Joseph Staline (1879 - 1953)
« Le pape ? Combien de divisions ? »
En mai 1935, Pierre Laval se rend à Moscou pour convaincre Staline, le dictateur de l'URSS, du bien-fondé d'une alliance entre la France et l'URSS pour prévenir la menace que fait peser l'arrivée de Hitler à la tête de l'Allemagne.
Staline et son ministre des Affaires étrangères, Molotov, interrogent leur interlocuteur sur l'importance des effectifs de l'armée française sur le front occidental : combien de divisions la France possède-t-elle ? Quelle est la durée du service militaire ? ...
Ces questions ayant été élucidées, Laval demande à son tour : «Ne pourriez-vous faire quelque chose, en Russie, en faveur de la religion et des catholiques ? Cela m'aiderait tellement auprès du pape !»
«Oh ! oh ! fit Staline, le pape ! De combien de divisions dispose-t-il, lui ? » (d'après les Mémoires de Winston Churchill).
Adolf Hitler (1889 - 1945)
« Je vais à nouveau être prophète aujourd'hui : si la juiverie financière internationale, hors d'Europe et en Europe, devait réussir à précipiter encore une fois les peuples dans une guerre mondiale, il en résulterait, non pas la bolchevisation de la terre et la victoire de la juiverie, mais l'anéantissement de la race juive en Europe »
Hitler lance ce terrible avertissement le 30 janvier 1939, devant le Reichstag (Parlement allemand), à l'occasion du sixième anniversaire de sa prise de pouvoir. Pour la première fois, à cette occasion, le dictateur nazi exprime ouvertement son intention d'exterminer les Juifs. Auparavant, ses partisans s'en étaient tenus à l'égard des juifs allemands à des pogroms, des brimades, des violences localisées et des spoliations. Devant l'imminence d'un conflit généralisé, le dictateur avertit la communauté juive d'Europe et des États-Unis des terribles représailles auxquelles pourraient s'exposer les Juifs au cas où ils feraient obstacle à son projet politique. Obsédé par la défaite allemande de 1918, qu'il attribue à un complot de la «juiverie internationale», Hitler se promet qu'en cas de récidive, il prendrait les devants pour lui éviter de nuire à nouveau. Il tiendra hélas parole en décidant de l'extermination des juifs d'Europe.
« Notre force tient à notre rapidité et notre brutalité. Gengis Khan a condamné à mort des millions de femmes et d'enfants, en toute conscience et d'un coeur léger. L'histoire ne se souvient que du grand fondateur d'État. Je me moque de ce que dit la faible civilisation ouest-européenne à mon propos. J'ai donné un ordre - et je fusillerai quiconque formulera une seule critique : l'objectif de la guerre ne sera pas d'atteindre une ligne donnée mais d'anéantir physiquement l'adversaire. C'est pourquoi j'ai disposé - pour l'instant seulement à l'Est - mes unités à tête de mort ; elles ont reçu l'ordre de mettre à mort sans merci et sans pitié beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants d'ascendance et de langue polonaises. C'est la seule manière pour nous de conquérir l'espace vital dont nous avons besoin. Qui parle encore, aujourd'hui, de l'anéantissement des Arméniens ? »
Source : Édouard Husson, Heydrich et la solution finale (Perrin, 2008, page 61).
Hitler formule cette déclaration le 22 août 1939 devant ses généraux réunis à l'Obersalzberg, dix jours avant l'attaque de la Pologne et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale ! Il annonce déjà son intention de tuer un maximum de personnes dans les territoires à conquérir pour faire de la place à des colons allemands. Les victimes désignées ne sont pas spécialement juives mais polonaises (slaves). Le souhait du Führer sera scrupuleusement exécuté par les SS (les unités à tête de mort) qui, dès l'attaque de la Pologne, procèderont à des massacres massifs de civils. Le propos montre assez que le processus génocidaire était en route dès avant que soit mise en oeuvre la Solution finale (l'extermination méthodique des Juifs.
