9 novembre 2025. Les historiens du futur, qui n’ont pas les yeux rivés sur les réseaux sociaux mais rapportent l’actualité au temps long de l’Histoire, verront sans doute l’année 2025 comme un tournant dans les relations internationales.
Cette année restera marquée par les initiatives diplomatiques brouillonnes du président Donald Trump et surtout par le désengagement de la France et de l’Europe de toutes les grandes affaires qui secouent le monde, Afrique comprise...
Les guerres actuelles, en voie de multiplication après l’accalmie des deux premières décennies du XXIe siècle, illustrent la fin du « droit international » forgé par les Occidentaux au XIXe siècle et la fin de cinq siècles d’activisme européen sur tous les continents.
Tous ces conflits se gèrent non plus à l’ONU, à Washington, Paris ou Genève mais dans un cadre régional. C’est ainsi au Qatar, à Riyad, à Sharm-el-Sheikh ou à Istanbul que se réunissent les négociateurs des conflits de Gaza ou d’Ukraine.
Voici les principaux conflits actuels, dont certains font en novembre 2025 l'objet d'un cessez-le-feu :
• Conflit Russie-Ukraine (plusieurs centaines de milliers de victimes depuis 2022), en voie d'enlisement,
• Guerre de Gaza (sans doute 70 000 morts depuis le 8 octobre 2023), cessez-le-feu précaire,
• Nettoyage ethnique au Darfour (Soudan) depuis avril 20023 (sans doute plusieurs centaines de milliers de victimes), avec l’implication des Émirats arabes unis, de l’Arabie, de l’Égypte, etc.
• Guerre du Kivu (Congo-RDC) avec l’implication du Rwanda et de l’Ouganda, en voie d'apaisement (?),
• Guerre menée au Tigré par Addis-Abéba, cessez-le-feu précaire,
• Guerre du Yémen, avec l’implication de l’Arabie, l’Iran, etc., en voie d'enlisement,
• Guerres djihadistes au Sahel contre les populations noires sédentaires, en voie d'intensification au Mali,
• Conflit frontalier entre Cambodge et Thaïlande, fait l'objet d'un cessez-le-feu,
• ...
Seuls les deux premiers conflits suscitent l’intérêt des médias occidentaux. Pour la raison sans doute que les autres conflits, si cruels soient-ils, se déroulent surtout en Afrique subsaharienne et ne mettent en aucune façon en cause la responsabilité de l’Occident et n’ont même rien à voir avec la parenthèse coloniale (1872-1912).
L’Union européenne spectatrice impuissante des malheurs du monde
Désarmée, appauvrie, divisée et longtemps persuadée que l’Histoire s’était arrêtée en 1991-1992, avec la chute de l’URSS et le traité de Maastricht, l’Union européenne s’en tient à de belles paroles. Ses dirigeants sont spectateurs impuissants du ballet diplomatico-guerrier, ainsi que l’illustre la photo de la rencontre à Washington, le 18 août 2025, de Trump et de son homologue ukrainien : derrière les deux chefs de guerre suivent à distance respectable les Européens…
La démission de l’Europe et de la France est particulièrement affligeante en ce qui concerne l’Afrique voisine, qui représentera au bas mot 40% de la population mondiale en 2100 (contre 5% au mieux pour l’Union européenne).
C’est ainsi le président Trump et non l’Union européenne qui a réussi à débloquer le conflit marocco-algérien de cinquante ans sur le Sahara ex-espagnol. Plus gravement, l’Union européenne reste muette sur l’effroyable drame qui secoue une nouvelle fois le Darfour, sans se soucier de faire pression sur son partenaire, le président des Émirats arabes unis. Celui-ci alimente en effet en armes les FSR à l’œuvre dans cette malheureuse région du Soudan et coupables de massacres systématique, viols collectifs, etc.
D’aucuns qualifient de « génocide antinoir » les violences systématiques exercées par les nomades « arabes » sur les populations sédentaires négro-africaines du sud du Darfour (bien que celles-ci soient tout autant musulmanes que leurs oppresseurs). Il est vrai que ces violences surpassent par le nombre des victimes et le caractère systématique des massacres celles qui ont cours à Gaza ou dans le Donbass (Ukraine).
