Nicolas Sarkozy - Les essayistes pour et contre le Président - Herodote.net

Nicolas Sarkozy

Les essayistes pour et contre le Président

Les trois premières années de la présidence Sarkozy ont suscité en France abondance d'essais politiques sur la personnalité et l'action du président.

Le flot s'est tari, parce que tout semble avoir été dit sur ce leader atypique et surtout parce que la crise, les échecs et les épreuves ont érodé sa singularité. L'heure est propice pour un bilan.

En manière de bilan, Thomas Legrand nous offre un opuscule au titre corrosif : Ce n'est rien qu'un président qui nous fait perdre du temps (Stock, janvier 2010, 160 pages, 12 euros).

Le titre résume le contenu : pour le chroniqueur politique de la matinale de France Inter, Nicolas Sarkozy, en dépit de son omniprésence médiatique et de ses plaidoyers pro domo, est dans la continuité de ses prédécesseurs : un dirigeant enfermé dans son « Château », entouré d'une pompe d'un autre âge, et qui peine à présenter des réformes d'envergure à son actif. En bref, « le dernier président du XXe siècle », qui « occupe la scène par une agitation permanente et bien souvent stérile, sans la rupture annoncée ni la modernité promise » et pour lequel le « dire » remplace le « faire ».

On se sera aperçu que Thomas Legrand ne compte pas parmi les laudateurs du Président et l'on peut soupçonner chez lui un léger strabisme gauche.

Imprécations à droite

Élu sur un programme de droite, avec des formules fleurant bon l'énergie et la sueur : « Tout devient possible », « Travailler plus pour gagner plus », « Nettoyer [les banlieues] au kärcher »... Nicolas Sarkozy aurait dû recevoir la bénédiction des polémistes de droite et se faire honnir des intellectuels de gauche (à gauche, les intellectuels ; à droite les polémistes !). La surprise est de taille si l'on se penche sur les essais les plus remarqués.

C'est au cœur de la droite, dans le camp du Figaro, que l'on rencontre les opposants les plus radicaux à Nicolas Sarkozy. Faut-il s'en étonner ? Tel un adolescent qui casse son jouet, l'hôte de l'Élysée a entrepris d'abattre les piliers qui soutiennent la société française : solidarité, laïcité, séparation des pouvoirs, indépendance nationale, culture classique... Cette entreprise révulse les sympathisants de la droite traditionnelle et de la mouvance démocrate-chrétienne qui voient dans ces piliers la garantie d'une marche harmonieuse vers le progrès.

Dans Sarkozy, ses balivernes et ses fanfaronnades (Fayard, 2009), Thierry Desjardins, ancien rédacteur en chef du quotidien et polémiste virulent, s'en prend avec une violence inouïe à son amateurisme en matière étrangère : « Votre présidence de l'Union européenne a été catastrophique : l'Union pour la Méditerranée a été un fiasco, les Russes ont définitivement annexé les provinces géorgiennes d'Ossétie du sud et d'Abkhazie, nous sommes fâchés avec Pékin, et l'Europe n'a jamais été aussi divisée qu'aujourd'hui ».

Sébastien Lapaque, « plume » du Figaro littéraire s'en prend plus particulièrement à l'indigence culturelle du quinquennat dans un essai amer et sensible : Il faut qu'il parte (Stock, 2008).

Réagissant aux moqueries présidentielles relatives à la Princesse de Clèves et à la littérature classique, il dénonce le rapprochement entre néolibéraux de droite et libertaires de gauche, tel qu'on l'observe avec l'engagement aux côtés de Nicolas Sarkozy de Jack Lang, Bernard Kouchner ou encore Jacques Attali.

Les uns et les autres, pour des raisons différentes, plaident pour une immigration massive de travailleurs corvéables à merci et hâtent autant que faire se peut la ruine de la culture nationale. «  Moi ça me fout des giclées d'acide dans l'estomac. Parce que la petite Nedjma, elle a lu la Princesse de Clèves. Il y a une chose que les brutes incultes qui prétendent l'expulser de ce pays n'ont pas comprise. Cette gamine qui connaît des vers d'Apollinaire, qui sait que la Loire prend sa source au mont Gerbier-de-Jonc et qui aimerait devenir institutrice habite la France mieux qu'eux  », écrit l'essayiste à propos de la politique sécuritaire affichée par le gouvernement.

