Modeste bourgade du Latium, Rome réussit à dominer les cités voisines, puis à étendre son autorité à l’ensemble de l’Italie avant d’imposer sa loi à un immense empire. Devenue la capitale d’un gigantesque territoire, elle connut bien des évolutions urbaines afin d’accueillir une population toujours plus nombreuse.
Les architectes et ingénieurs romains mirent au point des solutions innovantes afin de construire des immeubles de plus en plus hauts, de gigantesques édifices de spectacles, mais aussi des systèmes d’égouts, d’adduction d’eau, et des thermes qui devinrent le modèle de la romanité.
La naissance de Rome
La fondation de Rome par Romulus remonte selon la tradition en 753 avant notre ère, à une date correspondant au 21 avril de notre calendrier.
Les sources littéraires et historiques sont bien postérieures puisque les textes de Cicéron, Tite-Live, Virgile, Denys d’Halicarnasse… datent du Ier siècle avant notre ère ou au début de notre ère. La grande majorité des documents antérieurs ont été perdus, notamment lors du grand incendie de Rome en 390 avant notre ère.
La date mythique de la fondation de Rome s’accorde avec les découvertes archéologiques qui ont mis au jour sur le Palatin et sur l’Esquilin des vestiges d’habitation datant du milieu du VIIIe siècle avant notre ère. Il s’agissait de modestes cabanes édifiées à partir d’une structure en bois, supportant un toit de chaume ou de branchages. Les murs de torchis étaient constitués d’argile, de roseaux et de paille.
Les plus grandes, de plan rectangulaire ou oblong, mesuraient environ 5 mètres sur 3,5. Elles s’organisaient autour d’un foyer central, tandis qu’à l’extérieur, une rigole permettait d’évacuer l’eau. Les urnes funéraires de cette époque, réalisée sous la forme de cabanes, donnent une idée de l’aspect de ces bâtisses.
C’est vraisemblablement le regroupement de plusieurs villages installés sur les collines romaines qui a donné véritablement naissance à Rome. Ce processus long qui conduisit de petites bourgades à s’unir en se protégeant par une enceinte commune était fréquent dans le monde antique. Des vestiges de muraille datant du VIIe siècle avant notre ère ont été découverts au pied du Palatin.
Rome se développa d’abord autour de quelques collines (le Palatin, l’Esquilin, et le Coelius) qui dominaient une plaine marécageuse destinée à devenir le Forum. Elle s’étendit ensuite aux quatre autres des sept collines (le Capitole, l’Aventin, le Viminal et le Quirinal).
Ce site en hauteur, naturellement protégé, était stratégiquement placé, entre la côte et l’arrière-pays, à proximité du Tibre qui constituait déjà une importante voie commerciale. Il tirait en particulier sa richesse du sel (produit de première nécessité pour la conservation des aliments), récolté dans les salines de l’embouchure du fleuve et exporté dans l’arrière-pays sabin par la route du sel (via Salaria).
Tite-Live souligne ces atouts dans son Histoire romaine : « Ce n’est pas sans raisons que les dieux et les hommes ont choisi ce lieu pour bâtir notre ville : ces collines à l’air pur, ce fleuve qui nous apporte les produits de l’intérieur et par où remontent les convois maritimes, une mer à portée de nos besoins, mais à distance suffisante pour nous garder des flottes étrangères, notre situation au centre même de l’Italie : tous ces avantages forment le plus privilégié des sites pour une cité promise à la gloire. »
La Rome étrusque
D’abord dirigée par des rois latins et sabins (Romulus, Numa Pompilius, Tullus Hostilius, Ancus Martius), Rome fut ensuite gouvernée de 616 à 509 par les souverains étrusques, Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe.
Venus d’Étrurie (au nord de Rome), les Étrusques agrandirent à la fin du VIIe siècle leur domination territoriale jusqu’à la Campanie et à la baie de Naples. Ils transformèrent considérablement le site de Rome et créèrent véritablement une ville. Le mot urbs (« ville ») serait d’ailleurs d’origine étrusque.
Grâce à leur savoir-faire technique en matière de drainage, ils assainirent la zone marécageuse située entre les collines. Le terrain fut asséché, puis pavé afin d’y aménager le forum, la grande place publique qui devint le centre de la vie civile.
