Jean-Marie Le Pen (1928 - 2025)
« Les chambres à gaz [sont] un point de détail de la Seconde Guerre mondiale »
Le 13 septembre 1987, à quelques mois des élections présidentielles, le fondateur du Front national (FN) Jean-Marie Le Pen est invité au Grand-Jury RTL-Le Monde. Interrogé sur le négationnisme, il répond : « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de la Seconde Guerre mondiale. » Un peu plus loin : « Voulez-vous me dire que c'est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire ? C'est une obligation morale? »
Jean-Marie Le Pen ne tardera pas à comprendre qu'il est allé trop loin dans sa volonté de provocation. Désormais classé comme antisémite et négationniste, il va unir contre son parti tous les autres partis et se voir interdire la possibilité d'accéder au pouvoir suprême. Il devra se contenter d'accéder au second tour des présidentielles le 21 avril 2002 et de réussir sous son nom tous les déçus et les inquiets de la mondialisation et de l'ouverture des frontières.
François Mitterrand (1916 - 1996)
« Il faut laisser du temps au temps »
Comme on ne prête qu'aux riches, François Mitterrand se voit régulièrement attribuer la paternité de la formule ci-dessus, qu'il a effectivement employée.
Il s'agit en fait de la traduction d'un aphorisme espagnol assez courant : «Dar tiempo al tiempo».Il trouve son origine dans une Nouvelle exemplaire de Cervantès, La petite Gitane : «(...) ainsi donnera-t-on du temps au temps lequel souvent accorde une douce issue aux plus amères difficultés».
Michel Rocard (1930 - 2016)
« Nous ne pouvons pas héberger en France toute la misère du monde... La France doit rester une terre d'asile mais pas plus »
Source : Le Monde diplomatique, Thomas Deltombe, 30 septembre 2009)
Michel Rocard, fils d'un grand physicien, fonde le PSU (Parti socialiste unifié) et popularise en France les idées d'autogestion yougoslave. Ayant rejoint le Parti socialiste de François Mitterrand en 1974, il va s'affirmer comme le rival de celui-ci. Sensible à sa popularité, le président ne l'en nomme pas moins à la fonction de Premier ministre en juin 1988.
C'est à ce titre qu'il intervient à l'Assemblée nationale le 6 juin 1989 : « Il y a, en effet, dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles ».
Le 18 novembre 1989 à la Villette (Paris), Michel Rocard participe à la célébration des 50 ans de la Cimade, association d'aide aux migrants. De son intervention que les médias n'ont pas enregistrée, on a plus tard retenu cette formule : « N'y a-t-il pas aujourd'hui un certain détournement du droit d'asile qui, s'il n'y est pas porté remède, finira par menacer l'existence de ce droit lui-même ? (...) Il s'agit d'accueillir les personnes persécutées pour leur opinion et leurs engagements, notamment politiques, et elles seulement. (...) Car à confondre les réfugiés politiques et les demandeurs d'emploi, nous finirions par mettre en danger la Convention de Genève elle-même et, par conséquent, tous ceux pour qui elle est faite ».
Le 3 décembre 1989, sur TF1, face à la présentatrice Anne Sinclair, après l'affaire des « foulards islamiques » du collège de Creil, le Premier ministre renchérit : « Il faut lutter contre toute immigration nouvelle : à quatre millions… un peu plus : quatre millions deux cent mille étrangers en France, nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde : ce n’est pas possible. ».
À une question de la journaliste sur l'asile, il répond : « Les réfugiés, ce n’est pas une quantité statistique, c’est des hommes et des femmes qui vivent à Vénissieux, aux Minguettes, à Villeurbanne, à Chanteloup ou à Mantes-la-Jolie. Et là, il se passe des choses quand ils sont trop nombreux et qu’on se comprend mal entre communautés. C’est pourquoi je pense que nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, que la France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…), mais pas plus ».
Le 7 janvier 1990, à l'Assemblée nationale, devant des élus socialistes « d'origine maghrébine », il va plus loin : « Aujourd’hui, je dis clairement — je n’ai pas de plaisir à le dire, j’ai beaucoup réfléchi avant d’assumer cette formule, il m’a semblé que mon devoir était de l’assumer complètement : la France n’est plus, ne peut plus être une terre d’immigration nouvelle. Je l’ai déjà dit et je le réaffirme : quelque généreux qu’on soit, nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde. Le temps de l'accueil de main-d'oeuvre étrangère relevant de solutions plus ou moins temporaires est donc désormais révolu ».
La déclaration scandalise par sa franchise les cercles intellectuels et dès le 10 janvier 1990, la Cimade, dans une conférence de presse, retourne la formule du Premier ministre : « Sans recevoir toute la misère du monde, nous avons pour devoir de prendre notre part de la misère du monde… ».
