Sébastien Castellion (1515 - 1563)
« Tuer un homme, ce n’est pas défendre une idée, ce n’est que tuer un homme »
L'humaniste et théologien Sébastien Castellion, natif du Bugey, près de Lyon, rejoint en 1541 Jean Calvin à Genève. Bon pédagogue, il devient recteur du collège de Rive, qui vient d'être créé.
Mais il va rompre avec Calvin suite à la condamnation au bûcher du médecin Michel Servet comme hérétique.
La condamnation a été prononcée par le Conseil de Genève, avec l'accord de Calvin. Celui-ci s'en justifie par un écrit mais dès l'année suivante, il s'attire une réponse cinglante de Castellion, qui publie sous un pseudonyme un opuscule simplement intitulé « Contra libellum Calvini » (Contre le libelle de Calvin).
C'est là que l'on retrouve la formule ci-desus, exprimée comme suit : « Lorsque les Genevois ont mis à mort Servet, ils n’ont pas défendu une doctrine, ils n’ont fait que tuer un homme. La violence endurcit le cœur qui ne s’ouvre pas à la mansuétude. On ne surmonte le mal, on ne dissipe les ténèbres que par la lumière, non par l’épée ».
Chassé de toutes parts et oublié, Castellion publiera encore en 1560 un Conseil à la France désolée dans lequel il préconise un compromis religieux qui sera repris par l'Edit de Nantes, une génération plus tard.
Michel de L'Hospital (1505 - 1573)
« Ôtons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes, ne changeons le nom de chrétiens ! »
Le chancelier de France Michel de L'Hospital prononce ce mémorable Discours de tolérance devant les états généraux d'Orléans, le 13 décembre 1560, dans le vain espoir de rapprocher les Français, prêts à se déchirer au nom de la religion.
Fils d'un médecin du connétable de Bourbon, Michel de L'Hospital reçoit une formation d'humaniste en Italie. En 1550, il devient chancelier particulier de Marguerite de Valois, soeur du roi Henri II. Il use de son influence pour protéger les poètes de la Pléiade, tel Ronsard. La régente Catherine de Médicis le remarque et, en avril 1560, lui octroie la charge de chancelier de France (ministre de la justice et Premier ministre).
Michel de L'Hospital se présente comme le chef des Politiques. Ce «parti» regroupe des catholiques et protestants modérés qui plaident pour la conciliation au nom de l'intérêt supérieur de l'État.Par l'édit de Romorantin, il réussit à éviter que l'Inquisition (tribunal ecclésiastique) ne soit introduite en France en vue de poursuivre les supposés hérétiques. Il obtient aussi que quelques droits soient accordés aux protestants. Mais ses mesures de tolérancen'ont d'autre effet que d'échauffer les esprits. Le massacre de Wassy (ou Vassy), deux ans plus tard, consacre son échec.
Dans les années qui suivent, le chancelier n'en poursuit pas moins la réorganisation administrative du royaume. Mais en mai 1568, au plus fort des guerres de religion, découragé, il renonce à la garde des sceaux (le ministère de la justice) et s'établit dans sa propriété de Vignay, sur la paroisse de Champmotteux.
Bien qu'il ne soit pas protestant, son existence est menacée au moment du massacre de la Saint-Barthélemy par une bande de farouches émeutiers qui tentent de prendre d'assaut son château, mais il est sauvé grâce à l'intervention d'une troupe envoyée par la reine-mère Catherine de Médicis. Brisé par ces événements, il se retire dans le château de Bélesbat, à Boutigny-sur-Essonne, non loin de Vignay.
Le 1er février 1573, sentant venir sa fin, il signe l'acte de démission de sa charge de chancelier de France. Il meurt le 13 mars de la même année en rappelant dans son testament que la tolérance est la première vertu qui doit être pratiquée entre les hommes.
Jean Calvin (1509 - 1564)
« Brûler n'est pas répondre et il est plus facile de trouver des dominicains que des raisons. »
Cette ferme réplique a été formulée par Jean Calvin à propos de la condamnation au feu d'écrits réformés contraires au dogme catholique. L'allusion aux dominicains rappelle que cet ordre religieux était en charge de l'Inquisition depuis le Moyen Âge et qu'il lui revenait de traquer les hérésies. Notons que Calvin n'a pas lui-même fait preuve d'un grand esprit de tolérance dans la République de Genève où s'exerçait son autorité spirituelle...
Montaigne (1533 - 1892)
« Les guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en sentinelle en sa propre maison »
Source : Essais
Homme de belle prestance, malgré sa petite taille, Pierre Eyquem de Montaigne inspire le respect aux gens de rencontre, y compris aux soudards et aux bandits.
Il n'empêche qu'il endure les guerres de religion avec la peur au ventre et s'en confie à son journal : « Je me suis couché mille fois chez moi, imaginant qu’on me trahirait et assommerait cette nuit-là : composant avec la fortune, que ce fût sans effroi et sans langueur : Et me suis écrié après mon patenôtre, Impius haec tam culta novalia miles habebit ? » [Ces terres que j’ai tant cultivées, c’est donc un soldat impie qui les aura ? Virgile, Églogues]
Retenons de lui cette triste formule hélas toujours vérifiée : « Les guerres civiles ont cela de pire que les autres guerres, de nous mettre chacun en échauguette [sentinelle] en sa propre maison » (Essais, III, 9, 970-1).
Miguel de Cervantès (1547 - 1616)
« Cada uno es como Dios le hizo, y aun peor muchas veces » (en espagnol)
« Chacun de nous est comme Dieu l'a fait, et bien souvent pire. » (traduction)
L'adage ci-dessus figure dans le roman Don Quichotte de la Manche (II, 4). Il témoigne de l'esprit grinçant et désabusé de son auteur, Miguel de Cervantès Saavedra.
Réduit en esclavage en Afrique du Nord, engagé comme soldat à la bataille navale de Lépante (1571) où il perd un bras.... Cervantès a mené une vie des plus aventureuses avant de publier Don quichotte à 57 ans !
L'écrivain relègue le roman de chevalerie et la poésie courtoise aux oubliettes pour promouvoir le roman centré sur le monde réel et ses questions existentielles.
Le castillan lui doit une bonne part du prestige qu'il a conservé jusqu'à ce jour. -
Guillaume le Taciturne (1533 - 1584)
« Il n'est point besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »
Cet aphorisme appartient à Guillaume d'Orange-Nassau, dit le Taciturne, héros de l'indépendance des Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels).
Nommé gouverneur (stathouder) de Hollande par le roi Philippe II de Habsbourg en 1559, il prit fait et cause pour ses sujets révoltés et se convertit au calvinisme, devenu la principale confession des Pays-Bas. Par la Pacification de Gand, le 8 novembre 1576, il tenta d'unir contre les Espagnols les dix-sept provinces des Pays-Bas mais ne put éviter la scission des provinces du sud (la future Belgique). Ayant malgré tout assuré l'indépendance des Provinces-Unies, il fut assassiné par Balthazar Gérard, un fanatique catholique à la solde du roi d'Espagne Philippe II.
Prince allemand, Guillaume hérita de la principauté d'Orange, une ville du sud de la France. De là sont venus le nom de la dynastie royale des Pays-Bas et la couleur de l'équipe de foot-ball néerlandaise !








