Citations et Mots d'Histoire

Apogée de l'Europe

Heinrich Schliemann    (1822 - 1890)

« Seriez-vous assez aimable pour découvrir une jeune fille aux cheveux noirs, jolie et pauvre mais assez instruite pour trouver de l'intérêt à lire Homère ? »

Lettre de l'archéologue Heinrich Schliemann, futur découvreur de Troie et Mycènes, à Mgr Theokletos Bimpos, archevêque de Mantinée et Kynouria (Attique) début 1869.


Gustave Courbet    (1819 - 1877)

« Quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime si ce n'est le régime de la liberté. »
Source : lettre ouverte de Gustave Courbet (Le Siècle, 1870)

La lettre ci-dessus a été publié par le peintre Gustave Courbet pour exprimer son refus de recevoir la Légion d'Honneur. Né en Franche-Comté, il étudie à l'académie de Besançon avant de gagner Paris où il se forme en autodidacte. Il sera distingué après des années de galère par quelques amateurs éclairés comme le marchand Wisselingh. Lié à la bohème parisienne (Baudelaire, Millet, Daumier, Proudhon), Courbet peint de manière conventionnelle mais défie la critique par le choix de sujets réalistes (Enterrement à Ornan), voire scandaleux (Filles de Loth, L'Origine du Monde). Bourgeois voltairien et anticlérical, convaincu de son génie («Je peins comme un Dieu», dit-il), il se veut socialiste et participe à la Commune de Paris comme président d'une Commission pour la protection des beaux-arts. Plus tard accusé d'avoir fait détruire la colonne Vendôme, symbole de guerre et de conquêtes, il est condamné à rembourser les frais de restauration. Il finit ses jours en Suisse en 1877 (sans avoir payé ladite amende).


Émile Ollivier    (1825 - 1913)

« Nous l'acceptons le cœur léger... »

Émile Ollivier (2 juillet 1825, Marseille - 20 août 1913, Saint-Gervais-les-Bains), photo d'Étienne CarjatFils d'un député marseillais de la Seconde République, Émile Ollivier est lui-même élu au Corps législatif en 1857, sous le Second Empire, dans le « groupe des Cinq », qui désigne les députés républicains de l'assemblée.

Émile Ollivier est le rapporteur de la loi qui abolit le délit de coalition et instaure le droit de grève (25 mai 1864). Il se rallie peu après au principe d'un empire parlementaire et devient le chef du « tiers parti ». Cela lui vaut d'être appelé à la tête du gouvernement par Napoléon III le 2 janvier 1870.

Six mois plus tard, il peut affirmer avec sérénité à la tribune de l'assemblée : « À aucune époque, le maintien de la paix n'a été plus assuré qu'aujourd'hui ! De quelque côté que l'on tourne les yeux, on ne découvre aucune question qui puisse révéler le danger » Malheureuse prédiction.

Une dépêche d'Ems habilement caviardée par Bismarck met le feu aux poudres. Le 15 juillet 1870, obligé de justifier devant les députés la prochaine déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, Émile Ollivier s'embrouille : « Oui, de ce jour commence pour les ministres, mes collègues, et pour moi, une grande responsabilité... Nous l'acceptons le cœur léger... » Sous les huées, l'orateur tente de se reprendre : « Oui, d'un cœur léger... Je veux dire d'un cœur que le remords n'alourdit pas, d'un cœur confiant... » Mais rien n'y fait et le mot désormais lui collera à la peau. Obligé de démissionner le 9 août 1870 suite aux premiers échecs militaires, il ne reviendra plus à la politique.


Otto von Bismarck    (1815 - 1898)

« Ich habe Langweile. Die grossen Sachen sind fertig. Das Deutsche Reich ist gebildet » (en allemand)
« J'en ai assez. Les grandes affaires sont terminées. L'Empire allemand est désormais sur pied » (traduction)

Sitôt nommé chancelier (ministre-président du gouvernement prussien), le comte Otto von Bismarck n'a d'autre ambition que d'achever l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse. En 1866, il engage un conflit avec l'Autriche en vue de mettre celle-ci hors jeu. La guerre se termine par la victoire spectaculaire de la Prusse à Sadowa et permet à Bismarck de constituer aussitôt une Confédération de l'Allemagne du Nord, bien évidemment sans l'Autriche. En 1870, c'est l'affrontement avec l'Empire français qui se solde aussi par une écrasante victoire et la proclamation, le 18 janvier 1871, de l'Empire Allemand (le IIe Reich) dans la Galerie des glaces du château de Versailles. Guillaume II renvoie Bismarck (1890), caricature de PunchBismarck, surnommé le «Chancelier de Fer», peut savourer son triomphe lors de sa signature du traité de Francfort avec la France et c'est à cette occasion qu'il prononce les mots en tête de cet article. Néanmoins, il n'en reste pas là et va mener une politique audacieuse à l'intérieur (premier système national de sécurité sociale, séparation de l'église et de l'état, soutien à l'industrie lourde et au commerce) et conservatrice à l'extérieur (alliances successives avec l'Autriche, la Russie, l'Italie). Mais le nouvel empereur Guillaume II le renvoie en 1888 sur ses terres méditer sur l'ingratitude des souverains... De sa région natale, il disait vers 1880 avec humour : «Si la fin du monde devait s'annoncer, il y aurait grand intérêt à se réfugier en Poméranie antérieure, car tout y arrive avec cinquante ans de retard !» Mais le Prussien cultivait aussi de solides préjugés à l'égard de ses compatriotes méridionaux : «Les Bavarois sont l'intermédiaire entre l'Autrichien et l'homme», lui est-il arrivé de dire.


Louis Trochu    (1815 - 1896)

« Trochu, participe passé du verbe trop choir »

Ce mot de potache est de Victor Hugo. Le poète fait allusion aux échecs à répétition du général Trochu, président du gouvernement de la défense nationale et gouverneur militaire de Paris, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871 et le siège de la capitale. Le 5 janvier 1871, le général publiait un ordre du jour présomptueux : «Le gouverneur de Paris ne capitulera pas » Mais une ultime tentative de percer les lignes prussiennes à Buzenval allait échouer lamentablement le 20 janvier et entraîner sa mise à l'écart. Une semaine plus tard était signé l'armistice.


Henri, comte de Chambord    (1820 - 1883)

« Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV »

Petit-fils du roi Charles X et héritier légitime de la dynastie des Bourbons, le comte de Chambord est pressenti en 1871, après la chute de Napoléon III, par le parti légitimiste, majoritaire dans les campagnes françaises, pour monter sur le trône et restaurer la monarchie. Mais cet homme grandi dans les aigreurs de l'exil, imbu de son rang et ignorant des réalités nationales, exprime son refus d'accéder au trône si la France ne veut pas de son côté adopter le drapeau blanc en remplacement du drapeau tricolore bleu-blanc-rouge. Le 6 juillet 1871, il publie un manifeste catégorique : «Je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François 1er et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale... Il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe... Français ! Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV». Ses exigences ruinent les espoirs des légitimistes en une prochaine restauration de la monarchie.

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