Mohandas Gandhi (1869 - 1948)
« La pauvreté est la pire forme de violence ! »
Mohandas Karamchand Gandhi naquit dans une riche famille de commerçants du nord de l'Inde. Il caressa d'abord l'ambition de briller dans la société coloniale et devint avocat à Londres.
S'étant établi en Afrique du Sud en mai 1893, il souffrit dans sa chair des discriminations dont étaient victimes les Indiens. Lui-même servit loyalement les Britanniques dans leur guerre contre les Boers.
Puis, sous le nom de satyagraha, il mit au point des méthodes de lutte non-violente pour faire fléchir les législateurs britanniques et imposer la levée de la plupart des discriminations à l'égard de la communauté indienne.
Rentré en Inde en janvier 1915, il prit à cœur de se rapprocher de l'Inde profonde des villages et s'entoura de personnalités déjà impliquées dans la lutte politique tout en s'habillant désormais d'un pagne et en filant le coton.
Churchill le gratifia de sauvage à demi-nu lors d'une rencontre en 1931 et les autorités lui infligèrent la prison à plusieurs reprises...
A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, le vice-roi Mountbatten fut chargé par le gouvernement travailliste Atlee de négocier un retrait honorable de l'Empire Indien. L'intransigeance de la communauté musulmane menée par Jinnah imposa une partition particulièrement violente du pays (15 août 1947), à laquelle Gandhi s'était opposé avec obstination. Il fut abattu le 30 janvier suivant par un extrémiste hindou.
Hô Chi Minh (1890 - 1969)
« Il vaut mieux manger encore dix ans la crotte des Français que celle des Chinois pendant mille ans ! »
Hô Chi Minh, de son vrai nom Nguyên Tat Thanh ou Nguyên Ai Quôc, est né dans la famille d'un lettré vietnamien sans fortune.
Il étudie au lycée de Hué (Annam) puis se fait matelot, gagne les États-Unis et aboutit à Paris pendant la Grande Guerre où il prend goût à l'action politique.
Il adhère au Parti communiste français dès sa création à la Noël 1920 à Tours. Son militantisme lui vaut dès lors quelques séjours en prison.
En 1930, il crée le Parti Communiste Indochinois et s'impose comme le chef de file du mouvement nationaliste indochinois. Il jouit de l'appui du Komintern, l'Internationale communiste animée par Staline.
En 1941, il fonde le Vietminh ou Front pour l'indépendance du Viêt-nam (on écrit aussi Viêt-Minh). Réfugié à Canton, il est jeté en prison par le chef chinois anticommuniste Tchang Kaï-chek mais les Alliés anglo-saxons forcent celui-ci à le libérer. Prenant le surnom d'Hô Chi Minh (Celui qui éclaire), le révolutionnaire prend la direction de la résistance contre les Japonais en Indochine même.
Les nationalistes vietnamiens profitent de l'éviction des Français par les forces japonaises pour entrer à Hanoi en août 1945.
Hô Chi Minh proclame l'indépendance de son pays le 2 septembre en fondant la République Démocratique du Viêt-nam. Mais il ne tarde pas à se heurter aux velléités hégémonique du grand voisin chinois. Aussi se tourne-t-il vers les Français et négocie-t-il le 6 mars 1946 un accord d'autonomie avec Jean Sainteny, le représentant de la France. L'«oncle Hô» justifie ce renoncement provisoire à l'indépendance avec les paroles ci-dessus, citées pas son biographe Jean Lacouture.
Las, la coopération ne s'installe pas véritablement et la guerre entre le Vietminh et les Français éclate quelques mois plus tard, avec l'émergence d'une armée populaire menée de main de maître par le général Giap, un instituteur qui se révèlera un stratège de génie.
Les accords de Genève consacrent en 1954 la partition du pays et ouvrent la voie à une terrible guerre civile, dans le contexte de la «guerre froide» entre les États-Unis et les puissances communistes (1963-1975).
Pendant cette seconde guerre d'Indochine, Hô Chi Minh fait en sorte de conserver l'indépendance de son pays et de se tenir à égale distance de la Chine populaire et de l'URSS, tout en profitant de l'aide fournie par ces deux pays.
Hô Chi Minh meurt en 1969 sans avoir vu le triomphe de son camp. La ville de Saïgon, conquise en 1975 par les troupes du Nord-Vietnam, est rebaptisée Hô Chi Minh-Ville en son honneur et le pays réunifié sous la bannière communiste.
Charles de Gaulle (1890 - 1970)
« Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas »
Ces mots magnifiques concluent l'Appel du 18 juin 1940. Ce jour-là, à la radio de Londres, le général Charles de Gaulle s'adressait aux Français de la métropole et aux combattants écrasés par le désespoir suite à l'invasion de leur pays par les armées allemandes.
Un mois plus tard, des affiches placardées à Londres renouvellent l'Appel à l'adresse des Français qui ont fui le Continent sous une forme plus ramassée : « La France a perdu une bataille mais la France n'a pas perdu la guerre ! Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, rien n'est perdu ! Rien n'est perdu parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but! Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. Notre patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver ! Vive la France ! »
Alfred Sauvy (1898 - 1990)
« Car enfin ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers-État, veut, lui aussi, être quelque chose »
Cette phrase clôt un article du magazine L'Observateur intitulé «Trois monde, une planète» (N°118, 14 août 1952, page 14). Avec elle apparaît pour la première fois une expression appelée à un succès planétaire : tiers monde (Third World selon la traduction qu'en ont fait les Anglo-Saxons). Cette expression désigne les pays pauvres écartelés entre les deux camps rivaux issus de la Seconde Guerre mondiale : le camp soviétique, sous la tutelle de Moscou, et le camp occidental, sous la tutelle de Washington.
L'auteur de l'article - et «inventeur» de l'expression - est Alfred Sauvy, un polytechnicien qui s'est très tôt passionné pour la démographie. Il a plus tard dit à propos de son article de 1952 : «Je transposais ainsi la fameuse phrase de Sieyès sur le Tiers État pendant la Révolution française. Je n'ai pas ajouté (mais j'ai parfois dit, en boutade) que l'on pourrait assimiler le monde capitaliste à la noblesse et le monde communiste au clergé».
Emmanuel Joseph Sieyès (1748 - 1836)
« Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent ? Rien. Que demande-t-il ? À devenir quelque chose »
Entré dans les ordres sans vocation religieuse, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès, vicaire général à Chartres, se passionne pour les idées nouvelles et les questions sociales. Il accède à la célébrité avec cette formule, publiée en janvier 1789, à la veille de la Révolution, dans une brochure de propagande révolutionnaire intitulée : Qu'est-ce que le tiers état?
« Je cherche un sabre... »
Ainsi dit Emmanuel Sieyès à qui veut l'entendre en cette année 1799. L'ex-abbé fait alors partie des cinq membres du Directoire qui gouvernent tant bien que mal la France.
Fin politique, il est persuadé que seul un général à poigne peut encore sauver le régime républicain issu de la Révolution. Il s'agit de flanquer l'exécutif d'un général auréolé de gloire pour en imposer aux parlementaires et satisfaire l'opinion lassée des palabres du «gouvernement des avocats». Son choix se portera sur Bonaparte...








