Citations et Mots d'Histoire

Le temps des Révolutions

Anne Robert Turgot    (1727 - 1781)

« Il faut, Sire, vous armer contre votre bonté, de votre bonté même, considérer d'où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans »

C'est par cet avertissement que l'économiste accueillit sa nomination au poste de contrôleur général des finances, le 24 août 1774. Le roi Louis XVI ne l'écouta hélas pas longtemps et le renvoya deux ans plus tard sous la pression des privilégiés. La veille de son renvoi, Turgot écrivit au roi avec son franc-parler habituel : «N'oubliez jamais, Sire, que c'est la faiblesse qui a mis la tête de Charles 1er sur un billot».


Voltaire    (1694 - 1778)

« L'autre jour, au fond d'un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva. »

Élu à l'Académie française avec l'appui de la marquise de Pompadour, reçu à Versailles et nommé historiographe du roi Louis XV, Voltaire devient l'homme le plus en vue d'Europe. On le surnomme le « roi Voltaire ». Dans ses combats contre les institutions françaises et la religion établie, il se heurte au parti dévot et à Jean Élie Fréron (1718-1776). Ce contradicteur, journaliste et écrivain, affiche des opinions modérées et au demeurant bien étayées, ce qui lui vaut la haine des «philosophes». À défaut de le contester, Voltaire choisit de le persifler, à preuve le quatrain ci-dessus, librement inspiré d'une épigramme de Démodocus, obscur poète satirique grec du Ve siècle av. J.-C. : Un Cappadocien, par un orvet rampant Fut mordu, mais son sang fit périr le serpent. Le bon d'Alembert, maître d'oeuvre de l'Encyclopédie, va plus loin. Il obtient du roi Louis XV la suspension de sa revue L'Année littéraire. Fréron, l'apprenant, a une attaque cardiaque qui le met hors d'état de poursuivre ses activités.


Thomas Paine    (1737 - 1809)

« Of more worth is one honest man to society and in the sight of God, than all the crowned ruffians that every lived » (en anglais)
« Un seul honnête homme est plus précieux à la société et au regard de Dieu que tous les bandits couronnés qui ont jamais existé » (traduction)
Source : Common Sense

Thomas PaineLe 10 janvier 1776, l'écrivain Thomas Paine publie un pamphlet, Common Sense, où il appelle ses concitoyens des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord à s'unir dans une grande nation libérée des servitudes et de la monarchie. L'ouvrage se vend à 100.000 exemplaires. Un succès fabuleux, prémonitoire de la Déclaration d'indépendance du 4 juillet suivant. Fervent républicain, comme l'atteste la citation ci-dessus, Thomas Paine rentre en Angleterre après l'indépendance des États-Unis puis gagne la France où il s'enthousiasme pour la Révolution. Élu à la Convention, il vote en faveur d'un asile en Angleterre pour Louis XVI. Cette mansuétude lui vaudra d'être emprisonné pendant la Terreur. Revenu de ses illusions, il regagne l'Amérique en 1802.


Claude-Nicolas Ledoux    (1736 - 1806)

« Le mur murant Paris rend Paris murmurant »
Source : complainte parisienne

Architecte inspiré et ingénieur des eaux et forêts, Claude-Nicolas Ledoux est remarqué par la comtesse du Barry qui lui confie la construction de son pavillon de musique de Louveciennes. Plus tard, sous le règne de Louis XVI, il érige les salines royales d'Arc-et-Senans, en Franche-Comté, une cité ouvrière idéalisée, d'un caractère révolutionnaire. En 1785, il reçoit commande des 55 pavillons d'octroi du mur d'enceinte des «fermiers généraux». Ces installations sont destinées au prélèvement de taxes sur toutes les marchandises entrant dans la capitale et à ce titre, elles donnent lieu à de vives protestations de la population, dont certaines très spirituelles comme le montre la citation ci-dessus. Ledoux ne peut mener l'entreprise à son terme mais nous pouvons encore admirer deux de ses pavillons parisiens, sur la place Denfert-Rochereau et la place Stalingrad. L'octroi perdura dans la capitale jusqu'à la veille de la Grande Guerre de 14-18.


Marie-Antoinette    (1755 - 1793)

« S'ils ne mangent pas de pain, qu'ils mangent de la brioche ! »

Cette exclamation cynique ou au mieux naïve a été prêtée à la reine Marie-Antoinette par la rumeur populaire à la suite des émeutes du 5 octobre 1789. Des Parisiennes s'étaient ce jour-là rendues à Versailles pour manifester au roi leur mécontentement face à la crise politique et à l'enchérissement des denrées. Curieusement, l'expression prêtée à Marie-Antoinette nous vient de Jean-Jacques Rousseau, mort une décennie plus tôt, qui écrit dans ses Confessions : «Je me rappelai le pis-aller d'une grande princesse à qui l'on disait que les paysans n'avaient pas de pain, et qui répondit : Qu'ils mangent de la brioche !».


Louis XVI    (1754 - 1793)

« C'est légal parce que je le veux »

Par cette formule maladroite, Louis XVI exprime la nature du pouvoir dans la France d'autrefois. Elle rappelle la formule qu'inscrivaient ses prédécesseurs au bas de leurs édits et lois : « Car ainsi nous plaît-il être fait » (Charles VI, 1368-1422) ; « Car ainsi le voulons et nous plaist être fait » (Louis XI, 1423-1463) , « Car tel est notre bon plaisir » (François 1er, 1494-1547)...

Louis XVI (1754-1793), roi de France ou des Français (1774-1792)En montant sur le trône de France à 20 ans, Louis XVI doit faire face à une crise profonde des institutions, bientôt aggravée par une crise financière. L'une de ses premières décisions, hélas, consiste à restaurer les Parlements que son prédécesseur avait eu la sagesse de démanteler. Ces institutions relancent aussitôt la contestation contre le régime tout en prenant la défense des privilèges.

Le roi renvoie son contrôleur général des finances, Turgot, coupable d'avoir tenté d'introduire plus de justice dans la fiscalité. Les successeurs de Turgot, Necker et Calonne, ne réussissent pas mieux à réformer les finances et les institutions. Le Trésor public souffre d'un dramatique endettement en dépit de la prospérité générale du royaume.

Charles de Calonne comprend que la situation appelle des mesures radicales et convoque à cet effet une Assemblée des notables. Comme de bien entendu, celle-ci, composée de privilégiés, bloque tous les projets de réformes du ministre, lequel, découragé, démissionne en avril 1787. Son successeur, l'archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, renvoie l'assemblée des notables le 25 mai 1787.

Retour à la case départ. Dans l'obligation de combler au plus vite le déficit des finances, le roi convoque le Parlement de Paris en vue d'enregistrer un édit établissant un emprunt de 420 millions de livres (la monnaie de l'époque). Les parlementaires, joignant leur voix à celle des aristocrates, réclament la convocation des états généraux, espérant abaisser ainsi le pouvoir royal... au seul profit des privilégiés. Comme les discussions s'éternisent, le roi transforme la séance du 19 novembre 1787 en lit de justice. Cette procédure exceptionnelle lui permet d'imposer l'enregistrement de l'édit. Louis XVI déclare d'une voix faible : « Je trouve qu'il est nécessaire d'établir les emprunts portés dans mon édit ». À quoi son propre cousin, le duc d'Orléans, répond en violation du protocole : « Sire, je regarde cet enregistrement comme illégal ». Et Louis XVI de répondre d'une voix encore plus faible : « C'est légal parce que je le veux ». Malgré cet acte d'autorité, le roi se résoudra l'année suivante à convoquer les états généraux. Ce sera le début de la Révolution française...

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