Citations et Mots d'Histoire

Apogée de l'Europe

Léon Gambetta    (1838 - 1882)

« Pour reprendre véritablement le rang qui lui appartient dans le monde, la France se doit de ne pas accepter le repliement sur elle-même. C'est par l'expansion, par le rayonnement dans la vie du dehors, par la place qu'on prend dans la vie générale de l'humanité que les nations persistent et qu'elles durent ; si cette vie s'arrêtait, c'en serait fait de la France »

Républicain de gauche et laïc, Léon Gambetta a été aussi l'un des pionniers des conquêtes coloniales ainsi que l'atteste ce discours prononcé à Angers le 7 avril 1872 (*).


Otto von Bismarck    (1815 - 1898)

« Nous n'irons pas à Canossa »

En 1871, ayant fondé l'Empire allemand au prix de trois guerres, le chancelier Otto von Bismarck reporte son énergie dans la lutte contre les catholiques inféodés au Vatican. Il commence par accorder sa protection aux catholiques dissidents qui refusent le nouveau dogme de l'infaillibilité pontificale, proclamé lors du concile Vatican I (1870).

Mal lui en prend car, à l'assemblée du Reichstag, la domination prussienne commence d'être contestée dès mars 1871 par un parti du Centre, le Zentrum, composé d'une soixantaine de députés catholiques issus d'Allemagne du sud et de Rhénanie. Commence le Kulturkampf ou « combat pour la civilisation ». Un combat dont Bismarck aurait tout aussi bien pu se passer !

Il commence par nommer un ambassadeur au Vatican sans demander au préalable l'agrément du Saint-Père, contre tous les usages diplomatiques. Bien entendu, le pape Pie IX désavoue la nomination. Bismarck s'écrit alors au Reichstag, le 14 mai 1872 : « Soyez sans souci, Messieurs ! Nous n'irons pas à Canossa, ni en chair, ni en esprit ! », en référence à un épisode quelque peu oublié de la querelle entre les papes et les empereurs au Moyen Âge.

Ses partisans, soulevés d'enthousiasme, élèvent aussitôt à Harzburg une colonne de granit où l'on grave les mots désormais célèbres : « Nous n'irons pas à Canossa »...

Par les « lois de Mai » (votées en mai 1873, mai 1874, mai 1875), le chancelier multiplie les brimades à l'encontre des catholiques en Prusse et dans l'ensemble de l'Allemagne : contrôle de l'état sur le patrimoine de l'église, surveillance des candidats à la prêtrise, dissolution de la compagnie de Jésus (les jésuites), etc.

La résistance s'organise sous l'égide du député Ludwig Windthorst, un ancien camarade d'université du chancelier. « Vous voulez détacher les catholiques allemands de l'obéissance au Saint-Siège pour les soumettre au knout de votre police », lance-t-il. Les esprits s'échauffent...

Le 13 juillet 1874, aux bains de Kissingen, un jeune ouvrier tonnelier catholique du nom de Louis Kullmann, quelque peu déséquilibré, tire sur le chancelier et le blesse à la main, mais Bismarck n'en arrive pas moins à ceinturer son agresseur !

La montée des socialistes à l'extrême-gauche et la progression du Zentrum d'une élection à l'autre obligent le chancelier à réfréner sa haine du catholicisme. Après la mort de Pie IX en 1878 et l'avènement d'un pape plus conciliant en la personne de Léon XIII, Bismarck va progressivement abolir la plupart des lois de Mai, discrètement et par petites touches de façon à ne pas perdre la face.


Victor Hugo    (1802 - 1885)

« Dans notre législation, la femme ne possède pas, elle n'este pas en justice, elle ne vote pas, elle ne compte pas, elle n'est pas. Il y a des citoyens, il n'y a pas de citoyennes. C'est là un état violent, il faut qu'il cesse »

Ces lignes témoignent comme beaucoup d'autres de l'extraordinaire capacité de Victor Hugoà exprimer et parfois anticiper les aspirations les plus élevées de son temps. Elles sont extraites d'une lettre adressée à une association féministe, par laquelle le poète s'excuse de ne pouvoir répondre à une invitation à leur assemblée générale.


Léon Gambetta    (1838 - 1882)

« Et je ne fais que traduire les sentiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon ami Peyrat : Le cléricalisme ? voilà l'ennemi ! »

Cette formule, qui fait référence à un discours d'Alphonse Peyrat (1863), a été prononcée par Léon Gambetta, député du Bas-Rhin, à la Chambre des députés le 4 mai 1877. Elle répond à une pression de l'épiscopat français en faveur d'une restitution de Rome au Saint-Siège (En 1870, le royaume d'Italie s'était emparé de la Ville éternelle et en avait fait sa capitale). De sa naissance, en 1870, à 1905 (loi de séparation des Églises et de l'État) et au-delà, la IIIe République n'a pas eu de plus grande obsession que de réduire l'autorité spirituelle du clergé catholique.


« Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre »

Cette invite comminatoire a été adressée publiquement à Lille par Léon Gambetta au président de la République, le maréchal Marie de Mac-Mahon, au terme de la crise institutionnelle ouverte le 16 mai 1877. Ce jour-là, le président avait renvoyé le président du Conseil, Jules Simon, puis il avait dissous la Chambre des députés. La nouvelle majorité législative ayant récusé le ministère choisi par le président de la République, celui-ci n'avait eu d'autre choix que de s'incliner en décembre 1877 puis de démissionner le 30 janvier 1879. Après lui, aucun président de la IIIe République n'osa plus dissoudre la Chambre des députés.


Victor Hugo    (1802 - 1885)

« Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la »

Dès 1849, au Congrès de la Paix, Victor Hugo engage les Européens à « apporter la civilisation » au reste du monde (note). Il renouvelle son exhortation trente ans plus tard en plaidant pour la colonisation de l'Afrique, à l'unisson de la gauche républicaine.

C'est ainsi que le 18 mai 1879, il préside un banquet de 120 personnes pour commémorer l'abolition de l'esclavage. À sa droite se tiennent Victor Schoelcher, rédacteur du décret d'abolition de 1848, et Emmanuel Arago, fils du savant qui l'a signé en qualité de ministre de la Marine. À sa gauche Adolphe Crémieux et Jules Simon.

Le vieux poète conclut son discours par ces mots  :
« Refaire une Afrique nouvelle, rendre l'Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra.
Allez, Peuples ! emparez-vous de cette terre. Prenez-la. À qui ? à personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Où les rois apporteraient la guerre, apportez la concorde. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité.
Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez ; et que, sur cette terre, dégagée des prêtres et des princes, l'Esprit divin s'affirme par la paix et l'Esprit humain par la liberté »
(le discours a été reproduit dans son intégralité dans le journal Le Rappel du 20 mai 1879).

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