Ce drame témoigne du réveil des violences qui ont cours sur toute la bande sahélienne, du Sénégal au Nil, aux points de rencontre entre nomades « blancs » et sédentaires « noirs ». Elles puisent leur origine dans un fameux traité (bakht) imposé à un roi chrétien de Nubie par un chef arabe en 652, vingt ans après la mort du prophète Mahomet. Par ce traité, qui resta en vigueur pendant cinq siècles, le roi nubien se vit contraint de livrer année après année plusieurs centaines d’esclaves. Ce fut le début des traites négrières et le début aussi du racisme anti-noir qui pénétra le monde musulman avant de traverser l’Atlantique (dico).
Les soubresauts qui ont cours dans le Sahel occidental (Mali, Niger, Burkina Faso) et jusqu’en Centrafrique ont aussi pour origine cette hostilité immémoriale entre nomades et sédentaires. Notons que la République française en a usé à la fin du XIXe siècle quand elle a entrepris, avec les meilleures intentions du monde, de « civiliser » le continent noir. Les officiers envoyés sur place ont recruté leurs tirailleurs parmi les sédentaires noirs, trop heureux de pouvoir enfin prendre leur revanche sur les chasseurs d’esclaves. Tout cela est derrière nous…
Fin de la Françafrique : faut-il s’en réjouir ?
À Paris, le ministère de l’Europe et des affaires étrangères (tel est le nouvel intitulé du Quai d’Orsay qui fait passer les affaires étrangères au second rang) invite les ressortissants français à évacuer le Mali et l’on peut penser que l’immigration en provenance de ce pays (une vingtaine de milliers de personnes par an) va connaître un nouveau rebond.
C’est l’aboutissement d’un processus amorcé par le discours maladroit du président Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007 (« l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire ») et relancé par la mauvaise blague du président Macron à Ouagadougou le 28 novembre 2017 (« il [le président burkinabé] est parti réparer la climatisation ») et son embarras à Kinshasa le 4 mars 2023 face à son hôte Félix Tshisekedi. Tout cela sur fond d’échec de l’intervention Barkhane au Sahel, par laquelle le président Hollande et son ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian ont cru pouvoir pacifier le Sahel (5 millions de km2) avec une poignée de militaires.
Faut-il se réjouir de la fin des relations « privilégiées » entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique ? Sur la Françafrique, tant décriée du fait de la corruption qu’elle a pu entretenir et favoriser, notons seulement un point factuel (et oublié) : elle a évité des guerres civiles à tous les États issus de l’Afrique occidentale française et de l’Afrique équatoriale française !
Ce bilan-là est à comparer à celui des autres décolonisations : le Nigeria et le Soudan, anciennes colonies britanniques, sont depuis leur indépendance frappés par des guerres ethniques d’une violence sans égale ; le Congo ex-belge ainsi que les anciennes colonies belges du Rwanda et du Burundi sont aussi régulièrement meurtries par de violents conflits, voire un génocide ; l’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie, qui furent brièvement colonisés par l’Italie et la Grande-Bretagne, sont également victimes de guerres ethniques récurrentes.
En viendrons-nous à regretter le temps où les gouvernants français et européens assumaient leurs responsabilités internationales ?...













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Voir les 4 commentaires sur cet article
Coche (13-11-2025 12:19:47)
D'accord, les pays européens découvrirent le Continent Africain et s'y installèrent au cours des siècles, d'une manière plus ou moins durable. Il y apportèrent des changements, des bouleversemen... Lire la suite
Christian (10-11-2025 12:19:17)
On ne peut que constater, une fois de plus, que ceux qui dénoncent de toutes leurs forces, à tort ou raison, le «génocide» à Gaza (et qui n’hésitent pas pour cela à envahir une salle de conc... Lire la suite
Pat Corner (10-11-2025 10:07:35)
On pourrait reprocher aux puissances colonisatrices de n’avoir pas fait assez pour mettre sur pied des institutions étatiques solides dans tous ces pays. Manque de vision des puissances colonisatr... Lire la suite