Les eaux furent recueillies et canalisées grâce à la construction d’un système d’égout, la Cloaca Maxima, qui fut longtemps considéré comme la plus grande merveille de l’architecture romaine. L’ouvrage frappa les contemporains par ses dimensions : Pline l’Ancien rapporte que les galeries étaient si hautes que pouvait y circuler une charrette remplie de foin.
La science hydraulique, héritée des Étrusques, fit la réputation de l’urbanisation romaine. Les ingénieurs perfectionnèrent sans cesse les systèmes d’adduction d’eau, relevant de multiples défis dans le captage de sources parfois très éloignées des villes. Ils mirent au point de véritables ouvrages d’art : les aqueducs, composés de parties souterraines et/ou de parties aériennes soutenues par des arcades pour franchir des obstacles naturels. Ils étaient équipés de regards, permettant de contrôler et de curer les canalisations, mais aussi de chambres de décantation et de filtres afin de purifier l’eau. Les canalisations étaient réalisées à partir de feuilles de plomb roulées autour d’un calibre, puis soudées par un raccord en plomb bordé de cordons d’argile.
Les aqueducs menaient à des châteaux d’eau élevés dans les villes afin de répartir l’eau vers les différents quartiers. Ils desservaient les fontaines publiques, réparties de manière régulière dans l’espace urbain. À Rome, elles se trouvaient au maximum à 80 mètres de distance les unes des autres, afin d’assurer à la population un accès relativement aisé à l’eau. Car, si les plus riches demeures étaient alimentées en eau courante, les hauts immeubles (insulae) où étaient logés les habitants les plus modestes étaient dépourvus de toute commodité. Les châteaux d’eau desservaient aussi les thermes, qui, comme les aqueducs, constituaient des symboles de la romanité dans des provinces de plus en plus éloignées de Rome au fur et à mesure de la constitution de l’empire romain.
La maîtrise des techniques de construction en pierre permit également d’élever sous le règne de Servius Tullius une grande muraille qui délimita l’espace sacré de la ville (pomerium) dans lequel toute activité guerrière était interdite. Aucun soldat en armes ne pouvait y pénétrer, sauf pour y célébrer certaines cérémonies religieuses, comme le triomphe, qui requéraient néanmoins des purifications rituelles au préalable.
Cette distinction entre l’espace sacré de la cité et l’extérieur avait une fonction aussi bien politique que religieuse : il s’agissait d’écarter le danger que pouvait représenter la présence de forces armées dans l’enceinte de la ville, mais également d’éloigner tout ce qui pouvait être lié à la mort.
Selon la même logique, il était également interdit d’ensevelir les défunts à l’intérieur de la ville. Les tombeaux furent donc édifiés aux abords de la cité, principalement le long des grandes routes. La plus célèbre est la Via Appia, entreprise par Appius Claudius Caecus en 312 avant notre ère afin de relier Rome à Capoue. Une véritable nécropole borde la route et montre la diversité des rites funéraires (incinération ou inhumation selon les époques).
Une autre évolution majeure fut l’édification de bâtiments en pierre, bien plus résistantes que les cabanes en bois, ce qui transforma complètement la ville. Les nouvelles techniques de construction permirent d’élever des temples spectaculaires, ornés de fresques et de décors en terre cuite polychrome, comme le grand sanctuaire de Jupiter, Junon et Minerve sur le Capitole, le plus important lieu de culte romain.
La Rome républicaine
Après l’expulsion des rois étrusques en 509 avant notre ère, les nouvelles institutions républicaines siégèrent au Forum, véritable centre politique, administratif et religieux.
Devant la curie où se réunissaient les sénateurs qui menaient la politique générale de Rome, un vaste espace, le comitium, était destiné aux assemblées du peuple qui y élisaient les magistrats et votaient les lois. Parmi les magistrats, les édiles étaient chargés de veiller à l’approvisionnement de la ville, au maintien de l’ordre et à l’organisation des jeux publics.
Rome était divisée administrativement en quatre quartiers (regiones), et ses habitants répartis d’après leur lieu de résidence en quatre tribus urbaines : la Palatina, l’Esquilina, la Collina et la Suburana.
