Gengis Khan (1155 - 1227)

Le plus vaste empire qui ait jamais existé

Guerrier intelligent et d'une extrême dureté, Gengis Khan est le fondateur d'un empire éphémère mais plus vaste qu'aucun autre empire ayant jamais existé. Pour accomplir cet exploit, il a causé la mort violente de quelques dizaines de millions de personnes, environ le cinquième de l'humanité de l'époque !

L'unification de l'Eurasie sous son glaive a paradoxalement rapproché l'Europe de l'Extrême-Orient et favorisé par exemple les voyages de Marco Polo, impensables quelques décennies plus tôt quand l'Asie centrale était divisée en différents royaumes hostiles.

André Larané
Esthète

On se gardera d'appliquer la règle de vie que l'on prête à Gengis Khan : « La plus grande joie qu'un homme puisse connaître, c'est vaincre ses ennemis, les chasser devant lui, monter leurs chevaux, leur ravir ce qu'ils possèdent, voir en larmes les êtres qui leur sont chers, presser dans ses bras leurs femmes et leurs filles ».

Un enfant de la steppe

Gengis Khan est né dans les steppes d'Asie centrale sous le nom de Temutchin (ou Témoudjin ouTemüdjin) vers 1155, dans le clan mongol des Qyiat. Son père Yesügai, le chef du clan, négocie le mariage du garçon avec la fille d'un chef de clan voisin, Börte. Mais Yesügai meurt peu de temps après.

Orphelin, le jeune Temutchin mène une vie errante dans la steppe avec sa mère, ses frères et sa soeur. Ayant survécu jusqu'à l'âge d'homme, il va réclamer la main de sa fiancée. Chose promise, chose due. Le mariage consacre le premier rapprochement entre deux clans mongols. Il ne s'agit encore que de petits groupes de nomades.

Rassuré sur son avenir, Temutchin se fait bientôt proclamer Khan et prend la tête de plusieurs clans mongols. Dès lors, il ne va avoir de cesse de réunir sous son autorité tous les nomades de la steppe, Mongols et Turco-Mongols, usuellement désignés sous le nom de Tatars (ou Tartares). C'est chose faite au printemps 1206. Agé d'une quarantaine d'années, il se fait reconnaître souverain par toutes les tribus et se voit conférer le nom de Gengis Khan (« roi universel » en mongol).

L'événement a lieu au cours d'une assemblée plénière, un kuriltaï (ou Khurultay), sur les rives de l'Onon. Gengis Khan nomme peu après un chaman (sorcier ou grand prêtre) à sa solde pour consolider son emprise sur son peuple de turbulents guerriers et préparer d'ambitieuses conquêtes.

Peuple nomade vivant de l'élevage extensif des troupeaux dans les steppes d'Asie, les Mongols bénéficient en ce début du XIIIe siècle de conditions climatiques exceptionnelles qui leur assurent toutes les ressources en vivres indispensables à de lointaines expéditions, avec d'abondants pâturages pour leurs chevaux.

En contact avec les peuples sédentaires d'Europe et d'Asie, une grande partie des Mongols a renoncé aux religions chamanistes traditionnelles au profit du bouddhisme, du manichéisme iranien et surtout... du christianisme de rite nestorien (une confession qui se perpétue encore chez les assyro-chaldéens d'Irak).

La conquête du monde

Fort de son prestige, Gengis Khan rallie à lui deux autres peuples de la steppe, les Ouïghours et les Öngüt, installés aux confins de la Chine, mais il ne peut en faire autant avec les Si-hiat, ou Tangut, un autre peuple qui va lui mener la vie rude jusqu'à sa mort. Malgré ce relatif échec, le souverain mongol entame la conquête de la Chine en combinant mouvements rapides et armement lourd, avec plusieurs dizaines de milliers de cavaliers et cavalières (dans cette société très égalitaire aux dires du voyageur Jean du Plan Carpin, les femmes mongoles pratiquent le tir à l'arc et le combat à cheval tout autant que les hommes).

S'attaquant à la Chine du nord, divisée entre royaumes rivaux, il piétine devant la Grande Muraille et tente de la contourner en occupant la Mandchourie. Enfin, en mai 1215, il occupe Pékin, massacre la population et rase la cité.

