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Une histoire personnelle de la Ve République


Alain Duhamel (Plon, 320 pages,  2014)

Une histoire personnelle de la Ve République

Les livres d’Alain Duhamel sont comme ses articles et ses éditoriaux dans la presse et à la radio : vite lus et aussi vite oubliés, sensibles à l’air du temps quoique pénétrés d’une expérience politique cinquantenaire et d’une certaine distance aux événements et aux êtres qui lui évitent bien des bourdes, dont ses confrères commentateurs moins cultivés sont coutumiers.

Son Histoire personnelle de la Ve République n’échappe pas à la règle : comme l’indique le titre, il ne s’agit pas d’une histoire construite et structurée de la République fondée par le général de Gaulle, mais d’une suite de saynètes révélatrices mettant en scène l’auteur et les principaux acteurs de cette période. Le sous-titre « de l’Institut » après son nom rappelle qu’Alain Duhamel, devenu membre de l’Académie des sciences morales et politiques, est à lui seul une institution du paysage politico-journalistique française.

L'auteur était trop jeune pour avoir fréquenté le Général qu’il ne connaît que par ouï-dire, mais a écrit un livre d’entretiens avec François Mitterrand, littérateur plus qu’attentif à la qualité de sa phrase écrite, et un autre avec Michel Debré, esprit très structuré dont la personne privée valait mieux que le personnage public vociférant qu’ont connu les Français et dont de Gaulle disait qu’il « avait le tracassin ».

Alain Duhamel a été aussi l’initiateur avec d’autres journalistes d’émissions politiques qui ont créé le genre et fait l’événement en France, depuis « À armes égales » jusqu’à « L’Heure de vérité », qui lui ont permis de côtoyer les dirigeants politiques de premier plan. Il ne cache rien de la fascination que le brio intellectuel de Giscard exerçait sur lui et les autres journalistes jusqu’à son élection à l’Élysée en 1974, bientôt suivie d’un rejet lié aux développements de la crise économique et à la guérilla politique interne menée par le Premier ministre démissionnaire Jacques Chirac.

Il rappelle au lecteur ce que fut le sérieux imperturbable de son successeur à Matignon Raymond Barre, collègue professeur d’Alain Duhamel à Sciences Po, qui dut subir les assauts empreints de mauvaise foi de son prédécesseur. Il éprouve la même admiration que bien des Français pour la personnalité chatoyante et contrastée de François Mitterrand, qui passait visiter la famille Duhamel dans sa maison des Cévennes pendant les vacances, au grand dam du ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski qui cherchait à connaître la teneur des propos échangés.

Alain Duhamel estime à juste titre que la rigueur du printemps 1983 fut le tournant de la Ve République, qui permit au Front National de décoller dès l’automne 1983 à l’élection municipale partielle de Dreux. Elle est due à Pierre Mauroy, Premier ministre valant beaucoup mieux que sa piètre réputation, et à son ministre des Finances Jacques Delors.

Celui-ci ne se décidera jamais à sauter le pas d’une candidature à la présidentielle de 1995, laissant la voie libre à Jacques Chirac, mieux fait pour la conquête du pouvoir que pour son exercice, qui ira de déconvenue politique avec la dissolution ratée de 1997 en inconséquence économique avec le refus de prendre de vigoureuses mesures de redressement comme celles du chancelier Schröder en 2003, après que la France et l’Allemagne ont franchi de conserve la borne de 3% imposée aux déficits publics (3%).

Alain Duhamel ne cache pas le peu d’estime que lui inspire Dominique de Villepin, condottiere combinard égaré en politique alors qu’il aurait dû rester dans les coulisses. Il s’émerveille en comparaison du culot du ministre de l’Intérieur de l’époque Nicolas Sarkozy, qui réussira à fasciner les journalistes jusqu’à son élection en 2007 puis subira auprès d’eux le même rejet que Giscard, pour des raisons analogues liées à sa personnalité et à la résurgence de la crise économique. Lui-même tombera dans le panneau en assimilant le fougueux président à Bonaparte dans un essai dithyrambique, La marche consulaire.

Il nous livre enfin, à la date de parution de son livre en septembre 2014, un jugement sur l’actuel président de la République François Hollande que certains Français commencent à partager après les attentats de janvier 2015 : s’imaginer que la même personne puisse savoir décider fermement en politique étrangère avec les interventions militaires extérieures et s’avérer incapable de le faire en politique intérieure est un non-sens, démenti par la simple observation de la persévérance mise par le personnage à construire sa carrière politique sur une durée de 35 ans. L’explication de cette apparente dichotomie réside dans son hésitation des deux premières années sur la politique économique à suivre, désormais tranchée avec l’engagement clair et irréversible dans une politique de l’offre symbolisée par le pacte de responsabilité.

Au total, ces chapitres ne déroulent pas une histoire complète de La Ve République comme celle de Philippe Valode, mais composent plutôt un tableau d’ensemble par une suite de touches impressionnistes tout en évitant l’écueil des erreurs à répétition. Bien loin du florilège de coquilles du livre de Valode, celui d’Alain Duhamel n’en comporte que deux : d’une part une remarque au milieu de la page 180 sur « les deux années que Jean-Pierre Raffarin passera à l’hôtel de Matignon », alors qu’il s’agit de trois années entre les printemps 2002 et 2005 même si la 3e fut un calvaire.

D’autre part et de façon plus grave, car cette erreur revient souvent chez d’autres commentateurs, l’affirmation en haut de la page 250 que François Hollande après les élections présidentielles et législatives de 2012 « rassemblait tous les pouvoirs, situation sans précédent sous la Ve République. Il était à la fois majoritaire à l’Assemblée Nationale, au Sénat, dans les régions, les départements, les grandes villes » : c’est doublement faux, d’abord parce que la gauche n’était alors majoritaire ni au Conseil Constitutionnel ni au Sénat (qui était sans majorité de soutien gouvernemental à cause d’un groupe charnière mélencho-communiste, opposé aussi bien à Sarkozy en 2011 pour élire le socialiste Jean-Pierre Bel à la présidence qu’à Hollande dès la nomination du gouvernement Ayrault), ensuite et surtout parce que Jacques Chirac avait connu la même situation hégémonique à son élection en 1995 puis après sa réélection en 2002, dates auxquelles la droite disposait de tous les pouvoirs nationaux y compris la majorité du Conseil Constitutionnel, même si la répartition des pouvoirs locaux était plus mélangée.

Michel Psellos


Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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