Une dizaine de tribus rustiques regroupait les habitants des campagnes environnantes. Leur nombre ne cessa d’augmenter au fur et à mesure des conquêtes territoriales romaines. Au milieu du IIIe siècle avant notre ère, on dénombrait une trentaine de tribus rustiques.
En 390 (ou en 381) avant notre ère, la prise de Rome par les Gaulois conduits par Brennus constitua un traumatisme qui marqua les Romains durant des siècles. La ville, dévastée par des incendies et des pillages, aurait été occupée pendant huit mois, avant que les Gaulois ne se retirent contre le versement d’une forte rançon. De nombreux monuments de la Rome des premiers siècles furent ainsi détruits, tout comme les archives et les documents écrits.
La situation s’inversa dans les siècles suivants. Les conquêtes romaines, en Italie, puis en Grèce et en Orient, firent affluer à Rome un butin considérable. À partir du IIe siècle avant notre ère, les modèles architecturaux grecs influencèrent le développement de la ville devenue la capitale d’un empire qui ne cessait de s’accroître.
Pour les monuments les plus importants (temples, bâtiments administratifs, mais aussi demeures privées), les architectes, inspirés par les modèles grecs, eurent recours pour la première fois au marbre. Ils reprirent les exemples architecturaux et ornementaux des colonnades, des chapiteaux corinthiens,…
Rejetant l’austérité longtemps revendiquée comme le fondement de la République, les grandes familles n’hésitèrent plus à faire étalage de leur luxe, surtout dans le domaine architectural. Leurs demeures s’étendirent dans l’espace urbain, jusqu’à se prolonger en des jardins d’agrément ornés de sculptures grecques. En parallèle se développa la mode des grandes villae suburbaines, aux alentours de Rome.
Dans le même temps apparut sur le forum un nouveau type d’édifice : la basilique. Ce grand bâtiment était destinée à accueillir les réunions des assemblées du peuple qui auparavant se tenaient à l’air libre sur le comitium.
La basilique Porcia, fondée en 185 avant notre ère par Porcius Caton, permettait ainsi d’abriter les assemblées en un vaste lieu couvert. En 179, ce furent Marcus Aemilius Lepidus et Marcus Fulvius Nobilior qui firent élever la basilique Aemilia. Ces grands édifices, destinés à accueillir une large affluence, étaient constituées de nefs séparées par des rangées de colonnes.
Malgré ces nouvelles constructions, l’ensemble de la ville avait conservé son architecture simple et traditionnelle.
Les projets de César
Au cours du Ier siècle qui vit le déclin de la République face aux ambitions des généraux, Pompée puis César rivalisèrent de projets pour manifester leur pouvoir militaire et politique à travers des monuments de taille exceptionnelle. Ils reprirent le modèle des souverains hellénistiques dont les fastueuses constructions servaient à matérialiser leur puissance.
En 61 avant notre ère, à la suite du plus fastueux triomphe qui avait jamais été célébré à Rome, Pompée entreprit de faire bâtir sur le Champ de Mars un complexe architectural gigantesque : le premier théâtre permanent, aux dimensions colossales (130 mètres de diamètre, 45 mètres de hauteur) qui pouvait accueillir 17 000 spectateurs.
Il était sommé du temple de Vénus Victrix, et se prolongeait en un somptueux jardin bordé de portiques et des statues colossales des quatorze nations vaincues et de Pompée lui-même, tenant dans sa main l’orbe du monde.
César entreprit pour sa part un colossal programme de constructions ou de reconstructions, en particulier sur le forum dont les principaux bâtiments, très anciens, étaient devenu trop vétustes… quand ils n’avaient pas été détruits par des incendies comme ce fut le cas pour l’ancienne curie. L’espace même du forum, encombré de nombreuses constructions et d’innombrables statues honorifiques qui étaient régulièrement enlevées pour laisser place à de nouvelles, était devenu trop étroit.
De manière symbolique, César fit reconstruire la curie (en lui donnant le nom de Curia Julia) de manière à l’orienter vers un nouveau forum (forum de César) auquel il laissa également son nom. Il fit édifier également la basilique Julia, conçut des projets pour un théâtre capable de rivaliser avec celui de Pompée, mais aussi pour l’agrandissement du Circus Maximus.