Beaucoup plus tard, le 24 août 1996, alors qu'il a quitté la vie politique et n'a plus de responsabilités, l'inspirateur de la « deuxième gauche » peaufine son image et corrige son propos en reprenant à son tour la formule de la Cimade : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part (...). Ce rappel des contraintes pesant sur les responsables politiques a été perversement interprété comme un ralliement à une doctrine d'immigration zéro qui n'a jamais été la mienne ».
François Mitterrand (1916 - 1996)
« Le seuil de tolérance [en matière d'immigration] a été atteint dès les années 1970. »
Source : interview accordée à Christine Okrent, Antenne 2, 1989
Le 10 décembre 1989, le président de la République François Mitterrand accorde une interview télévisée à la rédaction d'Europe 1 et d'Antenne 2 au cours de laquelle il se prononce sur le « seuil de tolérance » :
- [Question de Christine Ockrent] : Justement, Monsieur Mitterrand, est-ce que vous acceptez, comme une grande majorité de Français, cette notion qu'il y a en fait un seuil de tolérance ? Est-ce que c'est une notion que vous acceptez ?
- [François Mitterrand] : Ne me demandez pas mon avis sur le caractère moral, bien que j'aie quelque opinion, mais le seuil de tolérance a été atteint dès les années 1970 où il y avait déjà 4 100 000 à 4 200 000 cartes de séjour, comme à partir de 1982.
Le 12 janvier 1990, François Mitterrand revient sur l’emploi de l'expression « seuil de tolérance » à l'occasion d'une interview au journal Vendredi :
« J'ai parlé de "seuil de tolérance" parce que la question m'avait été posée. Mais un débat avec quatre journalistes va vite et ma réponse a été trop elliptique. "Le seuil de tolérance" est une notion trop vague pour n'être pas suspecte. J'ai simplement constaté en réalité le nombre d'immigrés en France disposant d'un titre de séjour et donc acceptés par les instances administratives était à peu près constant depuis quinze ans. (…) Le principe de mon action est simple. Les travailleurs étrangers reconnus par nos lois ont leur place, toute leur place parmi nous. Les autres, qui ne peuvent rester en France, doivent être traités conformément au droit des gens. »
Abdou Diouf (1930)
« Vous risquez d'être envahis demain d'une multitude d'Africains qui, poussés par la misère, déferleront par vagues sur les pays du Nord. Et vous aurez beau faire des législations contre l'émigration, vous ne pourrez pas arrêter ce flot car on n'arrête pas la mer avec ses bras »
Dans cet entretien donné au Figaro le 3 juin 1991, le président du Sénégal met en évidence le formidable bouleversement que vivent la France et l'Europe et en appelle à l'aide économique de l'Occident pour en limiter les conséquences. Pendant un millénaire, entre 955 et la fin du XXe siècle, le continent s'est développé avec ses propres forces, sans connaître d'immigration, et sa vigueur démographique lui a même permis de peupler de vastes parties de la planète. Depuis 1974, l'effondrement de la natalité et la poussée migratoire des pays du Sud suscitent sur le Vieux Continent la formation de «colonies intérieures» rétives à l'intégration. Avec la multiplication des revendications communautaires et le relâchement des solidarités nationales, on assiste à une modification rapide des relations démographiques, sociales et culturelles dans un sens encore mystérieux.
Jacques Chirac (1932 - 2019)
« Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. »
Source : Régis Guyotat, Le débat sur l'immigration Le maire de Paris : « Il y a overdose », Le Monde, 21 juin 1991
Le 19 juin 1991, lors d’un dîner-débat à Orléans, devant 1 300 militants et sympathisants RPR, le maire de Paris, Jacques Chirac, déclare :
« Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs. (…) Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et il faut le comprendre, si vous y étiez, vous auriez la même réaction. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela. Nous n'avons plus les moyens d'honorer le regroupement familial, et il faut enfin ouvrir le grand débat qui s'impose dans notre pays, qui est un vrai débat moral, pour savoir s'il est naturel que les étrangers puissent bénéficier, au même titre que les Français, d'une solidarité nationale à laquelle ils ne participent pas puisqu'ils ne paient pas d'impôt ! (...) Il faut que ceux qui nous gouvernent prennent conscience qu'il y a un problème de l'immigration, et que si l'on ne le traite pas et, les socialistes étant ce qu'ils sont, ils ne le traiteront que sous la pression de l'opinion publique, les choses empireront au profit de ceux qui sont les plus extrémistes. »
Suite au tollé provoqué par son discours, Jacques Chirac affirme le lendemain que le FN n'a pas « le monopole de souligner les vrais problèmes », et qu'il a lui aussi le droit d'« exprimer tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ».








