Sarah Bernhardt (1844 - 1923) - La « Divine » indomptable - Herodote.net

Sarah Bernhardt (1844 - 1923)

La « Divine » indomptable

W et D. Downey, Sarah Bernhardt, 1902, Paris, BnfOn a tout dit sur Sarah Bernhardt : qu'elle a fait le tour du monde dans le costume de Phèdre, qu'elle dormait dans un cercueil, qu'elle collectionnait les fauves et les amants...

Eh bien, tout cela est vrai ! Enfin presque...

Mais dans son cas, la légende qu'elle s'est construite n'est pas très loin de la réalité.

Allons à la rencontre d'une grande dame devenue célèbre dans le monde entier grâce à son talent immense mais aussi son sens de l'image et son insatiable soif de vivre.

Georges Clairin, Sarah Bernhardt, 1876, Paris, musée du Petit Palais

Un premier succès : la miraculée

La future « Grande Sarah » est née Rosine-Sarah Bernard le 23 octobre 1844 rue de l'École-de-Médecine à Paris. Ou était-ce le 25 septembre, rue de la Michodière ? Ou boulevard Saint-Honoré, le 22 octobre ? Qu'importe ! La destruction de son acte de naissance dans l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris en 1871, avec tous les registres d'état civil, ne permet pas de lever le mystère.

Anonyme, Sarah Bernhardt nue, coll. Lipnitzki-ViolletOn ne saura certainement jamais non plus qui était son père, « parti en voyage en Chine » après avoir séduit sa mère, Judith.

Cette toute jeune fille d'origine juive hollandaise s'est installée avec sa sœur dans la capitale où elles deviennent « modistes », c'est-à-dire courtisanes.

Elles rencontrent d'ailleurs un assez beau succès auprès des hommes, ouvrent salon et commencent à voyager, délaissant leurs enfants respectifs.

Mise en nourrice en Bretagne, Sarah ne reçoit aucune éducation avant de retrouver sa famille, un peu par hasard : ayant suivi sa « nounou » qui a déménagé à Paris, elle croise un beau jour sa tante qu'elle n'arrive pas à convaincre de l'emmener avec elle.

Refusant d'être abandonnée de nouveau, la petite se jette par la fenêtre ! Elle parvient ainsi à ses fins au prix d'un bras et une rotule brisés. Un succès chèrement payé, qui témoigne de cette incroyable force de caractère qui accompagnera Sarah toute sa vie.

Un dilemme : nonne ou artiste ?

Après une longue convalescence, la voici envoyée en pension à Auteuil pour essayer d'y acquérir un soupçon de culture. Elle y découvre le théâtre mais y renouvelle aussi ses excentricités en se jetant dans un bassin, le jour où sa tante vient la chercher. De nouveau, les médecins viennent à son chevet et, de nouveau, ils ne lui donnent que peu d'années à vivre.

Sarah Bernhardt et son fils Maurice, alors âgé de 15 ans, en 1879Elle se remet pourtant, pour mieux aller terroriser les sœurs de Notre-Dame-de-Sion à Versailles où elle reste pensionnaire pendant 6 ans.

Elle y est baptisée et y joue avec beaucoup d'enthousiasme le rôle de l'ange Gabriel pour une pièce écrite en l'honneur de l'archevêque.

Enfin assagie, elle songe même à entrer dans les ordres mais de nouveau, elle adopte un comportement suicidaire pour provoquer l'autorité des soeurs.

Restée toute une nuit dans un arbre du parc, elle y attrape une pleurésie qui la renvoie dans ses foyers. Il est temps de prendre une décision : le conseil de famille, après réunion, décide d'en faire une artiste.

Un public : les pigeons

Le verdict peu paraître étrange, tant Sarah n'a pas du tout le physique de l'emploi.

Manuel Luque, Caricature de Sarah Bernhardt, Paris, Bnf

Extrêmement maigre et dotée d'une chevelure sauvage qui lui a déjà valu le surnom de « la Négresse blonde », elle ressemblerait plutôt à « une éponge sur un manche à balai » (Alexandre Dumas) !

Mais le duc de Morny, demi-frère de l'empereur Napoléon III et protecteur de la famille, a compris qu'il pouvait ainsi offrir à la jeune frondeuse des opportunités de rencontres et de carrière. Elle entre donc au Conservatoire grâce à une lecture inspirée des Deux pigeons de La Fontaine. Drôles de débuts pour une comédienne...

Là-dessus, elle intègre rapidement la Comédie-Française, avant de la quitter tout aussi rapidement pour avoir giflé une sociétaire. C'est l'occasion d'aller prendre un peu l'air du côté de la Belgique ! L'expérience n'est pas concluante : elle en revient quelques mois plus tard, enceinte du prince Henri Joseph de Ligne (excusez du peu !), et est aussitôt être mise à la porte par sa mère.

Après la naissance de Maurice, « l'homme de sa vie », qui deviendra un auteur de théâtre, elle tâte de la carrière de courtisane. Et avec quel succès ! En bonne comédienne, elle se forge une image de femme fatale, manipulant à loisir les hommes qui forment sa « ménagerie ».

Georges Clairin, Sarah Bernhardt, 1871

Un répertoire : frivolités, drames et conflits

En 1865, à vingt ans, celle qui a définitivement adopté l'orthographe « Bernhardt » pour son nom est enfin recommandée au directeur du théâtre de l'Odéon, avec ordre de « se montrer plus docile ». C'est efficace : elle s'installe pour sept ans dans les meubles, y peaufinant sa connaissance du répertoire classique.

Elle côtoie George Sand et Alexandre Dumas, qui lui confie le premier rôle féminin de Kean (1868), tandis que Nadar d'elle tire son plus célèbre portrait.

Tous admirent son timbre étonnant et un art de la pose unique. Elle sait surtout vivre totalement ses rôles : « [E]lle a trouvé des cris qui nous ont remué jusqu'à l'âme parce qu'ils partaient du fond et du tréfonds de la sienne » (Auguste Vitu). Ainsi n'était-elle jamais aussi spectaculaire que dans les scènes d'agonie ! (...)


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L'auteur : Isabelle Grégor

Isabelle Grégor

Isabelle Grégor a obtenu un doctorat de Lettres modernes avec une thèse consacrée au récit de voyage de Bougainville. Cette thèse a donné lieu à des publications, par exemple dans la Revue d'Histoire maritime, et à des conférences dans des colloques scientifiques.

Notre collaboratrice a également passé avec succès le concours de CAPES en 2008 et enseigne les lettres dans un lycée de Poitou-Charentes.

Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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