Philippe Pétain (1856 - 1951)
« Je tiens les promesses, même celles des autres lorsque ces promesses sont fondées sur la justice »
Philippe Pétain s'est hissé au-dessus de sa condition grâce à la IIIe République naissante. Républicain, laïc et agnostique, voire anticlérical, il reste fidèle à ses origines populaires y compris lorsqu'il devient chef de l'État français sous l'Occupation. Il est d'ailleurs rejoint à Vichy, siège de son gouvernement, par des socialistes pacifistes au premier rang desquels Pierre Laval et René Belin. Ancien dirigeant de la CGT (Confédération Générale du Travail), René Belin fut nommé secrétaire d'État au Travail dans le gouvernement de Vichy. À ce titre, il instaure la Fête du Travail et met au point l'actuel système de retraite par répartition. C'est en présentant cette réforme à la radio, le samedi 15 mars 1941, que le Maréchal prononce la célèbre phrase ci-dessus.
« Une bonne messe n'a jamais fait de mal à personne »
Sous l'Occupation, le Maréchal s'oblige à assister régulièrement aux offices religieux, où des enfants l'accueillent en chantant : «Maréchal, nous voilà !». C'est ainsi que lui échappe la formule ci-dessus (*). Bien qu'ayant perdu la foi de son enfance, Pétain, du temps qu'il était officier, se refusait à entrer dans les querelles anticléricales. Comme un membre du cabinet du ministre de la Guerre André lui demandait de dénoncer les officiers assidus à la messe, Pétain lui avait répondu avec ironie : «Me tenant toujours au premier rang des fidèles, je n'ai pas pour habitude de me retourner durant la messe».
Guillaume II (1859 - 1941)
« Ich habe es nicht gewollt » (en allemand)
« Je n'ai pas voulu cela » (traduction)
Épigramme sur la grille de la cheminée du château du Haut-Koenigsbourg, en Haute-Alsace. L'empereur d'Allemagne aurait laissé ce regret lors de sa dernière visite en avril 1918, alors que l'entrée en guerre des États-Unis (2 avril 1917) et leur engagement croissant rendaient inévitable un échec des empires centraux. Le rôle personnel du Kaiser dans la déclaration de guerre est diversement apprécié. Il avait congédié Bismarck et engagé une politique expansionniste, soutenue par une marine de guerre menaçante pour l'Amirauté britannique. En juillet 1914, après l'attentat de Sarajevo, le chancelier Bethmann-Hollweg joua un rôle modérateur auprès de l'empereur. Au contraire, le comte Berchtold, ministre des affaires étrangères à Vienne, y vit l'occasion d'en finir avec la Serbie. Guillaume II télégraphia à l'empereur d'Autriche-Hongrie François-Joseph que «l'Allemagne se tiendrait en toutes circonstances aux côtés de l'Autriche-Hongrie». L'Autriche déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet, l'Allemagne à la Russie le 1er, puis à la France le 3 août 1914.
Talaat Pacha (1872 - 1921)
« Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici »
Mehmed Talaat Pacha est un employé des Postes devenu militant actif des Jeunes-Turcs et leader de ce mouvement réformateur et nationaliste.
En 1913, devenu ministre de l'Intérieur du gouvernement ottoman, il constitue un parti unique et hégémonique, le Comité Union et Progrès (CUP) à la tête duquel il entreprend de forger une Turquie homogène avec deux autres leaders Jeunes-Turcs, Enver Pacha et Cemal Pacha.
Le 24 avril 1915, mettant à profit le désordre international consécutif à la Grande Guerre, il donne le coup d'envoi du génocide des Arméniens dans l'empire turc. Le télégramme ci-dessus, envoyé à la préfecture d'Alep en 1916, illustre on ne peut mieux ses intentions.
En 1917, Talaat Pacha sera nommé Vizir (Premier ministre) mais il devra s'enfuir à la fin de la guerre et se réfugier à Berlin. C'est là qu'il sera assassiné le 15 mars 1921, en punition de ses crimes passés, par un jeune Arménien, Soghomon Tehlirian, lequel sera jugé et acquitté.
À Rome et en Géorgie, Djemal Pacha et Saïd Halim Pacha seront aussi exécutés par de jeunes Arméniens réunis dans le cadre d'une opération punitive, Némésis.
C'est à l'occasion du procès berlinois de Tehlirian qu'un jeune étudiant en droit polonais, Raphael Lemkin , comprit qu'on se trouvait face à un vide juridique pour sanctionner de tels crimes commis contre un peuple. Confronté à l'extermination des juifs et se remémorant le cas arménien, Lemkin allait élaborer vingt ans plus tard la notion de génocide.
Hubert Lyautey (1854 - 1934)
« Les Africains ne sont pas inférieurs, ils sont autres »
Cet écrit du maréchal Lyautey remonte aux années 1920 (*). Lyautey se signale par une conception des relations entre l'Europe et le reste du monde fondée sur le respect des identités. Cette conception est restée marginale en France et en Europe. Elle contredit celle de Jules Ferry, Rudyard Kipling, Léon Blum ou des actuels penseurs de la gauche morale qui, chacun à leur manière, cultivent la conviction que les riches Occidentaux doivent «aider» les peuples «sous-développés» (alias inférieurs) à suivre leurs propres traces.
Dolores Ibárruri (1895 - 1989)
« ¡ No pasarán ! » (en espagnol)
« Ils ne passeront pas ! » (traduction)
Cette reprise du slogan lancé par le général Philippe Pétain pendant l'offensive allemande sur Verdun, en 1916 (« Ils ne passeront pas ! ») conclut le discours enflammé prononcé par Dolores Ibarruri, députée communiste, sur les ondes de Radio-Madrid, le 19 juillet 1936, deux jours après qu'au Maroc espagnol, des généraux ont soulevé une partie de l'armée contre le gouvernement républicain.
Née en Biscaye dans une famille de mineurs, elle-même mariée et mère de six enfants, Dolores Ibarruri milite très tôt dans le parti communiste espagnol dont elle devient une figure populaire. Repérée par Staline, elle est élue députée des Asturies aux élections de février 1936, à la veille de la guerre civile.
Son engagement révolutionnaire et sa tenue noire et sévère lui valent un surnom d'inspiration religieuse, la Pasionaria. Les militants communistes rapprochent son image de celle de la Vierge Marie.
Lorsqu'après une guerre atroce de trois ans, les troupes de Franco entrent à Madrid, elles sont accueillies au cri de « ¡ Han pasado ! » (Ils sont passés). De son côté, la Pasionaria se réfugie à Moscou avec sa famille... et son jeune amant, un certain Francisco Anton. Son mari, gênant, est expédié dans une usine de Rostov.








