Regards sur l'enfant

Époque moderne : l’enfant éduqué et cajolé

Une mutation s’opère au XVIIe siècle. Après avoir été vénéré au Moyen Âge, l’enfant devient un objet d’affection filiale et son éducation mobilise des efforts croissants.

La société occidentale lui accorde un statut d'adulte en devenir, premier signe d’une mutation profonde que les siècles suivants poursuivront dans des proportions inédites.

Isabelle Grégor

Portrait de Marc-Étienne Quatremère et sa famille, Nicolas-Bernard Lépicié, 1780, musée du Louvre, Paris.

Un soin permanent

Benoît Agnès Trioson regardant des figures dans un livre, Anne-Louis Girodet-Trioson, 1797, musée Girodet, Montargis.« La patience et l’éducation corrigent bien des défauts »
« Une Ourse avait un petit Ours qui venait de naître. Il était horriblement laid. On ne reconnaissait en lui aucune figure d’animal : c’était une masse informe et hideuse. L’Ourse, toute honteuse d’avoir un tel fils, va trouver sa voisine la Corneille, qui faisait grand bruit par son caquet sous un arbre : " Que ferai-je, lui dit-elle, ma bonne commère, de ce petit monstre ? J’ai envie de l’étrangler.
— Gardez-vous en bien, dit la causeuse, j’ai vu d’autres Ourses dans le même embarras que vous. Allez, léchez doucement votre fils ; il sera bientôt joli, mignon et propre à vous faire honneur. "
La mère crut facilement ce qu’on lui disait en faveur de son fils. Elle eut la patience de le lécher longtemps. Enfin il commença à devenir moins difforme, et elle alla remercier la Corneille en ces termes : " Si vous n’eussiez modéré mon impatience, j’aurais cruellement déchiré mon fils, qui fait maintenant tout le plaisir de ma vie. "
Oh ! que l’impatience empêche de biens et cause de maux ! » (Fénelon, Fables, 1712)

L’image du petit ourson que sa mère embellit et aide à grandir jour après jour illustre la conception de l’éducation au XVIIe siècle : il faut modeler patiemment ce petit cerveau tout mou !

À l’aube de ce que l’on a aussi surnommé le Siècle de l’éducation, le futur Louis XIV bénéficie des efforts de divers précepteurs, chacun maîtrisant un domaine précis comme le montrera Le Bourgeois gentilhomme de Molière (1670).

Ces spécialistes de l’histoire, des arts ou de la religion, ces maîtres de musique ou d’escrime mais surtout ces professeurs de danse vont apporter au petit héritier du trône connaissances et adresse, aussi bien dans l’exécution des menuets qu'en matière de décisions politiques.

Devenu roi, Louis XIV confie son petit-fils à Fénelon dont la méthode consiste à donner de bons modèles à l’enfant pour qu’il agisse par imitation. C’est pourquoi, dans son célèbre roman d’apprentissage Télémaque (1699), il associe à son jeune héros un précepteur plein de sagesse, Mentor.

Mais tous les enfants n’ont pas la chance d’avoir un enseignant à domicile : la plupart de ceux qui ont accès à l'éducation doivent se rendre à l’école dont le réseau ne cesse de se densifier, pour le plus grand contentement des parents à une époque où la famille resserre ses liens.

Notons cependant que les petites filles, malgré l’expérience du pensionnat des Demoiselles de Saint-Cyr créé par Madame de Maintenon en 1684, devront encore attendre pour sortir de chez elles !

Quel gamin, ce Louis !

Portrait de Louis XIV enfant, âgé de six ans, Philippe de Champaigne, 1644, musée du Louvre, Paris.Nous disposons avec les mémoires de Pierre de La Porte, premier valet de chambre du futur Louis XIV, un témoignage plein de vie sur l’enfance du roi.
« Un jour à Rueil ayant remarqué qu’en tous ses jeux il faisait le personnage du valet, je me mis dans son fauteuil et me couvris, ce qu’il trouva si mauvais qu’il alla se plaindre à la reine, ce que je souhaitais, aussitôt elle me fit appeler. Je lui dis que puisque le roi faisait mon métier, il était raisonnable que je fisse le sien et que je ne perdrais rien au change, qu’il faisait toujours le valet dans ses divertissements et que c’était un mauvais préjugé. La reine, qu’on avait pas encore prévenue là-dessus, lui en fit une rude réprimande. […] après s’être déshabillé pour se coucher, il se mit à faire cent sauts et cent culbutes sur son lit avant de se mettre dedans ; mais enfin il en fit une si grande qu’il alla de l’autre côté du lit à la renverse se donner de la tête contre l’estrade, dont le coup retentit si fort que je ne savais qu’en croire. Je courus aussitôt au roi et, l’ayant reporté sur son lit, il se trouva que ce n’était rien qu’une légère blessure, le tapis de pied ayant paré le coup ; en sorte que Sa Majesté eut moins de mal de sa blessure que M. le gouverneur [de Villeroy] de la peur, dont il fut tellement saisi qu’il demeura un quart d’heure sans pouvoir remuer de sa place » (Pierre de La Porte, Mémoires, 1649).

