XXe siècle - Du crime à sensation aux « incivilités » - Herodote.net

XXe siècle

Du crime à sensation aux « incivilités »

À la « Belle Époque », avant la Grande Guerre, la violence criminelle est devenue l'affaire des médias et de l'opinion publique, autant que de la justice et de la police.

Après la Seconde Guerre mondiale, les Français et la plupart des Européens ont retrouvé une société apaisée, avec un niveau de violence très bas. Depuis les années 1970, le traitement de cette violence est devenu un enjeu idéologique et un facteur de clivage entre la droite et la gauche.

Procès à sensation

Entre les deux guerres mondiales, l'opinion se délecte de quelques grandes affaires qui mettent en relief les inquiétudes de l'heure.

Henri-Désiré Landru, séduisant chauve de 51 ans, ouvre la série.

En 1933, on juge les soeurs Papin, deux jeunes bonnes coupables d'avoir horriblement assassiné leur maîtresse et sa fille. La même année vient le tour de Violette Nozières, qui a tenté d'assassiner ses parents. Le public voit en elle le reflet d'une certaine jeunesse dévergondée.

Après la Libération, le 18 mars 1946, s'ouvre le procès du docteur Petiot, défendu par maître René Fleuriot. On lui reproche d'avoir tué 27 juifs pendant l'occupation allemande. Citons encore le procès de Gaston Dominici, le 17 novembre 1954, devant les assises de Gap. Le vieux paysan est accusé d'avoir massacré une famille de touristes anglais.

Banditisme et contestation

Les années d'après-guerre manifestent une grande détente sur le front du crime.

Celui-ci reste confiné au « Milieu ». Il s'agit de gangs d'origine corse ou marseillaise apparus entre les deux guerres mondiales, qui vivent (et meurent) de la prostitution, de la drogue et des hold-ups.

La prospérité des « Trente glorieuses » débouche au milieu des années 1960 sur l'apparition de nouvelles bandes de jeunes, plus pittoresques que dangereuses, les « blousons noirs ».

Dans les années 1970, les enfants perdus de la Révolution se signalent par quelques actes tragiques. Le militant Pierre Overney ayant été tué le 25 février 1972 par un vigile de Renault, celui-ci est en représailles « exécuté ».

D'une autre ampleur sont les attentats qui, dans ces « années de plomb », frappent l'Allemagne fédérale, avec la Fraction Armée rouge de la bande à Baader, et surtout l'Italie avec les Brigades rouges (85 morts à la gare de Bologne, le 2 août 1980).

« Liberté et Sécurité »

Le 6 avril 1972, un jeune homme découvre le corps inanimé de sa soeur, Brigitte Dewèvre, sur un terrain vague de Bruay-en-Artois. Le juge d'instruction Henri Pascal incarcère aussitôt un notable, le notaire Maurice Leroy, sur la foi de son « intime conviction ». Les organisations gauchistes lui apportent immédiatement leur soutien, voyant dans le crime une manifestation de la lutte des classes !

Le juge sera finalement désavoué et le probable criminel, un ami de la victime, acquitté au bénéfice du doute. Avec cette affaire, la justice et l'ordre public deviennent une pomme de discorde politique et un enjeu idéologique.

L'euphorie de la Libération et des « Trente Glorieuses » touche à sa fin. Entre 1972 et 1985, les vols à main armée ainsi que les cambriolages sont multipliés par quatre ! Le voyou représentatif de ces années-là est Jacques Mesrine, abattu par la police le 2 novembre 1979.

En 1976, le garde des Sceaux (ministre de la justice) Alain Peyrefitte met en chantier des lois répressives, la loi « Sécurité et Liberté » et la « loi anticasseurs », qui suscitent de vives polémiques entre la droite et la gauche. Les menaces d'attentat entraînent la mise en place en 1978 d'un plan de prévention, Vigipirate, toujours en vigueur. 

Entre terrorisme et violences urbaines

Le président François Mitterrand met fin à de longs atermoiements sur la peine de mort et l'abolit enfin, alignant la France sur les autres pays européens. Le nouveau ministre de l'Intérieur Gaston Deferre n'en affiche pas moins sa fermeté face à la délinquance.

Les Français découvrent une nouvelle menace, le terrorisme islamiste palestinien, iranien ou algérien :
- 3 morts dans l'attentat de la synagogue de la rue Copernic (Paris), le 3 octobre 1980,
- 6 morts dans celui du restaurant Goldenberg (rue des Rosiers, Paris), le 9 août 1982,
- Du 4 au 17 septembre 1986, une vague d'attentats fait 11 morts, dont 6 devant le magasin Tati de la rue de Rennes (Paris),
- Une dernière vague a lieu en 1995 dans plusieurs villes : au total 10 morts dont 8 dans le RER B à la station Saint-Michel (Paris), le 25 juillet 1995.

Ces drames n'ébranlent en rien la cohésion nationale, bien au contraire. Il n'en va pas de même des violences urbaines qui affectent les banlieues populaires. Il s'agit de quartiers sociaux habités en bonne partie par des familles immigrées du Maghreb ou d'Afrique subsaharienne.

Les premières émeutes, en 1981-1983, à Vénissieux et Vaulx-en-Velin, dans l'Est lyonnais, prennent de court la classe politique. Elles débouchent sur des promesses gouvernementales (soutien éducatif, zones franches, rénovation urbaine...) mais aussi une grande manifestation de solidarité, la marche des Beurs.

Le répit est de courte durée. L'Est lyonnais entre à nouveau en effervescence en 1990, laissant cette fois le gouvernement désemparé. Quinze ans plus tard, en novembre 2005, sous la présidence de Jacques Chirac, les émeutes se renouvellent dans différentes banlieues, avec une ampleur inconnue à ce jour en France et en Europe.

Ces troubles nourrissent l'inquiétude des citoyens face aux flux migratoires. En France comme dans les pays voisins, d'aucuns doutent de la capacité de la nation à intégrer et assimiler les nouveaux arrivants. Ces derniers, en s'établissant auprès de leurs compatriotes, contribuent à la formation de quartiers communautaires, que l'on n'ose appeler ghettos, et à la fragmentation du territoire.

Le temps des « incivilités »

Au tournant du millénaire, en 1997, un nouveau terme apparaît dans le langage policier : « incivilité ». Il désigne toutes sortes de malveillances (insultes, gestes vifs, dégradation de matériel etc) qui ne conduisent pas obligatoirement à une condamnation pénale et dont chacun s'arrangeait autrefois comme il pouvait. De moins en moins tolérées, elles font désormais l'objet d'un traitement policier.

Dans le même temps, la grande criminalité tend à diminuer, sans pour autant disparaître. Exceptionnelles demeurent les affaires de tueurs en série comme celles qui ont agité les années 1990 (Émile Louis, Marc Dutroux, Guy Georges...).


Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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