César envisagea d’utiliser le Champ de Mars, allant même jusqu’à penser à détourner le cours du Tibre pour gagner des terrains supplémentaires. Son assassinat en 44 avant notre ère interrompit les travaux engagés… qui furent repris par Auguste.
La réorganisation de Rome
Dans la lignée des travaux entrepris par César, Auguste transforma profondément Rome. La ville avait connu au cours des siècles d’importantes transformations, mais souffrait de n’avoir jamais connu de plan d’urbanisme. Les constructions les plus disparates avaient été implantées de manière désordonnée au fil du temps, les rues étaient étroites et tortueuses.
L’accroissement spectaculaire de la population (estimée au début du principat d’Auguste à 1 million d’habitants ce qui en faisait la plus grande agglomération du monde antique méditerranéen) nécessitait une réorganisation complète de la ville qui s’étendait depuis longtemps bien au-delà de l’enceinte fortifiée élevée sous le règne de Servius Tullius.
Bien que l’antique muraille de Servius Tullius ait perdu sa fonction pratique, elle délimitait toujours le pomerium (espace sacré de la cité).
Afin de montrer son respect de la tradition, Auguste ne chercha pas à redessiner le pomerium pour l’adapter à l’ampleur de la ville. Au contraire, il fit même restaurer les portes et les tours de l’enceinte fortifiée. Mais, au même moment, il entreprit une réforme considérable en réorganisant la répartition administrative des habitants.
La division initiale en 4 regiones fut remplacée par une division en 14 regiones, subdivisés en 265 vici. Chaque vicus était administré par un vicomagistrus, également chargé de fonctions religieuses.
Dans un souci d’améliorer la propreté et la circulation dans les rues, César avait déjà édicté en 45 avant notre ère un règlement municipal fixant les conditions de pavage et de nettoyage de la voirie. Auguste chargea Agrippa de poursuivre cette tâche, qui remit complètement en état les systèmes d’adductions d’eau devenus insuffisants pour les besoins des habitants : il fit rénover les quatre aqueducs existants, en fit construire deux autres, et réorganisa entièrement le système de drainage. Il fit également édifier les premiers thermes publics de Rome.
Par la suite, Auguste remania entièrement le système d’administration de Rome qui fut confié au préfet de la Ville (de rang sénatorial) responsable du bon ordre général, et en particulier des travaux publics, de l’entretien des temples, mais aussi des rues et des aqueducs, sans oublier de l’aménagement des berges du Tibre afin d’éviter les crues dévastatrices.
Le préfet de la ville était aussi à la tête des cohortes urbaines qui assuraient la sécurité publique. Un autre haut fonctionnaire, le préfet de l’annone (de rang équestre) devait veiller au bon approvisionnement et ravitaillement de Rome. Un troisième, le préfet des vigiles, était chargée de la sécurité nocturne et de la lutte contre les incendies.
Une ville de marbre
Parmi ses hauts faits, Auguste se flattait d’avoir embelli Rome. Selon une célèbre formule rapportée par Suétone, il se vantait de « la laisser en marbre après l’avoir reçue en brique ».
Matériau de grand luxe, le marbre, apparu à Rome à partir du IIe siècle avant notre ère, avait jusqu’alors était réservé à quelques édifices, essentiellement religieux. Il fut de plus en plus employé dans la construction romaine à partir des grands chantiers lancés par Auguste.
Les matériaux utilisés jusqu’alors avaient été très modestes : le tuf (roche poreuse de couleur brune) et le pépérin (pierre volcanique qui doit son nom évoquant le poivre à son aspect granuleux et à ses teintes grises). D’une qualité supérieure aux deux précédentes, le travertin, roche calcaire blanche extraite à Tivoli, était devenu progressivement la pierre caractéristique de l’architecture romaine.
La brique était très utilisée dans les maçonneries, mais elle était souvent recouverte de stuc imitant la pierre. Dans un souci d’efficacité et d’économie, les ingénieurs romains mirent au point différentes formules pour ériger des murs extrêmement résistants, composés d’une structure interne (constituée de moellons non dégrossis maintenus par un mortier de chaux), parfois dissimulée pour des raisons esthétiques par des revêtements en briques ou en pierres taillées et disposées de manière régulière.
