La quatrième partie du monde

L'invention d'un nouveau continent

Toby Lester (éditions JC Lattès, 570 pages, 25 euros,  2012)

La quatrième partie du monde

Dans cet essai très riche, l’historien américain Toby Lester raconte le long cheminement intellectuel qui a conduit à la réalisation de la carte de Waldseemüller où est mentionné pour la première fois l’existence d’un nouveau continent, l’Amérique.

Il signe un ouvrage bien documenté et d’une lecture très agréable sur cette carte mythique dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un seul exemplaire acheté en 2003 à prix d’or (dix millions de dollars) par la Bibliothèque du Congrès à Washington.

Le moine cartographe Martin Waldseemüller et l’érudit Matthias Ringmann font imprimer en 1507 un ouvrage intitulé Introduction à la cosmographie accompagné d’une carte du monde. C’est sur ces documents qu’apparaît pour la première fois le nom d’Amérique.

Cette histoire est bien connue : ce nom vient d’Amerigo Vespucci, le marchand florentin qui relate, dans une lettre adressée au duc de Lorraine, ses voyages à travers l’océan Atlantique. En transmettant ce texte à ses cartographes de Saint-Dié dans les Vosges, le duc René II va précipiter le baptême du Nouveau monde. Au grand dam des héritiers de Christophe Colomb!

L’intuition géniale d’un nouveau continent

Les cartographes de Saint-Dié veulent faire la synthèse entre la représentation classique issue de la Géographie de Ptolémée et les récentes découvertes des navigateurs comme Colomb, Vespucci, Cabot ou Cabral.

Leur planisphère est le premier à représenter le Nouveau Monde comme une vaste étendue de terres entourée d’eau. Cette quatrième partie du monde «s’avère être entourée de tous côtés par l’Océan», notent Waldseemüller et Ringmann.

Cette annonce faite en 1507 est surprenante car aucun voyageur n’avait encore évoqué cette hypothèse. Pour les géographes de l’époque, les terres découvertes par Christophe Colomb et ses successeurs n’étaient que des îles aux avant-postes du continent indien.

Ce n’est qu’en 1513 que Balboa apercevra l’océan Pacifique depuis l’isthme de Panama. Et il faudra attendre 1520 pour que Magellan pénètre dans cet océan par le sud du continent américain. Comment ce petit groupe d’érudits lorrains a-t-il pu avoir cette intuition ? «C’était une impertinence, un bond de l’imagination que ne justifiait pas les sources dont nous savons qu’ils disposaient», note l’auteur.

Un voyage instructif dans l’Antiquité et le Moyen-Âge

Toby Lester n’apporte pas de réponse à ce mystère.

Dans son ouvrage sur «la course aux confins de la Terre et l'histoire épique de la carte qui donna son nom à l'Amérique», il convie plutôt le lecteur à un voyage très instructif dans l’Antiquité et le Moyen-Âge pour retracer la longue et passionnante histoire de la découverte du monde ainsi que la difficulté de sa représentation.

Dans un style clair et enlevé, le chercheur américain dresse les portraits des grands voyageurs, comme Marco Polo, Guillaume de Rubrouck et plus tard les grands navigateurs, mais aussi des théoriciens, comme Roger Bacon ou Pierre D’Ailly. Dans ce panorama, le penseur grec Ptolémée (IIe siècle après JC) occupe une place de choix : sa Géographie, redécouverte à la Renaissance et reproduite grâce à l’imprimerie, allait démontrer aux humanistes les avantages à voir le monde sous la même perspective.

L’ouvrage s’achève sur l’histoire de la conception et la réalisation de la carte dans le monastère vosgien. Toby Lester remarque que le planisphère n’a connu qu’un succès fugace, remplacé par d’autres cartes plus précises. Ce magnifique document serait toutefois parvenu jusqu’en Pologne où il aurait fortement impressionné Nicolas Copernic.

Laurent Pericone

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 07:42:47

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