« Respectez l’enfance » ! (Rousseau)

Le XVIIIe siècle va accentuer le virage amorcé au XVIIe. On se penche enfin avec intérêt sur ce petit qui traîne dans nos pattes, on l’observe, on le teste. L’enfant ignoré, incapable de faire preuve de raison et de se tourner vers Dieu, devient l’enfant-roi désiré et choyé par toute sa famille.

Portrait du jeune Henri Bertholet-Campan avec son chien Aline, Adolf Ulrik Wertmüller, 1786, musée national de Stockolm, Suède.Cette évolution vient en grande partie des hommes d’Église qui valorisent l’image de l’enfant Jésus tout en multipliant les innovations en matière d’instruction, en particulier chez les jésuites, pédagogues hors pair.

Au milieu du siècle, ce sont les philosophes des Lumières qui, aspirant au bonheur pour tous, s’interrogent sur la meilleure façon d’y parvenir en donnant toutes les chances aux futurs adultes.

On refuse désormais la fatalité des décès précoces : c’est ainsi que, pendant près de vingt-cinq ans, Madame du Coudray a parcouru les routes, mannequin sous le bras, pour éclairer les matrones sur les mystères de la physionomie féminine. Il faut aussi limiter les naissances pour mieux s’occuper du bambin et l’élever selon les principes du « best-seller » de l’époque, L’Émile de Jean-Jacques Rousseau (1732).

Fini l’adulte en réduction : l’enfant doit être considéré simplement comme... un enfant ! Il suffit de cultiver lentement ses instincts naturels tout en respectant sa liberté et son innocence. Plus d’emmaillotage et de corsets, de châtiments corporels et de larmes, le corps est amené à se développer en toute autonomie loin des livres, que Rousseau lui-même prétend détester.

C’est pourtant à cette époque que paraissent en Angleterre les premiers ouvrages de loisir destinés spécifiquement aux enfants, même si fables et contes avaient déjà ouvert la voie au siècle précédent. Avec le sort dramatique de Paul et Virginie, les héros parfaits de Bernardin de Saint-Pierre (1787), c’est la France entière qui sanglote et s’empresse de cajoler sa progéniture.

Allaitement mortel

S'il est une pratique dont les familles des classes supérieures auront du mal à se défaire, c'est de la mise en nourrice de leurs bébés. C'est au XVIIe siècle que se généralise cette pratique dans les cours européennes. Jusque-là, le recours à une nourrice de substitution était limité aux cas désespérés : absence de lait ou mort de la mère.

Désormais, pour leur confort, pour vaquer à leurs activités habituelles sans entrave, les femmes de l'aristocratie et de la bourgeoisie font appel à des paysannes pauvres qui ont elles-mêmes un bébé au sein, soit qu'elles s'établissent dans l'hôtel particulier de la famille en laissant leur bébé à une voisine, soit qu'elles accueillent l'enfant à nourrir dans leur chaumière. Dans ce dernier cas, l'enfant est allaité et élevé en même temps que celui de la nourrice. Les deux enfants deviennent pour la vie des « frères de lait ».

Les bourgeoises de Paris vont recruter les nourrices en Bourgogne, dans le Morvan, une région pauvre, proche de la capitale et dont les habitantes sont réputées pour leur poitrine généreuse ! Ce commerce va perdurer jusqu'à la fin du XIXe siècle en dépit d'une très forte mortalité des tout-petits.

Le ballon, Felix Valloton, 1899, musée d'Orsay, Paris.