Cette solution leur permit de s’affranchir de la nécessité de recourir à des supports (piliers ou colonnes) disposés de manière régulière pour créer des édifices gigantesques. Ils purent ainsi concevoir des bâtiments aux immenses coupoles. L’exemple le plus abouti est la basilique de Maxence qui dépasse les modèles traditionnels des basiliques divisées par de longues rangées de piliers pour créer une unité d’espace dans lequel les colonnes n’ont plus de fonction structurelle et jouent seulement un rôle décoratif.
La capitale d’un empire
Les programmes urbanistiques lancés par Auguste se devaient de symboliser la grandeur du nouveau régime. Rome, devenue capitale d’un immense empire, gardait encore les traces de son passé de modeste bourgade. Auguste entreprit de gigantesques travaux pour matérialiser la puissance romaine et le pouvoir impérial dans la pierre et le marbre.
Il lança de nombreux chantiers, et encouragea les personnes privées à l’imiter en construisant leurs propres demeures ou des bâtiments publics. Afin d’harmoniser les nouvelles constructions, une nouvelle loi réglementa la hauteur des édifices privés.
Dans la volonté de s’inscrire dans la continuité de Jules César, Auguste reprit et acheva ses grands projets d’édification de bâtiments publics. Il inaugura en 29 avant notre ère la nouvelle Curie, réalisée selon les proportions idéales indiquées par Vitruve (dont le Traité d’architecture présente le modèle de l’architecture augustéenne), puis en 13 ou en 11 avant notre ère le théâtre (dit théâtre de Marcellus), capable d’accueillir 15 000 spectateurs.
Ce monument avait déjà servi de cadre à la célébration des Jeux séculaires en 17 avant notre ère, destinés à marquer l’entrée dans une nouvelle ère. Après l'achèvement du Forum de César, l’empereur fit édifier le Forum d’Auguste, dominé par le temple de Mars Ultor (Vengeur). Il fit aussi restaurer d’anciens temples : 82 temples furent réparés grâce au butin égyptien en 29 avant notre ère.
Auguste fit également construire de nouveaux temples, comme celui consacré à Apollon sur le Palatin, où se trouvait la résidence de l’empereur. Le lien entre le sanctuaire d’Apollon et la demeure impériale symbolisait le statut particulier de l’empereur et annonçait la déification posthume des empereurs.
L’emplacement était éminemment symbolique car il se trouvait à proximité du lieu où, selon la tradition, avait été bâtie la maison de Romulus. Il établissait donc un parallèle entre le fondateur mythique de Rome et l’action d’Auguste qui donnait une nouvelle naissance à la ville et à l’empire, grâce aux bienfaits de la paix retrouvée après des décennies de guerre civile. Selon la même volonté de prouver son caractère presque divin, Auguste se fit édifier un gigantesque mausolée.
Les successeurs d’Auguste poursuivirent sa politique de grandes constructions destinées à matérialiser leur pouvoir. Comme Auguste, ils résidèrent sur le Palatin qui devint le siège du pouvoir impérial (et dont le nom donna naissance au mot même de « palais »). Tibère y fit construire un nouveau palais que les empereurs suivants cherchèrent à embellir.
En revanche, Néron voulut se singulariser en édifiant sur la colline de l’Oppius une somptueuse résidence donnant sur un immense parc. La « Maison Dorée » (Domus Aurea) fut conçue selon une orientation astronomique spécifique autour du symbolisme solaire. La profusion d’or dans la décoration et le système permettant la rotation de la gigantesque salle de réception (selon les révolutions célestes) rendait hommage au dieu solaire auquel s’identifiait l’empereur.
Après la mort de Néron en 68 et la condamnation de sa mémoire par le Sénat, l’édifice fut rasé afin de faire disparaître tout vestige pouvant rappeler l’empereur. Et pour mieux le faire oublier, les termes de Titus et de Trajan furent ensuite construits à cet emplacement.
La redécouverte à la Renaissance des somptueuses peintures qui ornaient les murs de la Maison Dorée inspira Raphaël et de nombreux artistes. Les motifs complexes de volutes et rinceaux, peuplés de visages humains et d’animaux, donna naissance à une nouvelle forme d’ornementation. Elle fut appelée « grotesque », en référence aux « grottes » qui désignait alors les salles de ce palais enfoui sous terre depuis des siècles.
