De l'Antiquité à nos jours - Heurs et malheurs de l'abolitionnisme - Herodote.net

De l'Antiquité à nos jours

Heurs et malheurs de l'abolitionnisme

Le mouvement abolitionniste désigne le courant d'idées qui, à la fin du siècle des Lumières et au début du XIXe siècle, a pour la première fois dans l'Histoire de l'humanité contesté le principe même de l'esclavage et conduit à la mise hors la loi de la traite et de l'exploitation des êtres humains en Occident.

Abolir la traite d'abord

Granville Sharp (1735-1813), abolitionniste anglaisLe projet radicalement nouveau qui a nom « abolitionnisme » apparaît seulement à la fin du XVIIIe siècle.

Il naît dans les cercles philanthropiques anglais, à l'initiative de personnalités généreuses comme Granville Sharp. Il se diffuse outre-Atlantique chez les Quakers de Pennsylvanie. Un peu plus tard, en 1777, l'esclavage est pour la première fois au monde mis hors la loi au Vermont, dans les jeunes États-Unis d'Amérique.

Les idées abolitionnistes se diffusent en Angleterre quand John Wesley, l'un des fondateurs de l'Église méthodiste, de retour d'Amérique, publie Thoughts on Slavery (Réflexions sur l'esclavage) en 1774.

Le mouvement abolitionniste s'amplifie avec la fondation en 1787 à Londres de la « Société pour l'abolition de la traite » (« Society for the abolition of the Slave Trade ») par une douzaine de militants chrétiens.

Le 12 mai 1789, au Parlement de Westminster, William Wilberforce, un jeune député fraîchement converti à une église évangélique, prononce un premier et virulent discours en faveur de l'abolition de la traite, c'est-à-dire la déportation des Africains en Amérique ou dans les îles tropicales, où ils doivent travailler sur les plantations de coton ou de canne à sucre.

Les Danois devancent les Français et Anglais

Henri Grégoire (1750-1831), abolitionniste françaisL'initiative anglaise trouve un écho outre-Manche avec la création en 1788 de la «Société des Amis des Noirs » par l'abbé Henri Grégoire, le journaliste Jean-Pierre Brissot et quelques autres personnalités remarquables comme les marquis de Condorcet, de Mirabeau ou de La Fayette. Moins réalistes que les Anglais, les Français ne craignent pas de réclamer d'emblée la prohibition de l'esclavage.

Lors de la célèbre Nuit du 4-Août, qui voit l'abolition des privilèges féodaux, le duc François de la Rochefoucaud-Liancourt propose en vain « l'abolition de l'esclavage des Nègres » dans les colonies. Cet aristocrate éclairé est un adepte du progrès technique et de la philosophie des « Lumières ».

Les premiers à agir sont en définitive les Danois. Sous l'influence des idées philosophiques, le ministre des finances de ce petit royaume, Ernst Schimmelmann, convainc ses concitoyens de prohiber la traite atlantique en 1792.

Un délai de dix ans est accordée aux négriers pour s'adapter, ce qui entraîne une accélération du trafic jusqu'en 1803, l'année précédant l'entrée en application de l'interdiction.

L'Angleterre interdit à son tour la traite trois ans plus tard, en 1807. Les États-Unis imitent l'Angleterre l'année suivante. L'interdiction est enfin avalisée au niveau international par le congrès de Vienne en 1815.

Abolir l'esclavage enfin

Sitôt la traite interdite par le Parlement de Westminster, William Wilberforce s'engage avec vigueur dans le combat pour l'abolition de l'esclavage. En 1823, il participe à la fondation de la « Société anti-esclavagiste » (« Anti-Slavery Society »). Atteint par l'âge, il transmet le flambeau à Thomas Fowell Buxton. Le 26 juillet 1833, celui-ci soumet au vote de la Chambre des Communes une loi d'émancipation qui abolit l'esclavage dans toutes les colonies britanniques en prévoyant de confortables indemnités pour les planteurs.

La France, à son tour, en 1848, quinze ans après les Anglais abolit l'esclavage (abstraction faite de l'abolition sans lendemain de 1794). Les États-Unis s'y rangent à leur tour en 1865 avec un XIIIe amendement à leur Constitution. Le dernier pays chrétien à abolir l'esclavage est l'Empire du Brésil, en 1888. Cette mesure d'humanité vaut à l'empereur d'être déposé l'année suivante par la bourgeoisie de son pays !...

En dépit de tout cela, rappelons que l'esclavage et la traite perdurent et même reprennent force en ce XXIe siècle dans différentes parties du monde, sous des formes mutantes...

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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