Un esclavage à abolir

Voici quelques conseils d'éducation proposés par Jean-Jacques Rousseau. Rappelons que, pur théoricien, lui-même dit avoir abandonné ses cinq enfants du temps où il était sous l'empire de la nécessité...
« […] au lieu de le laisser croupir dans l’air usé d’une chambre, qu’on le mène journellement au milieu d’un pré. Là, qu’il coure, qu’il s’ébatte, qu’il tombe cent fois le jour, tant mieux : il en apprendra plus tôt à se relever. Le bien-être de la liberté rachète beaucoup de blessures. Mon élève aura souvent des contusions ; en revanche, il sera toujours gai. Si les vôtres en ont moins, ils sont toujours contrariés, toujours enchaînés, toujours tristes. Je doute que le profit soit de leur côté. […].
Comment voir sans indignation de pauvres infortunés soumis à un joug insupportable et condamnés à des travaux continuels comme des galériens, sans être assuré que tant de soins leur seront jamais utiles ! L’âge de la gaieté se passe au milieu des pleurs, des châtiments, des menaces, de l’esclavage. On tourmente le malheureux pour son bien ; et l’on ne voit pas la mort qu’on appelle, et qui va le saisir au milieu de ce triste appareil. Qui sait combien d’enfants périssent victimes de l’extravagante sagesse d’un père ou d’un maître ? Heureux d’échapper à sa cruauté, le seul avantage qu’ils tirent des maux qu’il leur a fait souffrir est de mourir sans regretter la vie, dont ils n’ont connu que les tourments.
Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir. […] Aimez l’enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. Qui de vous n’a pas regretté quelquefois cet âge où le rire est toujours sur les lèvres, et où l’âme est toujours en paix ? »
(Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, 1772)

La Mort de Bara en 1793, Jean-Joseph Weerts, 1880, Paris, musée d’Orsay.

Infants et paysans à égalité

C’est la Révolution ! Le 20 septembre 1792, l’Assemblée législative ajoute une petite ligne dans ses nouvelles lois : « Toute personne âgée de vingt et un ans accomplis est majeure ». Banal, me direz-vous ; chez les Romains, les citoyens devaient attendre vingt-cinq ans pour faire valoir leur droits. Alors, en quoi gagner quelques années est-il primordial ?

Les Petits Patriotes, Philippe-Auguste Jeanron, 1830,  musée des beaux-arts de Caen.En fait, ce n’est pas l’âge qui est ici important mais le fait que la mesure s'applique à tous les citoyens sans exception, alors que, sous l’Ancien Régime, la majorité royale était par exemple fixée à treize ans et un jour.

Dans le même temps, il s’agit de limiter l’autorité paternelle quitte à introduire une prise en charge par l’État des nécessiteux.

L’Assemblée, à un moment où le pays est en grand péril, a aussi dans l’idée de faciliter le recrutement de nouveaux soldats même si ceux-ci n’ont guère de poils au menton. 

Cette précocité ne scandalise pas ceux qui ont l’habitude de croiser dans les ports de très jeunes mousses et de voir les « enfants de troupes », fils de cantinières ou prostituées, suivre les régiments comme domestiques ou tambours.

Mais parce que l’enfant est aussi devenu le symbole de l’innocence, Robespierre n’hésite pas en décembre 1793 à s’emparer de la mort du petit Joseph Bara, tué par des Vendéens, pour « exciter dans les jeunes cœurs l’amour de la gloire, de la patrie et de la vertu [et] pour préparer les prodiges qu’opérera la génération naissante » (Discours à la Convention nationale, 28 décembre 1793).

Rien à voir, notons-le, avec la disparition discrète de Louis XVII, dix ans, seul héritier survivant des rois de France, victime de l’isolement et des mauvais traitements dans une cellule du Temple.

La Chasse aux Papillons, Berthe Morisot, 1874, musée d'Orsay, Paris.

Le grand péril de l'accouchement

« Abrégé de l'art des accouchements », Angélique Le Boursier du Coudray, 1769, Bibliothèque Interuniversitaire de Santé, Paris.« Une femme grosse a un pied dans la fosse ». C'est une constante jusqu'au milieu du XVIIIe siècle : les femmes passent d'une grossesse à une autre, quitte à chaque fois à y risquer leur vie.

Ce n'est pas pour rien que les vieux barbons de Molière, veufs à la suite d'un accouchement tragique, se lancent à la recherche de jeunes filles... Les médecins tentent bien sûr de mettre fin à ces drames, à l'exemple de Louise Bourgeois qui délaisse les conseils empiriques des « sages-femmes » de la campagne pour aider en 1601 Marie de Médicis à donner à la France un héritier dans de bonnes conditions.