Sans se soucier de poursuivre au sud du Fleuve Jaune les fidèles de la dynastie chinoise des Kin, Gengis Khan laisse une partie de ses guerriers en Chine sous la direction de Mukali, l'un de ses meilleurs généraux. Lui-même s'en retourne vers l'Ouest avec le reste de ses troupes. Il veut châtier un vassal du peuple naïman, Kütchlüg, qui s'est placé sous la protection d'un souverain ennemi, le roi des Kara-Khitaï.

Gengis Khan abat ce royaume en 1218 et se retrouve dès lors maître de toute la Haute Asie ainsi que de la Chine du nord. Son plus proche voisin est le sultanat turc du Khorezm (ou Khwarezm), qui occupe la plus grande partie du monde iranien ou persan.

Prenant prétexte du massacre d'une caravane par les troupes du Khorezm, aux ordres du chah Mohamed, Gengis Khan prépare avec soin une nouvelle campagne. En 1219, il franchit le Syr-Darya, entre en Transoxiane (l'Ouzbékistan actuel) et marche sur Boukhara. La prestigieuse cité, riche de trésors de l'art islamo-persan, est occupée en février 1220 et sa garnison massacrée.

Mais Gengis Khan s'abstient de mettre à sac la ville. Même indulgence pour Samarcande (ou Samarkand), le mois suivant. Le souverain confie à deux généraux, Djebe et Sübötei, le soin de poursuivre les derniers fidèles du chah du Khorezm. Il s'ensuit une époustouflante chevauchée qui mène les Mongols, au total 20 000 cavaliers, jusqu'au Caucase et, au-delà, jusqu'en Ukraine.

Les deux généraux affrontent la chevalerie chrétienne de Géorgie et défont à la bataille de la Kalkha, près de la mer d'Azov, le 31 mai 1223, les armées russes venues à leur rencontre.

De son côté, Gengis Khan poursuit en Afghanistan Djelal al-Din, le fils du chah Mohamed. Le pays est à cette occasion ravagé comme aucun autre ne l'a été avant lui. Des centaines de milliers de gens sont massacrés à Bactres comme à Merv, augustes cités de l'antique Bactriane, dont l'origine remontait à Alexandre le Grand et qui ne sont plus aujourd'hui que ruines dans la solitude.

Hérat, instruite par l'exemple, se rend sans coup férir mais croit opportun de se soulever un peu plus tard. La punition n'en est que plus exemplaire. Là aussi, massacres à grande échelle.

Pour le chef mongol, cette façon de terroriser les populations ennemies en les massacrant sitôt qu'elles esquissaient un geste de résistance était la seule manière de les maintenir dans la soumission. Mais malgré ses efforts, il ne peut s'emparer de Djelal al-Din. En 1221, celui-ci traverse l'Indus en y faisant nager son cheval et le roi des Mongols renonce à le poursuivre jusqu'en Inde.

Revenant sur ses pas, Gengis Khan s'applique à relever les ruines de ses conquêtes avec le concours de quelques administrateurs remarquables recrutés parmi les peuples soumis, musulmans, bouddhistes taoïstes ou chrétiens nestoriens. Il introduit ainsi l'écriture ouïgoure dans l'administration mongole. Il impose la numérotation décimale, utile pour le dénombrement des troupes de diverses ethnies. Il instaure de très efficaces relais de poste qui permettent de traverser l'Asie en sécurité.

L'expansion mongole sous Gengis Khan et ses successeurs

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Grand khan des Mongols en 1206, Gengis Khan va entamer dans les 20 années qui suivent la conquête de l'Asie, de la Chine du nord aux frontières de l'Europe. 

Mais il reviendra à ses quatre fils (Oegoedaï, Djaghataï, Djötchi et Toloui) et leurs descendants de la compléter. De la Russie à l'Indochine, leur influence se fera ainsi sentir pendant un demi-millénaire...

Gengis Khan et les Mongols vus par Questions d'Histoire

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Triomphe posthume

Reprenant le chemin de la steppe, le conquérant meurt vers 70 ou 72 ans des suites d'une chute de cheval. Un chroniqueur, Rachid al-Din, lui prête ce propos désabusé : « Nos fils et nos petits-fils se vêtiront de soie, ils mangeront des mets délicieux et gras, monteront d'excellents coursiers, presseront dans leurs bras les plus belles femmes et les filles les plus jolies et ils ne se souviendront plus que c'est à nous qu'ils le doivent » (*).