Comme Sébastien Lapaque, Alain-Gérard Slama, professeur à Sciences-Po et chroniqueur du quotidien, a la coquetterie de ne pas citer une seule fois le nom du président dans son essai : La société d'indifférence (Plon, 2009). Celui-ci élève le débat au niveau de la réflexion philosophique sur le devenir de la société française. Dans le prolongement des prophéties de Tocqueville, il voit dans les choix politiques actuels la menace d'une atomisation du corps social, avec au final la perte d'autonomie des individus, la ruine des institution représentatives et l'avènement d'une tyrannie « douce ».

Citons aussi pour mémoire l'essai de François Léotard, ancien ministre : Ca va mal finir (Grasset, 2008). Du côté des économistes, la charge est tout aussi virulente. Pierre Cahuc et André Zylberberg, qui n'ont rien de dangereux gauchistes, publient un essai bien argumenté : Les réformes ratées du président Sarkozy (Flammarion 2009).

Indulgence à gauche

À gauche, en particulier dans la mouvance anarcho-libertaire, on se montre beaucoup plus indulgent à l'égard de Nicolas Sarkozy. Ainsi Laurent Joffrin, directeur de Libération, admet dans un essai qui se veut corrosif (Le Roi est nu, Robert Laffont, 2008) que la plupart de ses réformes pourraient être acceptées par la gauche, ou au moins par lui-même, si elles n'étaient entachées par le comportement « bling-bling » de leur promoteur ! On a connu pire critique... Le même a consacré sept pages de son quotidien à Carla Bruni, l'épouse top-model du président, et à la promotion de son album. Jean Daniel et Daniel Olivennes, patrons du Nouvel Obs, l'hebdomadaire de la gauche cultivée, manifestent également une grande compréhension à l'égard du Président, auquel ils reconnaissent des qualités.

Alain Duhamel, chroniqueur de Libération, a publié un essai, La marche consulaire, dans lequel il établit un parallèle flatteur entre l'actuel président et, excusez du peu, le Premier Consul Napoléon Bonaparte ! Venant d'un vieux routier de la politique, cette comparaison peut surprendre. Il est vrai qu'Alain Duhamel, s'il disserte comme personne sur le microcosme parisien, pèche par sa méconnaissance du peuple français et de son rapport à l'Histoire. Ainsi s'est-il totalement mépris dans ses analyses lors du référendum sur le traité européen (29 mai 2005).

Dans La marche consulaire, il ne s'attarde pas sur l'action du président de la République, ses résultats et son premier bilan. Il se contente de dresser un portrait du personnage comme il le voit ou voudrait qu'il soit. « Il est catholique », dit-il comme une vérité d'évidence mais à quoi le voit-il ? Au fait qu'il l'ait dit ou écrit au hasard de ses adresses à la communauté des croyants ? Au fait qu'il se signe ostensiblement lors de cérémonies religieuses officielles ? Les mœurs, la pensée et l'action de Nicolas Sarkozy ne permettent que de lui prêter une foi catholique de façade (« une messe n'a jamais fait de mal à personne », disait Pétain). Le reste de l'essai à l'avenant : assertions sans fondements.

Cela dit, à l'exception de ces essayistes, la gauche conventionnelle ne ménage pas ses attaques contre le pouvoir. Elle reproche en particulier au président Sarkozy une politique, strictement orientée dans l'intérêt des privilégiés. Aucune de ses mesures n'induit en effet de contraintes ou de charges supplémentaires sur les catégories les plus aisées de la population et les très grandes entreprises ; a contrario, aucune ne se donne pour objectif le mieux-être des classes populaires : celles-là sont simplement appelées à des efforts encore et toujours (taxes, réductions d'allocations...).

De la même façon, le président accorde toute son attention aux personnes âgées et inactives (retraite, dépendance, sécurité...) et toute sa vindicte aux jeunes (abaissement de l'âge de la responsabilité pénale, traque des téléchargements sur le web, restrictions des aides au logement...). Il faut dire qu'il est le premier président de la République qui ne doit son élection qu'au vote massif en sa faveur des retraités et personnes âgées, lesquelles sont plus sensibles que quiconque à ses discours alarmistes et à sa nostalgie d'avant Mai-68.

Joseph Savès
Publié ou mis à jour le : 2018-11-27 10:50:14

 
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