Antoine-Laurent de Lavoisier (1743 - 1794)
« Rien ne se crée, ni dans les opérations de l'art ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute opération, il y a une quantité de matière avant et après l'opération; que la qualité et la quantité des principes sont les mêmes et qu'il n'y a que des changements »
À la fois chimiste et financier, Antoine-Laurent de Lavoisier est élu à 25 ans à l'Académie des sciences ! Sollicité sur un problème d'éclairage à Paris, il montre expérimentalement que la combustion de l'hydrogène ne se solde pas par une disparition de matière mais par la formation de nouvelles substances par addition avec l'air. Ses recherches, rassemblées dans un volumineux Traité élémentaire de chimie, publié en 1789, sont à l'origine de la chimie moderne. Elles tournent autour du principe ci-dessus, que l'on résume usuellement par l'aphorisme : «Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme». La fonction parallèle de fermier général qu'exerce Lavoisier n'est peut-être pas étrangère à la découverte de ce principe... La collecte des impôts amène en effet le savant à pratiquer la comptabilité double : on totalise dans une colonne les recettes, dans une autre les dépenses et l'on veille à ce que les deux totaux soient identiques... même résultat qu'en chimie !
Mirabeau (1749 - 1791)
« Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que l'on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes »
Ainsi aurait répondu Gabriel-Honoré Riquetti, comte de Mirabeau et député du tiers état, au marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies du roi Louis XVI, le 23 juin 1789, selon une légende colportée par le manuel d'histoire de Malet (édition 1912). Trois jours plus tôt, les députés du tiers état et quelques députés du clergé s'étaient constitués en Assemblée nationale en vue de donner une Constitution au pays, au grand mécontentement du roi.
À sa requête, le grand maître des cérémonies se rend à l'Assemblée. Il demande au président Bailly que les députés des états généraux continuent de siéger séparément, selon les trois ordres traditionnels : noblesse, clergé et tiers état. Le président répond qu'il ne peut «séparer l'Assemblée qu'elle n'eût délibéré librement sur ce sujet». Dreux-Brézé se retire et rend compte de cette réponse au roi. Après la mort de Mirabeau (2 avril 1791), la société des Jacobins va magnifier l'incident en commandant au sculpteur Houdon un buste du tribun sur lequel est gravée la célèbre harangue : «Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté nationale et que nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes». L'historien Malet la retouchera en des termes encore plus héroïques.
Olympe de Gouges (1748 - 1793)
« La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune »
Extrait de l'article 10 de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, publiée en 1791 par Olympe de Gouges... avec une dédicace à la reine Marie-Antoinette.
Née en mai 1748 dans un ménage modeste de Montauban sous le nom de Marie Gouzes, la future Pasionaria de la Révolution française, précurseur du féminisme, est libérée du mariage par un veuvage précoce.
Montée à Paris, elle fréquente divers amants dont l'écrivain François Sébastien Mercier, auteur du Tableau de Paris, et se manifeste dès 1788 par des écrits révolutionnaires (Remarques patriotiques) comme par sa dénonciation de l'esclavage.
Sous la Convention, elle milite au club des Jacobins, dénonçant la peine de mort, revendiquant le droit de vote sans distinction de sexe,... Proche des Girondins, elle s'oppose aux Montagnards et à leur chef, Robespierre, ce qui lui vaut d'être condamnée à l'échafaud le 3 novembre 1793. «Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !» lance-t-elle avant de mourir.
Emmanuel Joseph Sieyès (1748 - 1836)
« Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose »
Entré dans les ordres sans vocation religieuse, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès, vicaire général à Chartres, se passionne pour les idées nouvelles et les questions sociales. Il accède à la célébrité avec cette formule, publiée en janvier 1789, à la veille de la Révolution, dans une brochure de propagande révolutionnaire intitulée : Qu'est-ce que le tiers état?
Pierre Victurnien Vergniaud (1753 - 1793)
« Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »
Source : Les Révolutions de Paris
Cette belle formule est fréquemment attribuée à Étienne La Boétie, ami de Montaigne et auteur du Contr'Un ou Discours de la servitude volontaire (1576). Il est vrai qu'il aurait très bien pu l'énoncer...
Dans les faits, elle est bien plus tardive car apparue deux siècles plus tard, comme la devise des Révolutions de Paris, un journal quotidien fondé par Louis-Marie Prudhomme le 12 juillet 1789, deux jours avant la prise de la Bastille !
La citation est donc attribuée soit à Élisée de Loustalot, jeune avocat et principal rédacteur du journal, qui mourra de maladie l'année suivante, à 28 ans, soit à un autre rédacteur du journal, l'avocat Pierre Victurnien Vergniaud.
Né le 31 mai 1753 à Limoges, Vergniaud s'illustrera parmi les chefs de la Gironde mais aussi comme l'un des plus grands orateurs de la Révolution, à l'égal de Mirabeau et Robespierre. Il reprendra la citation ci-dessus dans un discours devant la Convention en 1792. Condamné et guillotiné avec vingt-et-un autres députés girondins le 31 octobre 1793, il a ce mot désabusé : « La Révolution est comme Saturne : elle dévore ses enfants »...
Mirabeau (1749 - 1791)
« Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre »
Corrompu et jouisseur, le visage enlaidi par la vérole, Mirabeau n'en jouit pas moins d'une très grande popularité due à son talent d'orateur. «Quand je secoue ma terrible hure, il n'y a personne qui osât m'interrompre», dit-il, comparant sa tête à celle d'un sanglier. Il n'a pas de scrupule à mettre son talent d'orateur, sa popularité et son intelligence politique au service du roi après la séance fameuse du Jeu de Paume... en se gardant bien de le faire savoir au peuple à ses collègues députés qui lui font confiance. Il écrit à Louis XVI le 10 mai 1790 : «Je promets au roi loyauté, zèle, activité, énergie et un courage dont peut-être on est loin d'avoir une idée». Il lui suggère d'organiser un parti à sa dévotion au sein de l'Assemblée, voire de corrompre certains adversaires. Dans la pire des éventualités, il envisage un coup de force, le roi s'éloignant de Paris et y revenant avec des troupes pour dissoudre l'Assemblée. Mais Mirabeau meurt trop tôt pour mener ses projets à leur terme. S'illusionnant sur son honnêteté, l'Assemblée lui décerne, trois jours après sa mort, le 5 avril 1791, l'honneur d'être inhumé en l'église Sainte Geneviève, transformée pour l'occasion en Panthéon des gloires nationales. Il en sera exclu le 21 septembre 1794, après qu'auront été découvertes les preuves de sa duplicité.








