Choderlos de Laclos (1741 - 1803)

Un homme des Lumières et de la Révolution

Pierre François Choderlos de Laclos fut un remarquable officier de cavalerie et un acteur important de l'Ancien Régime et de la Révolution française.

Excellent technicien, il invente l'obus (un boulet creux chargé de poudre), une avancée majeure en artillerie. Choderlos de Laclos serait aussi l'inventeur du système de numérotation des rues de Paris. On lui doit également la construction de Fort Boyard, au large de La Rochelle.

Pourtant, c'est un roman écrit pour tuer l'ennui dans les villes de garnison qui a fait sa gloire à 40 ans : Les Liaisons dangereuses. Ce chef-d'oeuvre de la littérature universelle a recueilli un succès immédiat dès sa sortie à 2 000 exemplaires le 23 mars 1782.  Il met en scène l'amoralité cynique de la haute aristocratie de l'époque, libertine et athée, qui revendique pour elle-même le droit à la recherche du plaisir, sans égard pour le reste de l'humanité. Ce « libertinage » ne concerne qu'une très étroite frange de la population.

Les Liaisons dangereuses sont un copieux roman épistolaire  (sous forme de lettres), dont le récit tient dans une succession de lettres que s'adressent les personnages les uns aux autres. Le style en est déroutant, virevoltant, raffiné et parfois ampoulé. L'intrigue et la psychologie des personnages n'en sont pas moins dessinés avec une précision d'horloger. Il y est question de deux libertins de haut vol, le comte de Valmont et la marquise de Merteuil, qui se lancent des défis insensés. Ainsi la marquise, meurtrie par les rebuffades d'un jeune amant, demande au comte de déshonorer la donzelle destinée en mariage à l'indélicat. Elle lui promet par ailleurs ses faveurs à la condition qu'il déshonore également la digne et fidèle épouse d'un magistrat...

La marquise de Merteuil : « Vaincre ou périr »

Dans Les Liaisons dangereuses, les femmes font figure de proies... à moins qu'elles ne soient elles-mêmes prédatrices comme la marquise de Merteuil. Dans une lettre envoyée au vicomte de Valmont, la marquise raconte son parcours d'apprentie libertine :
Les liaisons dangereuses (1989, Stephen Frears, avec John Malkovitch et Glenn Glose)« […] je puis dire que je suis mon ouvrage.
Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j'étais vouée par état au silence et à l'inaction, j'ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu'on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu'on s'empressait de me tenir, je recueillais avec soin ceux qu'on cherchait à me cacher. Cette utile curiosité, en servant à m'instruire, m'apprit encore à dissimuler […].
Ce travail sur moi-même avait fixé mon attention sur l'expression des figures et le caractère des physionomies ; et j'y gagnai ce coup d’œil pénétrant, auquel l'expérience m'a pourtant appris à ne pas me fier entièrement ; mais qui, en tout, m'a rarement trompée.
Je n'avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation, et je ne me trouvais encore qu'aux premiers éléments de la science que je voulais acquérir. [...]
J'étudiai nos mœurs dans les Romans ; nos opinions dans les Philosophes ; je cherchai même dans les Moralistes les plus sévères ce qu'ils exigeaient de nous, et je m'assurai ainsi de ce qu'on pouvait faire, de ce qu'on devait penser et de ce qu'il fallait paraître. [...]
Alors je commençai à déployer sur le grand Théâtre les talents que je m'étais donnés. Mon premier soin fut d'acquérir le renom d'invincible. Pour y parvenir, les hommes qui ne me plaisaient point furent toujours les seuls dont j'eus l'air d'accepter les hommages. Je les employais utilement à me procurer les honneurs de la résistance, tandis que je me livrais sans crainte à l'Amant préféré. […]
Mais de prétendre que je me sois donné tant de soins pour n'en pas retirer de fruits ; qu'après m'être autant élevée au-dessus des autres femmes par mes travaux pénibles, je consente à ramper comme elles dans ma marche, entre l'imprudence et la timidité ; que surtout je pusse redouter un homme au point de ne plus voir mon salut que dans la fuite ? Non, Vicomte ; jamais. Il faut vaincre ou périr »
. (Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782).

Exceptionnellement, nous recommandons à quiconque n'a pas encore lu le livre d'aller voir d'abord le film qui en a été tiré en 1989 par le cinéaste Stephen Frears (à vrai dire, il s'est inspiré d'une adaptation théâtrale). Fidèle à l'intrigue et plus encore à la psychologie des personnages, grâce au jeu remarquable de John Malkovitch et Glenn Glose, ce film facilite grandement l'entrée dans le texte littéraire.

Un homme aux multiples talents

Coqueluche des salons, Choderlos de Laclos devient en 1788 secrétaire des commandements de Philippe d'Orléans. Il exerce alors sur le duc une influence notable.

Quand éclate la Révolution, il se prend de passion pour elle et se manifeste au club des Jacobins. Avec Brissot, il rédige la pétition républicaine du Champ-de-Mars (17 juillet 1791). En septembre 1792, en qualité de commissaire au ministère de la Guerre, il assiste le général Dumouriez dans la préparation de la bataille de Valmy. Sous la Terreur, en 1793, ses relations avec le cousin du roi font de lui un suspect mais il revient en grâce après la chute de Robespierre et Bonaparte le nomme général d'infanterie le 16 janvier 1800. Trouvant en « Bonaparte un Philippe d'Orléans qui réussissait », il fait campagne en Allemagne et en Italie, où il commande l'artillerie et meurt de la malaria en 1803.

Par la diversité de ses talents, Pierre François Choderlos de Laclos n'est pas une exception en son temps. Que l'on songe aussi au chevalier de Saint-Georges, métis aussi bon musicien qu'escrimeur, ou encore à un autre officier d'artillerie, Napoléon Bonaparte lui-même, qui écrivit à Valence Le Souper de Beaucaire...

André Larané
Publié ou mis à jour le : 2020-02-25 17:48:52

 
Seulement
20€/an!

Actualités de l'Histoire
Revue de presse et anniversaires

Histoire & multimédia
vidéos, podcasts, animations

Galerie d'images
un régal pour les yeux

Rétrospectives
2005, 2008, 2011, 2015...

L'Antiquité classique
en 36 cartes animées

Frise des personnages
Une exclusivité Herodote.net