En mourant, il laisse à ses quatre fils légitimes le soin d'étendre les conquêtes vers l'Ukraine et la Hongrie aussi bien que vers la Perse et la Chine.

Le plus jeune, Toloui (ou Tolui) se voit remettre la Chine du Nord et exerce temporairement la régence suprême. Djaghataï, deuxième fils de Gengis Khan, se voit remettre le Turkestan avec notamment la ville de Samarkande.

En 1229, l'assemblée des chefs mongols porte à sa tête Oegoedeï, troisième fils du conquérant, qui a reçu la steppe en apanage et établi sa capitale à Karakorum (ou Qarakorum), au nord-ouest de la Chine. Jusqu'à sa mort, en 1241, il va d'une part donner une base administrative à son empire, avec l'aide de son ministre chinois Yelü Chucai, d'autre part poursuivre la conquête de la Chine et développer ses attaques vers l'Europe, avec son général Subutèi. Sa mort sauve l'Europe in extremis.

Djötchi, autre fils de Gengis Khan, meurt trop tôt pour jouir du pouvoir. Ses fils reçoivent la Sibérie occidentale. L'un d'eux, Batou (ou Batu), se lance avec 150 000 hommes à la conquête de l'Occident.

En 1251, le fils aîné de Toloui, Mongka (ou Mangu),  est élu Grand Khan. Jusqu'à sa mort en 1259, il va donner à l'empire mongol sa plus grande extension. Il confie à son frère Kubilaï (Koubilay ou Qubilay) le soin d'achever la conquête de la Chine. 

Kubilaï Khan va s'acquitter de sa tâche avec efficacité, fonder la dynastie Yuan, réunifier la Chine et mettre fin à près de mille ans d'émiettement de l'empire chinois, au prix d'une baisse d'au moins un quart de la population sédentaire. Joli paradoxe que le  « sauvetage » de l'empire par ces Mongols que les fils de Han qualifient avec mépris de « barbares crus », autrement dit de primitifs.

C'est Kubilaï qui accueillera Marco Polo à Pékin.

Un autre frère de Mongka, Houlégou (ou Hulagu), se voit remettre les plateaux iraniens. Il se lance à la conquête de l'Irak et du Proche-Orient alors même que les croisés francs sont en voie d'en être chassés par les Turcs. D'aucuns rêvent un moment d'une alliance entre Louis IX (Saint Louis) et le khan mongol pour prendre à revers les Turcs ! Houlégou abat la secte des Assassins et aussi brûle Bagdad, consacrant la mort de l'empire abasside.

Les querelles successorales entre les petits-fils de Gengis Khan aboutissent dès les années 1260 à la création de quatre grands khanats ou royaumes :

Le Grand Khanat réunit la Chine et la Mongolie. Le khanat d'Ilkhanet correspond à la Perse. Le khanat de Tchagataï recouvre les steppes d'Asie centrale. Enfin, sur les bords de la mer Caspienne, un puissant khanat va pendant près de trois siècles terroriser les Russes : le khanat de la Horde d'Or. Sa capitale en est Saraï, sur le delta de la Volga, près de la ville actuelle d'Astrakhan.

Même s'ils ne vont jamais retrouver leur éphémère puissance, les Mongols issus de Gengis Khan vont garder un tel prestige que leur nom deviendra jusqu'au XIXe siècle, comme celui de Rome, une « marque de fabrique ». Ainsi Tamerlan, Babour et les Moghols se prévaudront-ils de cet héritage.

Bibliographie

On peut consulter sur Gengis Khan l'ouvrage de René Grousset, grand historien spécialiste de l'Asie : L'empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan (650 pages, Payot, 1965). Ce livre savant est néanmoins d'une lecture très accessible aux non-spécialistes. L'historien a aussi publié une biographie orientée vers le grand public : Le conquérant du monde, Vie de Gengis Khan (Le Livre de Poche).

Noter aussi la parution plus récente d'une nouvelle traduction des récits de voyages du moine franciscain Jean du Plan Carpin (1182-1252), qui arrive à la cour du Grand Khan en 1246 : Dans l'empire mongol (traduction par Thomas Tanase, Anacharsis, 2014). 

Publié ou mis à jour le : 2020-03-19 14:31:22

 
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