La Rome des Flaviens : le symbole du Colisée
Après une période de crise en 68/69 (appelée « l’année des quatre empereurs » en raison des luttes entre les différents prétendants à l’empire), le vainqueur, Vespasien (empereur de 69 à 79), célébra le retour de la paix et l’instauration de son pouvoir et de la dynastie des Flaviens par la construction d’un monument qui allait devenir le symbole même de Rome : le Colisée.
L’amphithéâtre devait remplacer et surtout surpasser le monument précédent, construit sous Auguste, qui avait été détruit en 64. L’empereur choisit de la faire édifier à l’emplacement du lac artificiel creusé dans les jardins de la Maison Dorée de Néron, afin de montrer qu’il transformait un lieu privé, propriété d’un personnage haï par les Romains, en un lieu de réjouissances publiques.
Achevé au bout de huit années de travaux, le Colisée fut inauguré en 80 par Titus, fils et successeur de Vespasien. L’entrée en était gratuite, mais l’accès aux places dépendait du statut social des spectateurs.
Durant cent journées de festivités se succédèrent courses, luttes de gladiateurs, de bêtes sauvages, et même combats nautiques (naumachies) grâce aux machineries sophistiquées permettant de faire surgir une multitude de décors et de paysages artificiels et même de transformer l’arène en un gigantesque bassin.
Une autre prouesse technique consistait dans le déploiement de l’immense velum en toile de lin qui était tendu au-dessus de l’édifice pour protéger les spectateurs de l’ardeur du soleil. Cette manœuvre délicate était confiée à un détachement de la marine impériale.
Sous la République, les édifices de spectacles étaient des structures temporaires construites en bois. Le premier édifié en pierre fut le théâtre de Pompée bâti en 61 avant notre ère. Le général tourna habilement la loi qui interdisaient les théâtres permanents en construisant sur un terrain qui lui appartenait et surtout en édifiant un temple dédié à Vénus Victrix au sommet des gradins : on pouvait donc considérer que le théâtre n’était qu’un immense escalier menant au temple !
Le premier amphithéâtre en pierre fut réalisé sous Auguste en 29 avant notre ère. Mais le plus célèbre des amphithéâtres est l’amphithéâtre flavien, plus connu sous le nom de Colisée. Ce surnom viendrait du colosse en bronze représentant Néron, immense statue haute de 35 m, retrouvée dans des fouilles à proximité du monument, mais il peut s’expliquer aussi par les dimensions colossales du monument qui constituait le plus grand amphithéâtre du monde romain (527 m de circonférence, 57 m de hauteur) capable d’accueillir entre 60 et 80 000 spectateurs.
Domitien (empereur de 81 à 96) poursuivit la politique de grands travaux entreprise par son père Vespasien et son frère Titus. Il fit construire le stade du Champ de Mars (dont la forme allongée est toujours visible dans le tracé de la place Navone), mais aussi le Forum Transitorium. Il édifia également un nouveau palais sur le Palatin qui réunissait pour la première fois la double fonction de résidence privée de l’empereur et de centre officiel du pouvoir.
Ce gigantesque édifice fut encore agrandi par Septime Sévère (empereur de 193 à 211) qui fit réaliser une entrée monumentale (le septizonium), tournée vers le sud, dans l’axe de la via Appia, de manière à être immédiatement visible dès l’entrée dans Rome. L’accès à la capitale de l’empire y gagnait encore en magnificence.
Cette façade, composée de sept niches dans lesquelles les représentations des planètes s’ordonnaient autour d’une statue de l’empereur figuré en Soleil, manifestait ouvertement la symbolique solaire revendiquée par Septime Sévère. L’assimilation de l’empereur à une divinité dès son vivant, idée qui avait profondément choqué les Romains du temps de Néron, était à présent publiquement admise.
Quel avenir pour Rome ?
Les réformes de Dioclétien (empereur de 284 à 305) qui réorganisèrent l’administration et le fonctionnement de l’empire marquèrent le début du lent déclin de Rome. Dioclétien instaura une tétrarchie (ou gouvernement à quatre) en plaçant les nouveaux sièges du pouvoir dans quatre autres villes de l’empire : Nicomédie, Sirmium, Milan et Trêves.
