La Ve République - Une Histoire - Herodote.net

La Ve République

Une Histoire

Philippe Valode (L'Archipel, 765 pages, 29,95 euros,  2014)

La Ve République

L’Histoire de la Ve République par Philippe Valode est une somme de plus de 700 pages et 1,5 kg qui réussit à être fort pertinente dans la synthèse et le jugement d’ensemble, tout en étant truffée d’erreurs dans les détails et les appréciations particulières.

Telle est la rançon d’une production boulimique de « plus de soixante livres et albums » dont beaucoup tournent autour du même thème (Les 24 présidents de la République, Les Premières dames de la Ve, Les ministres etc).

La présentation générale des tenants et aboutissants du retour du général de Gaulle au pouvoir en tant que dernier président du Conseil de la IVe République, de sa hâte à changer les institutions afin de renforcer le pouvoir exécutif tout en commençant à traiter par la politique le conflit algérien qui fut la cause de son retour, est à la fois classique et bien menée.

On s’étonnera seulement de l’insistance de l’auteur à ne nous faire grâce d’aucun détail du déroulement de la guerre d’Algérie jusqu’à sa conclusion en 1962, mais cela fait partie de sa passion pour la chose militaire qui transparaît dans la liste de ses autres ouvrages. Accorder à la guerre d’Algérie une place prééminente dans les débuts de la Ve République n’est pas aberrant en soi, mais l’on comprend vite que cela participe du regret par l’auteur de la réduction du budget des armées et l’affaiblissement corrélatif du complexe militaro-industriel français depuis les années Chirac.

Philippe Valode poursuit par une présentation rondement menée des mandats des présidents successifs de la Ve République, classés de façon judicieuse en trois séries : les « fondateurs » axés sur la réforme des institutions et le souci de la puissance économique (de Gaulle et Pompidou), les « disciples » orientés vers les réformes de société et la construction européenne (Giscard et Mitterrand), puis les « immatures » oscillant de l’absence à l’excès de réformes (Chirac, Sarkozy et Hollande).

Sans revenir ici sur la totalité des périodes de la Cinquième République qui justifient ces appréciations d’ensemble et font la trame du livre, on se bornera à approuver ce classement en rappelant que le décrochage entre la France et l’Allemagne date des années 2003-2004, lorsqu’elles dépassèrent ensemble le seuil de 3% de déficit annuel au sens de Maastricht. L’Allemagne de Schröder prit alors le taureau par les crnes pour réaliser les réformes structurelles indispensables à son redressement, tandis que la France de Chirac se bornait à des économies annuelles sans grande portée générale qui donnent à la population une impression de rigueur permanente pour un résultat incertain.

Attention : coquilles !

Dans le détail de l’ouvrage, permettons-nous de relever quelques imprécisions. À propos des critères de Maastricht, l’auteur qui n’a pas compris que la limite de 60% concerne l’endettement « du secteur public » (c’est-à-dire l’État, la Sécurité Sociale et leurs émanations) s’obstine à parler à vingt reprises de l’endettement « extérieur », concept tout différent qui concerne aussi le secteur privé et dont l’estimation annuelle découlant de celle des mouvements financiers internationaux est malaisée.

L’auteur ignore aussi qu’entre la première récession de la Ve République, qui intervint en 1974-1975 sous le premier gouvernement Chirac à cause du choc pétrolier, et la troisième récession qui intervint en 2008-2009 sous le gouvernement Fillon à cause de la crise américaine des subprimes, s’intercale une deuxième récession en 1992-1993 sous le gouvernement Bérégovoy causée par la conjonction de deux effets récessifs : la réunification allemande et la petite crise économique américaine qui provoqua la non-réélection du président Bush senior en 1992. Même s’il ne s’agit pas d’un livre d’histoire économique, cette carence d’analyse est suffisamment importante pour frapper d’insuffisance l’appréciation politique portée sur l’échec cinglant de la gauche aux élections législatives de 1993.

Le domaine de prédilection de l’auteur est en effet l’analyse politique : à côté d’un jugement d’ensemble très équilibré sur les présidences successives, relevons là aussi des erreurs qui auraient pu être éliminée par une relecture soignée.

Notons cette perle en bas de la page 417, à propos de la non-dissolution de l’Assemblée Nationale en mai 1995 : « À peine élu président de la République, Jacques Chirac doit décider s’il dissout ou non l’Assemblée Nationale. Tous ses prédécesseurs l’ont fait. Certes, il a promis de maintenir les députés durant la campagne électorale… Négligeant la règle immuable qui veut que l’opinion accorde une majorité au nouveau président pour qu’il applique son programme, il renonce à dissoudre ». Il aurait suffi à l’auteur de lire les 300 premières pages de son propre ouvrage pour apprendre que ni de Gaulle, ni Pompidou, ni Giscard n’ont dissous dans la foulée de leur élection une Assemblée où ils disposaient déjà d’une majorité, même si celle de Giscard ne lui était guère dévouée ; le premier président à l’avoir fait est Mitterrand, pour la bonne raison que la majorité parlementaire qu’il avait trouvée à son élection à l’Elysée en 1981 puis 1988 était de droite.

On passera sur les notices biographiques imprécises, comme celle d’Alain Peyrefitte, simplement qualifié d’énarque, alors que c’est son double statut de normalien-énarque, comme Alain Juppé ou Laurent Fabius, qui l’avait fait distinguer par le général de Gaulle, ou sur les fautes d’orthographe à répétition comme « Edgar » à la place d’ « Edgard » Pisani (l’absence du « d » final étant une particularité d’Edgar Faure, qui en a tiré le pseudonyme d’ « Edgar Sanday » utilisé pour ses romans policiers).

On regrettera en revanche que l’auteur n’ait pas trouvé sur 700 pages la place de s’intéresser de plus près aux scores des candidats aux présidentielles et leurs évolutions entre les deux tours, à côté de ses remarques sur les évolutions en nombres de voix : il aurait alors constaté que rien ne sert d’arriver en tête au premier tour si l’on ne dispose d’aucune réserve de voix pour l’emporter au second tour, remarque qui pourrait s’avérer utile en 2017.

Tel fut le cas du candidat unique de la gauche Mitterrand qui arriva en tête avec 43,2% au premier tour de 1974 et dépassa ainsi de plus de 10 points Giscard, qui était deuxième avec 32,6% mais remporta le second tour avec 50,8% grâce au bon report des voix des autres ministres ou anciens ministres de droite candidats au premier tour (Chaban-Delmas avec 15,1% et Royer avec 3,2%). En revanche, le mauvais report des voix de Chirac en 1981 fut fatal à Giscard, bien qu’il ait viré en tête au premier tour avec 28,3% des voix face à Mitterrand qui n’était plus candidat unique de la gauche et n’obtenait que 25,8%, pour l’emporter au second tour avec 51,8%.

Rien ne sert d’être en tête au premier tour comme le fut aussi Jospin en 1995, l’important est d’arriver dans les deux premiers et d’avoir des réserves suffisantes pour l’emporter grâce aux reports de voix du second tour, ce qui exige des alliances de désistement même en l’absence d’accord sur les programmes politiques.

Michel Psellos

Voir : L’Élysée, un cauchemar pour les résidents

Publié ou mis à jour le : 10/06/2016 09:42:47

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