Un siècle plus tard, une de ses descendantes, Angélique du Coudray, parcourt le pays pendant un quart de siècle pour expliquer aux femmes, à l'aide d'un ingénieux mannequin, les mystères de l'accouchement, raconté ici par un poète satirique du XVIIe siècle :

« L'une court chez la mère, et l'autre chez la sœur ;
L'un va quérir de l'eau pour réjouir le cœur
Le mari, tout fâché faisant la chatte-mitte,
Lit la vie et la mort de sainte Marguerite.
La mère au premier somme on réveille en sursaut ;
La sœur, toute effrayée, hors du lit fait un saut,
Passe son cotillon, s'en vient sans corps de cottes,
Ses chausses sous le bras, au beau milieu des crottes ;
Sur la tête une écharpe, un chapelet en main,
Sans voir derrière soi, vite, doublant le train,
Arrive en la maison tout à fait hors d'haleine,
Coiffée pour la nuit d'un gros bonnet de laine.
La mère suit de près, pour soulager les maux
Que sa fille endurait au fort de ses travaux,
Lui présente de l'huile et de l'impériale,
Avec un récipé de poudre cordiale.
Alors l'accès redouble, et, par un grand effort,
Le fruit qu'on attendait se présente à bon port.
Une dit : "C'est un fils !" L'autre dit : "Une fille !"
(
Robert Angot de l'Éperonnière, « 7e Satire », 1637)

« Le vert paradis des amours enfantines » (Charles Baudelaire)

Pour les poètes romantiques du début du XIXe siècle, déboussolés par une époque qui ne répond pas à leurs attentes, l’enfance se fait refuge et paradis perdu. « Qui me rendra ce jour où la vie a des ailes ? » (Marceline Desbordes-Valmore, 1833).

Le roi de Rome endormi sur les genoux de son père dans son cabinet de travail des Tuileries, œuvre présumée de Jean-Baptiste Isabey, 1815, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.Poussé par la nostalgie, on se rapproche de ces enfants qui représentent un idéal d’innocence disparue à jamais ou, pour les croyants, le « Dieu visible » cher à Victor Hugo. On sait à quel point celui-ci était proche de ses enfants, et combien il a été marqué par la mort tragique de sa fille Léopoldine. Avec son fameux poème « Demain, dès l’aube », il n’hésite pas à exprimer cette nouvelle forme d’amour qui ne se cache plus, tout au contraire.

On entoure les enfants, on partage leurs promenades, on cherche à leur faire plaisir en leur offrant les derniers ouvrages de la comtesse de Ségur ou de Jules Verne. C’est bien sûr l’occasion de faire intervenir le père Noël qui a officiellement quitté la Laponie pour la première fois en 1823.

Mais il n’y a pas que le jeu dans la vie : on accueille les enfants à la crèche - à partir de 1844 à Paris - puis à l’école primaire dont chaque commune a dû se doter dès 1833 sur injonction du ministre François Guizot. Les plus doués vont au lycée et accèdent au baccalauréat, institué en 1808 par Napoléon 1er.

En 1881-1882, le ministre Jules Ferry impose l’école laïque et gratuite. Commence le temps des « hussards noirs de la République », surnom donné aux instituteurs qui sont chargés de consolider la patrie, mise à mal par la défaite de 1870.

Une affection très pudique !

Ne nous illusionnons pas sur la rapidité des changements... Dans les milieux ruraux et aussi dans les familles traditionnelles, on reste longtemps attaché à des méthodes éducatives dépourvues de marques d'affection. Émilie Carles, née en 1900 près de Briançon, témoigne de cette rudesse : « Les manifestations de tendresse à l'intérieur de la famille étaient rares. On embrassait mon père deux fois par an, le jour de son anniversaire et le jour de l'an. C'est tout. [...] La seule relation physique entre lui et nous se limitait aux corrections » (La Soupe aux herbes sauvages, 1978).

Six cent mille nouveaux élèves sont envoyés sur les bancs de la salle de classe, ce qui finit de fragiliser l’autorité des chefs de famille, notamment dans les campagnes, mais améliore aussi les conditions de vie en sensibilisant les plus petits aux notions d’hygiène et de bien-être.

En ville, en cette fin du XIXe siècle, l'enfant devient l'accomplissement du mariage d'amour revendiqué par les jeunes générations. Rien d'étonnant à ce qu'il s'invite dans la peinture impressionniste, offrant de la famille une image idéale quelque peu éloignée de la réalité.

