Le Code Noir - Louis XIV réaffirme son autorité sur les colons et leurs esclaves - Herodote.net

Le Code Noir

Louis XIV réaffirme son autorité sur les colons et leurs esclaves

L'esclavage jette une ombre tragique sur la France des Temps modernes et des Lumières (XVIIe, XVIIIe et début du XIXe siècles).

Alors que le royaume avait de longue date rejeté le servage et toute forme de servitude, des aventuriers et des marchands renouent avec ces pratiques dans les colonies d'outre-mer, à l'imitation des Portugais et des Espagnols.

Dès le XVe siècle, ceux-ci ont reproduit dans la péninsule ibérique le modèle oriental des grandes plantations sucrières avec des esclaves africains achetés sur les marchés arabes. La découverte du Nouveau Monde a donné un nouvel élan à cette pratique et les colons européens sont allés dès lors s'approvisionner directement en esclaves dans le golfe de Guinée, auprès des négociants africains.  

Frédéric Régent : esclavage, Code Noir et réparations

Maître de conférences à la Sorbonne (Paris), Frédéric Régent est un spécialiste reconnu du premier empire colonial français, du XVIIe au milieu du XIXe siècle.

Dans la vidéo ci-desssus, il nous raconte avec pédagogie la traite et l'esclavage, les règlements et lois connus sous le nom de Code Noir ainsi que les mouvements abolitionnistes. Il exprime sans faux-semblant son opinion sur l'actuel travail de mémoire et les demandes de réparations.

Colbert et le Code noir

Aux Antilles, au XVIIe siècle, la culture du tabac est progressivement remplacée par celle du sucre, plus exigeante en main-d'œuvre. Le recours à des Européens engagés sous contrat à durée limitée (trois ans) se révélant déficient, on fait de plus en plus appel à des Africains.

Ainsi, l'esclavage réapparaît à grande échelle au-delà des mers sans que les gouvernants européens l'aient sciemment organisé. Mais à la fin du XVIIe siècle, ceux-ci commencent de s'en inquiéter. Ils y voient, plus grave que tout, une menace contre leur autorité. Il ne faudrait pas que le droit colonial échappe à l'emprise des juristes royaux !

À Versailles, à la cour de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert se saisit de la question en sa qualité de secrétaire d'État à la Marine et aux colonies.

Le ministre, comme la plupart de ses concitoyens, réprouve l'esclavage. Celui-ci n'est-il pas prohibé dans le royaume depuis Louis X le Hutin ? Il en va autrement dans les lointaines îles à sucre où l'esclavage s'est mis insidieusement en place au fil des décennies. Le roi Louis XIII n'a pu faire autrement que de l'autoriser comme une étape vers le baptême et l'affranchissement, ce dont les colons n'ont eu cure.    

Colbert, en homme d'État responsable, se doit de choisir la moins pire des solutions. Le statu quo revient à autoriser tous les abus de la part des colons. 

Abolir l'esclavage dans les colonies est inenvisageable, sauf à se mettre à dos la riche bourgeoisie qui vit du commerce triangulaire et surtout provoquer la rébellion des colons, avec le risque qu'ils se vendent aux Anglais (c'est ce qu'ils feront en Martinique en 1794). Au demeurant, personne dans le monde, à la fin du XVIIe siècle, n'imagine d'abolir l'esclavage. Celui-ci sévit encore marginalement dans une partie de l'Europe orientale (Roumanie...) et à grande échelle dans les sociétés africaines et musulmanes.

À défaut de mieux, Colbert envisage donc de codifier cette institution ou plutôt de réunir dans un même opus sanctifié par le sceau royal les règlements qui se multipliés dans les îles de façon désordonnée.

Mort en 1683, Colbert laisse à son fils, le marquis de Seignelay, secrétaire d'État à la marine et aux colonies comme son père, le soin d'achever et mettre en œuvre le projet. C'est lui qui apposera la signature au bas de l'édit (...)


Publié ou mis à jour le : 2018-02-22 00:43:10

 
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