Puis, lorsque Constantin (empereur de 306 à 337) réunifia l’empire, ce fut au profit d’une nouvelle capitale, édifiée selon un plan similaire au modèle romain (avec sept collines, une division administrative en quatorze regiones,…) : Constantinople, solennellement inaugurée le 11 mai 330.
Rome demeurait en théorie le siège du pouvoir, mais les successeurs de Constantin prirent rarement la peine d’y venir et encore moins d’y résider. La ville perdit donc un grand nombre d’habitants et en particulier ceux qui travaillaient plus ou moins directement pour l’administration impériale. Elle resta toutefois la Ville par excellence, et conserva un statut particulier, en dépit d’une volonté d’uniformisation administrative de toutes les cités de l’empire.
Le Sénat fut réduit au rôle de conseil municipal. La réalité du pouvoir était détenue par le préfet de la Ville, secondé par les préfets de l’annone et des vigiles. Ces hauts personnages administraient non seulement Rome, mais un territoire de 150 km autour de la ville. Ils étaient placés sous le contrôle du préfet du prétoire, nommé directement par l’empereur qui continua, selon la tradition, d’ordonner des travaux somptuaires.
Après Dioclétien qui fit édifier de superbes thermes, Constantin fit construire également des thermes et fit achever à son profit la grandiose basilique entreprise par son rival malheureux Maxence.
La capitale de la chrétienté
Si Rome avait perdu son statut de capitale de l’empire romain au profit de Constantinople, elle devint la capitale de la chrétienté.
Constantin favorisa la construction des premières grandes basiliques paléochrétiennes : Saint-Pierre-au-Vatican, Saint-Paul-hors-les-Murs et Saint-Jean-de-Latran qui fut initialement le premier sanctuaire romain consacré au Saint-Sauveur et qui, malgré ses multiples reconstructions conserve le mieux l’aspect des églises constantiniennes.
Les premiers lieux de culte de Rome avaient été jusqu’alors des édifices privés (tituli) où se réunissaient les fidèles. Hors de l’enceinte urbaine, les catacombes, comme celles de Calliste et de Domitille, pouvaient accueillir des cérémonies en l’honneur des défunts et en particulier des martyrs.
La construction des basiliques matérialisa donc l’avénement du christianisme pour la première fois dans l’espace urbain. Le plan de ces édifices reprit le modèle traditionnel des grandes basiliques antérieures (qui étaient des lieux de réunions publiques), dotées généralement de trois ou cinq nefs séparées par des rangées de colonnes. De forme rectangulaire, elles s’orientaient vers un choeur surmonté d’une abside, décorée de mosaïques ou de peintures murales.
Constantin fit également don au pape d’une demeure à proximité de la basilique Saint-Jean-de-Latran. Sylvestre Ier fut le premier pontife à résider au Latran qui devint le siège officiel de la papauté pour de nombreux siècles (jusqu’au départ du pape pour Avignon en 1309).
Quatrième et dernière des basiliques « majeures » de Rome, Sainte-Marie-Majeure fut élevée par le pape Sixte III (432-440) au lendemain du concile d’Ephèse de 431 portant sur la maternité divine de la Vierge. L’emplacement de l’édifice aurait été indiqué de manière miraculeuse le 5 août 356 au pape Libère, qui, averti en songe, se rendit sur l’Esquilin où la Vierge aurait fait tomber de la neige pour marquer le plan du monument.
Comme les autres basiliques, Sainte-Marie-Majeure fut embellie, modifiée et reconstruite à de multiples reprises au fil des siècles.
Bien d’autres églises, tout aussi remaniées au cours du temps, remontent aux premiers temps du christianisme, comme San Clemente, construit sur un ancien sanctuaire dédié à Mithra, ou encore Santo Stefano Rotondo, première église à plan circulaire de Rome, fondée par le pape Simplicius (468-483) sur le modèle du Saint-Sépulcre de Jérusalem, qui fut longtemps la plus somptueuse des églises romaines, par ses trois nefs concentriques ornées de marbres et de mosaïques.
Après la prise de Rome par Alaric en 410, la ville fut mise à sac une nouvelle fois en 455 par Genséric. Ravagée par les incendies et les pillages, l’ancienne capitale n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle devra attendre plusieurs siècles avant que l’intervention de Charlemagne lui rende son prestige.










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