Le jeune Mozart au clavier, Carl Offerdinger, 1877, illustration extraite de la revue Bibliothèque de la jeunesse et de la famille publiée en 1873 à Leipzig, Allemagne.

Jeunots mais exceptionnels !

Certes, on nous dit que le talent n'attend pas le nombre des années. Mais de là à créer comme Wolfgang un premier concerto à six ans !...

L'actrice Shirley Temple dans le film The Poor Little Rich Girl, en 1936. Elle est âgée de huit ans.Plus tard, à Charleville-Mézières (Ardennes), c'est un Arthur Rimbaud d'à peine quinze ans qui se proclame « voyant » et bouleverse la poésie avant d'abandonner totalement l'écriture cinq ans plus tard, convaincu de n'avoir plus rien à dire.

Un autre enfant se fait connaître précocement dans le domaine scientifique : il s'agit de Blaise Pascal qui rédige ses premiers traités à onze ans en 1634.

Du côté du spectacle, les exemples sont nombreux tant dans le monde du cinéma (Shirley Temple, Elizabeth Taylor, Brigitte Fossey) ou de la musique (Mickaël Jackson) tandis que les exigences du sport ont souvent donné naissance à des stars très jeunes, à l'exemple de Nadia Comaneci, championne olympique à 16 ans.

Certains enfants deviennent des symboles malgré eux comme la Néerlandaise Anne Franck, morte en déportation en 1945 après avoir laissé un témoignage bouleversant sur la guerre dans son journal intime, et la Pakistanaise Malala qui reçut le prix Nobel de la Paix en 2014 pour son combat en faveur de l'éducation des filles.

L’Enfant en pénitence, Nicolas-Bernard Lépicié, 2e moitié du XVIIIe siècle, musée des Beaux-Arts, Lyon.

Petits princes fragiles

Antoine de Saint-Exupéry nous rappelle que « Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants. (Mais peu d'entre elles s'en souviennent.) » (Le Petit Prince, 1943).

Un enfant
Ça vous décroche un rêve
Ça le porte à ses lèvres
Et ça part en chantant
Un enfant
Avec un peu de chance
Ça entend le silence
Et ça pleure des diamants
Et ça rit à n'en savoir que faire
Et ça pleure en nous voyant pleurer
Ça s'endort de l'or sous les paupières
Et ça dort pour mieux nous faire rêver
Un enfant
Ça écoute le merle
Qui dépose ses perles
Sur la portée du vent
Un enfant
C'est le dernier poète
D'un monde qui s'entête
A vouloir devenir grand
Et ça demande si les nuages ont des ailes
Et ça s'inquiète d'une neige tombée
Et ça croit que nous sommes fidèles
Et ça se doute qu'il n'y a plus de fées
Mais un enfant
Et nous fuyons l'enfance
Un enfant
Et nous voilà passants
Un enfant
Et nous voilà patience
Un enfant
Et nous voilà passés

(Jacques Brel, Un Enfant, J’arrive, vol. 12, 1968)

Mais on a appris aussi d'un médecin de Vienne, célèbre pour son canapé, que tous les enfants ont plus ou moins de difficultés à devenir des grandes personnes. Pour Sigmund Freud, en effet, tout se joue dans les premières années. Si l'adulte est mal dans sa vie, c'est qu'il a vécu une expérience traumatisante étant enfant.

La psychanalyse va inspirer les pédiatres comme Françoise Dolto pour qui l'adolescent est « un homard pendant la mue […], confronté à tous les dangers » (Le Complexe du homard, 1991). De fait, malgré ou à cause du bien-être économique, les Trente Glorieuses vont se révéler pleines de tentations dangereuses pour les nouvelles générations, de la publicité aux jeux vidéos.

Avec la maîtrise de la fécondité, les enfants sont désormais non seulement désirés mais programmés. Avec le développement du salariat féminin, c'est aussi de plus en plus par la garderie et l'école que passe leur socialisation.

Dans le même temps, nombre de couples explosent et génèrent des familles dites « recomposées » où l'enfant doit se faire une place entre parents biologiques et beaux-parents en attendant de pouvoir s'émanciper.

Beaucoup d'adolescents en révolte et tentés par les comportements à risque sont susceptibles de reprendre à leur compte le cri de rage d'André Gide : « Famille, je vous hais ! » L'enfance et l'adolescence conservent leur lot de souffrances.

Publié ou mis à jour le : 2021-03-12 16:13:04

 
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