Lao-Tseu (VIe siècle avant JC)
« O grand carré qui n'a pas d'angles,
Grand vase jamais achevé,
Grande voix qui ne forme pas de paroles,
Grande apparence sans formes ! »
Ce quatrain est attribué à un philosophe chinois du nom de Lao-Tseu. Il définit la doctrine taoïste, du mot Tao qui signifie voie en mandarin (la langue parlée en Chine du nord). Le taoïsme se fonde sur un ouvrage réputé, le «Livre de la voie et de la vertu». Il est largement diffusé dans l'aire de civilisation chinoise.
Le philosophe Lao-Tseu (Grand Maître), dont l'existence demeure incertaine, aurait été contemporain de Bouddha et Confucius.
Horace (-65 - 8)
« Graecia capta ferum victorem cepit » (en latin)
« La Grèce a soumis son vainqueur » (traduction)
Ce mot du poète latin Horace traduit l'influence de la culture grecque sur la haute société romaine. Les Romains découvrent cette culture dès le IIIe siècle av. J.-C. en conquérant le sud de la péninsule italienne que l'on appelle aussi « Grande-Grèce ». Avec la conquête de Corinthe en 146 av. J.-C. et la soumission de l'ensemble de la Grèce puis de l'Asie mineure, c'est un éblouissement !
Forts de leur statut de vainqueurs, les héritiers des austères familles patriciennes de Rome s'emparent des richesses de l'Orient : oeuvres d'art mais aussi artistes, poètes, lettrés,... Eux-mêmes mettent un point d'honneur à rivaliser avec les Athéniens en matière poétique, littéraire, artistique ou encore sportive (les Romains participent volontiers aux Jeux Olympiques). Les poètes latins, tels Plaute, Térence, Virgile ou Ovide, copient la manière de leurs homologues grecs... tout en conservant l'usage du latin. Les patriciens romains n'ont pas ces scrupules.
Des gens comme Jules César ou son petit-neveu Octavien (le futur Auguste) sont éduqués en grec par des précepteurs grecs et parlent cette langue plus volontiers que le latin.
En matière religieuse, le panthéon romain s'aligne sur son homologue et les poètes établissant des parallèles entre les différents dieux. Au Zeus grec correspond le Jupiter romain,... L'administration de l'empire est elle-même marquée par cette double culture : de la péninsule ibérique jusqu'à l'Illyrie (actuelle Croatie) prévaut le latin ; au-delà et en Afrique, le grec. Cette césure culturelle va devenir politique à l'époque chrétienne avec le partage de l'empire entre Orient et Occident.
Cicéron (106 avant JC - 43 avant JC)
« - Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ?
- Quam diu etiam furor iste tuus nos eludet ?
- Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ?... » (en latin)
« - Mais enfin jusqu'où, Catilina, prétends-tu abuser de notre patience ?
- Jusques à quand auras-tu l'insolence de nous narguer ?
- Jusqu'à quelle extrémité l'audace effrénée dont tu fais preuve va-t-elle t'entraîner ? » (traduction)
Cicéron (Marcus Tullius Cicero), né en 106 avant JC dans le Latium, fait figure de modèle comme avocat, comme républicain, comme politicien visionnaire et surtout comme écrivain et orateur.
Issu d'une famille aisée de l'ordre équestre, il s'est formé à l'école des philosophes grecs avant de s'illustrer dans la profession d'avocat pendant la dictature de Sylla. Après la mort de Sylla, il entame une carrière politique qui lui vaudra d'entrer au Sénat. Questeur en Sicile, il est chargé par les habitants de dénoncer le pillage de leur province par le propréteur Verrès et s'acquitte brillamment de sa mission. Il nous en reste cinq discours, les Verrines.
Bien qu'il se soit tiré avantageusement d'une campagne militaire en Cilicie (52 ), Cicéron est surtout admiré pour sa réflexion philosophique, son sens littéraire et poétique, et aussi pour sa simplicité et sa candeur d'honnête homme. Son épouse Terentia lui a donné une fille dénommée Tullia. Celle-ci est morte prématurément en 45, le rendant inconsolable.
Jules César (100 avant JC - 44 avant JC)
« Caesaris mulier non fit suspecta ! » (en latin)
« La femme de César ne doit pas être soupçonnée ! » (traduction)
À l'aube de son ascension, en 62 avant JC, Caïus Julius, surnommé César, avait formulé la justification ci-dessus pour répudier sa femme, Pompeia, petite-fille du dictateur Sylla, si l'on en croit Plutarque (Vie des hommes illustres). Il ne voulait pas reconnaître qu'elle l'avait effectivement trompé, qui plus est avec un homme qu'il tenait à garder dans le cercle de ses fidèles !
Pendant la période des mystères de Bona Dea(la Bonne Déesse), il était de coutume que des fêtes strictement réservées aux femmes se déroulent dans la maison du grand Pontife (l'ordonnateur de la religion), qui n'était autre alors que César. Guidé par la curiosité, le jeune amant de Pompéia, Publius Claudius Pulcher, communément appelé Claude (ou Clodius), avait osé pénétrer dans la maison sous un déguisement de femme mais sa voix l'avait trahi. L'incident fit scandale et Cicéron lui-même dénonça le sacrilège. Seule Pompéia fit les frais de l'affaire... Son amant obtint l'acquittement, probablement par prévarication, en achetant les juges.