Claude Lévi-Strauss (1908)
« Je hais les voyages et les explorateurs »
Paradoxe, la phrase ci-dessus introduit l'un des plus célèbres récits de voyage qui soient, Tristes tropiques. Paru en 1955 dans la collection Terre humaine de Jean Malaurie, ce livre est l'oeuvre d'un professeur français, qui est né à Bruxelles 47 ans plus tôt et enseigne la philosophie au Brésil, Claude Lévi-Strauss. A la fois récit philosophique, essai d'ethnographie et monument littéraire (il échappe de peu au prix Goncourt), Tristes Tropiques séduit un très vaste public par l'évocation des tribus indiennes du Brésil, en voie de disparition (les Caduveo, Bororo, Nambikwara et Tupi-Karahib) ainsi que par des réflexions libres sur la destinée humaine et le monde contemporain. «Le monde a commencé sans l'homme et il s'achèvera sans lui. Les institutions, les moeurs et les coutumes, que j'aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d'une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être celui de permettre à l'humanité d'y jouer son rôle», écrit Claude Lévi-Strauss dans les dernières pages de son livre. Le succès de Tristes Tropiques a contribué à la diffusion du structuralisme dans les sciences humaines (linguistique, ethnologie, philosophie, sociologie, psychanalyse,...). Le structuralisme est un mode d'analyse né du Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure (1916), qui définit les composants de la langue par les rapports qu'ils entretiennent les uns avec les autres, l'ensemble de ces rapports constituant la structure. Claude Lévi-Strauss a étendu le structuralisme aux communautés humaines, analysées à travers les systèmes de parenté. Il a été plus ou moins suivi par la plupart des grands penseurs contemporains (Louis Althusser, Jacques Lacan, Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Jacques Derrida,...).
Pierre Laval (1883 - 1945)
« Les jours de Laval ne sont plus en danger »
Source : communiqué diffusé le 15 octobre 1945
Pierre Laval, fils de cafetier auvergnat devenu avocat au grand coeur et militant pacifiste d'extrême-gauche, est élu député et maire d'Aubervilliers en 1924 sous l'étiquette socialiste. Nommé président du Conseil (chef du gouvernement) à deux reprises, il prend la mesure de la menace hitlérienne et tente de conclure un rapprochement avec l'Italie de Mussolini et l'URSS de Staline. Après s'être opposé en vain à la déclaration de guerre par pacifisme, il accède à la tête du gouvernement de Vichy et se voue dès lors à la collaboration avec l'Allemagne, «rempart contre le bolchevisme» (discours du 22 juin 1942). Après la Libération, il est jugé en 5 jours et condamné à mort le 9 octobre 1945 au terme d'un procès bâclé. Pendant les audiences, on renonce à le questionner sur les aspects les plus problématiques de la Collaboration : l'entrevue de Montoire, les juifs, le STO... C'est que l'accusé joue la montre et à chaque question répond par des développements habiles et interminables. Le 15 octobre, le matin de son exécution, on le trouve inanimé dans sa cellule de la prison de Fresnes, laissant une lettre «à ses avocats et à ses bourreaux». Il est ramené à la vie au prix d'une réanimation énergique. La presse en est informée dans les termes ci-dessus. Par crainte qu'il ne décède avant d'arriver au lieu prévu pour la mise à mort, on le fusille sur un sentier le long de la prison de Fresnes...
Paul Valéry (1871 - 1945)
« Les événements m'ennuient. On me dit : "Quelle époque intéressante !" et je réponds : "Les événements sont l'écume des choses. Mais c'est la mer qui m'intéresse"... »
Enfant illustre de la ville de Sète, comme Georges Brassens, Paul Valéry est un poète et un écrivain exigeant, soucieux de travail et d'étude, qui se demande «où va l'Europe». Le propos ci-dessus figure en introduction d'un livre de réflexion de 1931 : Regards sur le monde actuel. Il pourrait être repris par la plupart des historiens et des représentants des sciences humaines. Le démographe Alfred Sauvy l'a cité dans sa leçon inaugurale au Collège de France.








