Citations et Mots d'Histoire

Le temps des Révolutions

Voltaire    (1694 - 1778)

« Mon nom, je le commence, et vous finissez le vôtre ! »

De son vrai nom François Marie Arouet, Voltaire est le philosophe et l'écrivain le plus célèbre de l'époque de Louis XV. Fils de notaire, le futur philosophe effectue d'excellentes études classiques au collège de Clermont (aujourd'hui le lycée Louis-le-Grand), à Paris. Mais il abandonne ses études de droit pour le libertinage et l'écriture, mettant à profit son style littéraire et son insurpassable talent dans le persiflage. Une épigramme moquant les prétendues amours incestueuses du Régent lui vaut un premier séjour à la Bastille en 1717. En sortant, il adopte pour pseudonyme une anagramme approximative de son nom sous lequel il accèdera à l'immortalité. En 1726, au chevalier de Rohan-Chabot qui se moque de ce nouveau nom, Voltaire répond par les termes ci-dessus, ce qui lui vaut une bastonnade et un deuxième séjour à la Bastille...


« Écrasez l'Infâme ! »

Ce leitmotiv revient sans cesse sous la plume de Voltaire, l'Infâme désignant la « superstition » catholique. Parfois, dans ses lettres, le philosophe se contente d'écrire : « Ecr. l'Inf. » Frédéric II et Voltaire à Sans-Souci (G. Schöbel, musée de Berlin)Dans une lettre à son amie Madame du Beffand, Voltaire se présente lui-même comme un «grand démolisseur». C'est un ennemi de la religion catholique et un pourfendeur de l'intolérance lorsque celle-ci est le fait de l'Église. Mais c'est aussi l'ami des despotes et du premier d'entre eux, Frédéric II, roi de Prusse. Ce dernier l'attire en 1750 dans sa résidence d'été de Sans-Souci, près de Berlin, pour se donner une image de « despote éclairé » (despote, certainement, éclairé, cela se discute !). Il se sert de l'écrivain pour faire passer auprès de l'opinion publique française sa politique d'agression. Frédéric II dira en substance de ses relations avec Voltaire : « J'ai pressé le citron et jeté l'écorce ».

Fâché avec Frédéric II et n'osant pas rentrer à Paris, Voltaire s'installe en 1755 aux Délices, une propriété proche de Genève, puis en 1760 dans le village voisin de Ferney, à deux pas de la frontière. C'est là qu'il reçoit la veuve de Jean Calas, un protestant condamné à mort et exécuté à Toulouse. Discernant dans l'affaire une grave injustice liée au fanatisme religieux, il va se mobiliser et entraîner toutes ses relations pour obtenir la réhabilitation du condamné.


« Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les albinos, les Hottentots, les Lapons, les Chinois, les Amériques ne soient des races entièrement différentes »

Cette citation trop peu connue est tirée de l'Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, publié par Voltaire en 1756. C'est qu'il arrive à Voltaire et à ses amis de développer des théories vaguement racistes sur la base du « bon sens » et au nom d'une prétendue raison.

En croyant constater l'existence de « races entièrement différentes », ces philosophes prennent le contrepied du christianisme qui, depuis saint Paul, n'a de cesse de proclamer l'unité de la condition humaine. Ils rompent avec leurs prédécesseurs, généralement indifférents au concept de race. Ils annoncent aussi les théories scientistes du XIXe siècle qui, libérées du poids de la religion, assimilent les hommes à une espèce parmi d'autres.


« Je suis comme le public : j'aime mieux la paix que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec »
Source : lettre au Premier ministre, le duc Étienne de Choiseul

Voltaire salue par ces termes quelque peu méprisants et mal avisés le sacrifice de la Nouvelle-France à l'occasion du traité de Paris en 1763. 


« Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants »

Cette phrase tirée d'une lettre du 1er avril 1766 témoigne du mépris du libertin Voltaire pour les humbles. De même écrit-il en mars 1766 : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit ». Dans une autre lettre, en 1769, il estime que lui sufisent « un joug, un aiguillon et du foin ». Auteur dramatique à succès, essayiste, romancier, pamphlétaire, historien (Le Siècle de Louis XIV, Histoire de Charles XII), Voltaire n'en reste pas moins très populaire auprès des élites et même du peuple. De Ferney, il revient mourir à Paris où il a encore la satisfaction de voir couronner son propre buste sur la scène du Théâtre Français.


« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it » (en anglais)
« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer » (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)

Cette célèbre formule, devenue en France le paradigme de la liberté d'expression, a été inventée par un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.

Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, le héros de l'affaire Calas, l'auteure a voulu exprimer l'idée qu'elle se faisait de lui.

Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, le Poutine de son temps, pratiquait une tolérance très sélective. Il s'est réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s'est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron.

De ce point de vue, les milieux intellectuels n'ont guère évolué depuis Voltaire : ceux qui réclament (avec raison) le droit de critiquer sans entrave le fait religieux sont aussi (à tort) parmi les premiers à mettre des bornes à la liberté de penser l'Histoire (génocides, esclavage, colonisation,...).


« L'autre jour, au fond d'un vallon,
Un serpent piqua Jean Fréron ;
Que pensez-vous qu'il arriva ?
Ce fut le serpent qui creva. »

Élu à l'Académie française avec l'appui de la marquise de Pompadour, reçu à Versailles et nommé historiographe du roi Louis XV, Voltaire devient l'homme le plus en vue d'Europe. On le surnomme le « roi Voltaire ». Dans ses combats contre les institutions françaises et la religion établie, il se heurte au parti dévot et à Jean Élie Fréron (1718-1776). Ce contradicteur, journaliste et écrivain, affiche des opinions modérées et au demeurant bien étayées, ce qui lui vaut la haine des «philosophes». À défaut de le contester, Voltaire choisit de le persifler, à preuve le quatrain ci-dessus, librement inspiré d'une épigramme de Démodocus, obscur poète satirique grec du Ve siècle av. J.-C. : Un Cappadocien, par un orvet rampant Fut mordu, mais son sang fit périr le serpent. Le bon d'Alembert, maître d'oeuvre de l'Encyclopédie, va plus loin. Il obtient du roi Louis XV la suspension de sa revue L'Année littéraire. Fréron, l'apprenant, a une attaque cardiaque qui le met hors d'état de poursuivre ses activités.

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