montagnes, il domine la grande plaine à blé de la Chine du nord.

Ses souverains vont user de cet avantage pour soumettre leurs rivaux, en affichant leur mépris des traditions militaires et des combats « à la loyale ». Ainsi délaissent-ils les chars en usage à l'époque féodale des « royaumes combattants » et leur préfèrent-il la cavalerie et l'infanterie. Ils n'ont pas de scrupules non plus à poursuivre les fuyards après la bataille et les massacrer.

Figure féminine (Han de l'Ouest, terre cuite, H 35 cm, Shaanxi, musée Han Yangling)Zhen Ying, qui deviendra pour la postérité le Premier Empereur Qin Shi Huangdi, recueille les fruits de ces entreprises. En une dizaine d'années, il unifie la Chine du nord sous sa férule et brise la féodalité en remplaçant les antiques royaumes par des préfectures administrées par des fonctionnaires. Cela lui vaut la haine des lettrés confucéens, attachés plus que tout aux traditions et à l'ordre ancien.

Qin Shi Huangdi ne s'en tient pas là.

Il renforce la Grande Muraille destinée à repousser les Barbares de la steppe, lance de grands travaux de génie civil dont certains (canaux...) durent encore, unifie les poids et mesures, et surtout l'écriture idéographique. Ainsi tous ses sujets, même s'ils parlent des langues différentes, peuvent communiquer grâce à une écriture commune.

L'empereur procède aussi à des transferts massifs de populations afin de parfaire l'unification du pays.

Succès sur toute la ligne... Mais après la mort de Qin Shi Huangdi, son fils se montre incapable de poursuivre son oeuvre. L'Empire menace de se désagréger. Lettrés et anciens féodaux aspirent à leur revanche.

La civilisation chinoise trouve ses marques

Boshanlu ou brûle-parfums en forme de montagne (Han de l'Ouest, bronze et or, H 26 cm, musée du Hebei)En 206 av. J.-C., quatre ans à peine après la mort du Premier Empereur, un officier du nom de Liu Bang prend la tête d'une bande de brigands et, dans le désordre ambiant, devient le nouveau maître de l'empire.

Désormais connu sous le nom de règne Gaozu, il s'arroge le titre impérial avec le Mandat du Ciel qui fait de lui, selon la tradition antique, le protecteur des récoltes.

Il inaugure la dynastie Han qui durera quatre siècles (avec une brève interruption). Il s'installe à Chang'an, la capitale des Qin, près de la ville actuelle de Xian. 

Entourée de 25 km de murailles en terre damée, composée surtout de palais et de parcs, la résidence impériale est l'une des plus grandes villes de son époque. Il n'en reste pratiquement rien aujourd'hui, comme de la plupart des autres villes et monuments de la Chine antique...

Extrémité d'une tuile de constructionConstruite en briques, tuiles, bois et pisé, elle n'a pas résisté à l'épreuve du temps, à la différence des constructions en pierre du bassin méditerranéen. 

Gaozu flatte habilement les lettrés confucéens, ce qui lui vaudra une image flatteuse dans la postérité !... 

Il restaure aussi des vassaux à la tête des grands gouvernements tout en en faisant des quasi-fonctionnaires qu'il déplace à loisir.

Il perd une grande partie des conquêtes de son prédécesseur mais arrive à contenir les nomades derrière la Grande Muraille.

Vase (Han de l'Ouest, bronze, or et argent, H 60 cm, musée du Hebei)La dynastie confirme la place des lettrés et des paysans au sommet de la hiérarchie sociale.

Gaozu étant lui-même d'origine paysanne, il évite de pressurer les propriétaires terriens qui forment l'ossature de la société.  

La Chine, en effet, demeure un pays de hameaux, avec de grosses fermes patriarcales qui pratiquent la culture céréalière et l'élevage. 

C'est un demi-siècle après la disparition de Gaozu qu'émerge le plus grand souverain de la dynastie, Wudi (140-87). 

En 54 ans de règne, Wudi va restaurer l'empire dans ses plus grandes frontières. Ainsi fait-il entrer le Vietnam dans la dépendance de la Chine pour un millénaire.

Afin d'assurer l'unité de l'empire, il procède comme les Qin à de grands échanges de populations.

Cheval, élément d'une garde d'honneur (Han de l'Est, bronze, H 39 cm, musée du Gansu)Pour mieux contenir les Barbares de l'autre côté de la Grande Muraille, il renforce sa cavalerie et, pour cela, en 138 av. J.-C., demande à son général Zhang Qian de lui ramener des « chevaux célestes » du lointain Ferghana.

L'expédition va durer de longues années et contribuer à l'ouverture de la mythique « route de la soie », une succession d'oasis, de caravansérails et de foires par laquelle vont dès lors les marchandises entre l'Orient et l'Occident.  

Afin de monter les chevaux à leur aise, ses guerriers sont priés de renoncer à leur robe et d'adopter le pantalon, vêtement habituel des femmes chinoises ! 

Fonctionnaire (Han de l'Ouest, terre cuite, H 63cm, Shaanxi, musée Han Yangling)Wudi impose à ses grands vassaux, au nombre d'environ cent cinquante, de partager leur héritage à leur mort entre tous leurs fils...

C'est afin de réduire peu à peu la taille de ces baronnies et la menace qu'elles font peser sur le pouvoir central.

L'une de ses réformes les plus importantes est l'instauration en 134 av. J.-C. de concours pour le recrutement des fonctionnaires.

Recrutés au mérite dans toutes les classes de la société selon les principes confucéens, ces mandarins vont remplacer l'aristocratie dans l'administration de l'empire.