Clodius ne s'en tint pas quitte et poursuivit Cicéron de sa hargne. Plus tard, lorsqu'il eut été désigné tribun avec l'appui du triumvirat (César, Crassus et Pompée), il exila l'avocat en tirant prétexte de la conjuration de Catilina. Ce tribun décidément peu recommandable organisa un gang pour terroriser les bonnes gens et se remplir les poches.
Un groupe de réactionnaires (nous dirions des «skinheads») s'organisa sous la bannière de l'autre tribun, Milon, et les deux bandes donnèrent aux Romains le spectacle de leurs violents démêlés jusqu'à ce que Clodius soit tué dans l'une de ces échauffourées, en 52 avant JC. Dans l'atmosphère de terreur qui régnait à Rome, Cicéron n'eut pas le courage de défendre Milon, accusé de ce crime, mais la plaidoirie qu'il avait préparée, Pro Milone, a heureusement été conservée. -
Cicéron (106 avant JC - 43 avant JC)
« Consuetudo quasi altera natura » (en latin)
« L'habitude est une seconde nature » (traduction)
La prose de Cicéron marque l'apogée de la culture latine... et continue de faire souffrir les jeunes latinisants. Citons, parmi bien des formules qui ne sont pas sans évoquer le Nouveau Testament et les philosophes de notre ère et qui sonnent souvent comme étonnamment actuelles :
« Consuetudo quasi altera natura » (L'habitude est une seconde nature) in de Finibus,
« Omnium rerum principia parva sunt » (En toute chose les commencements sont modestes) in de Finibus,
« Dum spiro, spero ! » (Tant que je respire, je garde espoir) (in Epistulæ ad Atticum),
« Mea mihi conscientia pluris est quam omnium sermo » (Ma conscience me parle davantage que tous les discours) in Epistulae ad Atticum,
« Nomina sunt odiosa » (Les noms sont détestables [en ce qu'ils nous induisent en erreur]) in pro Roscio Amerino,
« Utilius est autem absolvi innocentem quam nocentem causam non dicere » (Il est plus important que l'innocent soit acquitté que le coupable soit traîné en justice) in pro Roscio Amerino,
« Omen accipio ! » (Acceptons-en l'augure ! [pour autant qu'il soit bon]) in de Divinatione,
« Variatio delectat » (La variété séduit) in de Divinatione,
« Omnia mea mecum porto » (Tout ce que je possède, je le porte avec moi) in Paradoxa,
« Abiit, excessit, evasit, erupit ! » (Il est parti, a filé, s'est échappé, a disparu ! ) in Catilinam,
« Cum tacent, clamant ! » (Tout en restant cois, ils clament leur détresse !) in Catilinam,
« O tempora, o mores ! » (O temps, ô moeurs ! ) in Catilinam,
« Hannibal ante portas ! » (Hannibal est à nos portes ! ) in Philippicæ Orationes,
« Pacta sunt servanda » (Les traités sont faits pour être respectés ) in Philippicæ Orationes,
« Salus populi suprema lex esto ! » (Que le salut du peuple soit la loi suprême ! ) in de Legibus,
« Cedant arma togæ, concedat laurea linguæ ! » (Que les armes le cèdent à la toge, les lauriers (du vainqueur) à l'éloquence ! ) in de Consulatu suo,
« O fortunatam natam me consule Romam ! » (Rome est bien fortunée d'être née sous mon consulat !) in de Consulatu suo,
« Summum jus, summa injuria » (La loi portée à l'extrême peut être source d'extrême injustice) in de Officis,
« Suum cuique » (A chacun ce qui lui revient) in de Officis,
« Otium cum dignitate » (Le repos et la dignité [sont ce à quoi nous devons tendre]) in de Oratore,
« Ut sementem feceris, ita metes ! » (Ce que tu auras semé, tu le récolteras !) in de Oratore,
« Vivere est cogitare » (Vivre c'est penser) in Tusculanæ disputationes. -
Juvénal (60 - 130)
« Quis custodiet ipsos custodes ? » (en latin)
« Qui gardera les gardiens ? » (traduction)
Au 1er siècle de notre ère, sous les successeurs d'Auguste, Rome voit se multiplier les nouveaux riches. La corruption des mœurs suscite la satire et le poète Juvénal se rend maître dans cet art mineur.
D'origine modeste, Decimus Junius Juvenalis vit à Rome au temps des empereurs Domitien et Hadrien. Il aurait été chassé de la cour dans sa jeunesse pour avoir tourné un favori du prince en ridicule. Son esprit critique impitoyable lui interdit durablement l'accès aux cercles établis qu'il poursuit de ses traits acérés.
L'entourage de l'empereur Domitien lui offre dès lors une cible de choix. Il écrit 16 Satires en vers de l'an 100 à sa mort, lesquelles fustigent sans pitié les mœurs dépravées de la bonne société et idéalisent par contraste la simplicité et la vertu des anciens Romains.
Juvénal dénonce ainsi le laxisme moral, le luxe et les excès des puissants, la coquetterie et les intrigues des femmes, la brutalité et l'injustice des grands. Ses vers sonnent juste et ont souvent pris valeur d'épigramme.
La formule ci-dessus fait référence à La République de Platon, société idéale fondée sur l'autorité. Juvénal signifie avec justesse qu'aucune société ne peut fonctionner en s'appuyant exclusivement sur la répression et que l'on ne peut faire fi d'un minimum de consensus civique.-