Le recrutement sur concours va perdurer jusqu'en 1905. Au XVIIIe siècle, en pleine « sinomanie », il va être introduit en France par le gouvernement de Louis XV avec le succès que l'on sait.

Mais les ambitions de Wudi ont un coût : elles entraînent l'empereur à altérer la valeur des monnaies et instaurer un monopole d'État sur le sel et le fer.

Écrasés d'impôts, les petits paysans lâchent prise et entrent au service des grands propriétaires comme serfs.

Xuandi (73-49), petit-fils du grand Wudi, relance avec succès les guerres préventives contre les Xiongnu, de mystérieux barbares de la steppe, et les Qiang, nomades des plateaux tibétains.

Mais ces guerres s'avèrent extrêmement coûteuses... et elles suscitent naturellement la réprobation des pacifistes conseillers confucéens de la cour.

Elles aggravent le poids des impôts et entraînent des jacqueries que les successeurs de Xuandi vont être incapables de maîtriser.

Le jade, porte de l'immortalité

Le désir d'immortalité tenaille beaucoup de souverains et de princes Han, conduisant certains à se faire inhumer dans un linceul en jade, le jade ayant la réputation de transmettre son imputrescibilité au corps.

Ce linceul-ci aurait appartenu à Liu Yngke, prince du Chu, mort en 174 av. J.-C. Il est composé de plus de quatre mille plaquettes de jade tissées par des fils d'or.

Linceul (Han de l'Ouest, jade, fils d'or, 176 cm, tombe princière de Chu, musée de Xuzhou)

Un « usurpateur » communiste/confucéen

Carillon HanEn l'an 9 de notre ère, Wang Mang, le neveu de l'impératrice douairière (*), renverse l'empereur Han et prend sa place.

Passionnément fidèle aux préceptes confucéens, il tente d'instaurer un régime étatiste ou pour tout dire communiste.

Il nationalise la terre et instaure des monopoles d'État sur l'exploitation de la pêche et la forêt.

Mais il est incapable de réprimer les jacqueries qui, périodiquement, émergent dans tel ou tel endroit de l'empire. 

L'une d'elles, la révolte des « Sourcils Rouges », va l'emporter.

Liu Xiu, un prince Han, pénètre à Chang'an et décapite l'usurpateur.

Cochon (Han de l'Ouest, terre cuite, H 60 cm, musée Han Yangling)

La prospérité au rendez-vous

L'heureux vainqueur s'attribue le Mandat du Ciel sous le nom de règne Guangwudi (25-57) mais renonce à résider à Chang'an et lui préfère une nouvelle capitale plus à l'Est, Luoyang, dans la vallée du Huang He. Aussi les nouveaux empereurs sont-ils qualifiés par les historiens de Han postérieurs (à Wang Mang) ou Han orientaux (établis à Luoyang), par opposition aux précédents, les Han antérieurs ou Han occidentaux.

Grenier à cinq niveaux (Han de l'Est, terre cuite, H 129 cm, Jiaozuo, musée de Jiaozuo)Si l'on en croit les chroniques, Guangwudi est le souverain idéal. Sous son règne, les barbares Xiongnu sont toujours contenus et la route de la soie plus active que jamais. À l'intérieur, la sage administration impériale permet de réduire les impôts des deux tiers !

Cette politique a une traduction bien concrète : au début de notre ère, un recensement officiel attribue à l'empire chinois 57 millions d'habitants (c'est à peu près le cinquième de l'humanité et autant que l'empire romain dans sa plus grande extension) ; deux siècles plus tard, quand les Han arrivent à bout de souffle, l'empire compte près d'une centaine de millions d'habitants.

Néanmoins, les successeurs de Guangwudi ne laissent pas le souvenir de grands souverains.

On note seulement à la fin du premier siècle les exploits d'un général de valeur, Ban Chao (31-102). Il va lancer des expéditions victorieuses dans le bassin du Tarim, au coeur du Sinkiang, et atteindre même la mer Caspienne...

Manuscrit sur papier Chine (Han orientaux, D 17,5 cm, province du Gansu, musée municipal de Lanzhou)C'est ainsi qu'à la fin du premier siècle, il n'y a plus que le royaume des Parthes qui sépare la Chine de Rome !

Le dernier siècle des Han témoigne d'une haute classe alanguie, avec une cour impériale paralysée par les querelles de palais entre eunuques et lettrés.

Mais c'est aussi une grande époque d'innovations qui voit l'invention du papier et les premières reproductions de textes par estampage, le développement des laques et aussi l'introduction en Chine du bouddhisme en provenance de l'Inde.

Joueurs de dés (Han, bronze)

Les somptueux tombeaux princiers et leur matériel funéraire témoignent de la richesse de cette époque.

En 184, une nouvelle jacquerie, la révolte des « Turbans Jaunes », va avoir raison de la dynastie. Dans le désordre ambiant, trois usurpateurs s'emparent du pouvoir. Aux Han succède l'époque turbulente des « Trois royaumes » (221-265) : Wei, Shu et Wu. Puis les invasions barbares. En 618 seulement, l'empire retrouvera son unité sous la férule de Taizong, fondateur de la dynastie des Tang.

La Chine classique, des Shang aux Tang

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La Chine classique (droits réservés : Alain Houot)
À la haute Antiquité de la Chine, dominée par la dynastie des Shang, succède l'époque des « royaumes combattants », qui ressemble au Moyen Âge occidental (en plus brutal), puis les empires de l'époque classique, des Han aux Tang...

Publié ou mis à jour le : 2019-11-19 17:23:41

 
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