Le cadeau de Noël

Une histoire bien emballée

Grand, petit, rond, carré, lourd, léger… les cadeaux de Noël revêtent toutes les formes, toutes les couleurs. Ils recèlent les plus intimes envies, les plus grandes joies et parfois quelques déceptions.

Les enfants les tiennent pour un dû de plein droit. L'importance qu'ils ont prise dans nos sociétés ne saurait faire oublier qu'ils remontent seulement au milieu du XIXe siècle...

Camille Barbe et André Larané
La fête de Saint Nicolas (Jan Steen, 1665-1668, Rijksmuseum Amsterdam)

Au commencement étaient les étrennes

L'histoire des cadeaux s’enracine dans un récit très ancien, datant de la période royale de la Rome antique. De cette époque date l’étrenne, qui vient du mot latin strenae, en lien avec la déesse de la santé Strenia, fêtée le premier jour de l'année.

La tradition romaine des étrennes du Nouvel An a été reprise dans la chrétienté occidentale. Subalternes et employés sont gratifiés d’un don par leurs maîtres et supérieurs. Parents et amis échangent également de menus cadeaux en signe de bon augure pour l'année à venir. Mais dans tous les cas, il s'agit d'échanges entre adultes. La tradition perdure jusqu’au début du XIXe siècle, époque à laquelle les boutiques de bimbeloterie demeurent le lieu de prédilection des achats.

Les cadeaux à l'attention des enfants remontent plus spécialement au Moyen Âge et se rattachent aux fêtes liturgiques chrétiennes. La plus populaire est la Nativité, ou fête de Noël, qui célèbre la naissance de Jésus de Nazareth, dans la nuit du 24 au 25 décembre, avec la messe de minuit et la crèche.

En correspondance avec l'enfant Jésus, Noël est assez naturellement devenu la fête des enfants. Un « Père Noël » ou « Monseigneur Noël » est ainsi mentionné dès le Moyen Âge. Et la romancière George Sand l'évoque dans un extrait célèbre de ses Souvenirs d'enfance (1855, voir ci-dessous).

En parallèle - ou en concurrence - avec le Père Noël, les pays rhénans et la Lorraine connaissent depuis la première moitié du XVIe siècle un saint Nicolas qui, à l'occasion de sa fête, dans la nuit du 5 au 6 décembre, apporte des noix, des noisettes, des pommes ou encore des sujets en pain d’épice aux enfants sages. La Fête de saint Nicolas du peintre hollandais Jan Steen (1666, voir ci-dessus) est l’une des toutes premières illustrations de cette distribution des cadeaux, dans le cadre d’une famille réunie autour des enfants.

Saint Nicolas continue aujourd'hui de sévir en Lorraine, Wallonie, Flandre... toujours accompagné du Père Fouettard. Selon l’ethnologue et folkloriste français Arnold Van Gennep, le Père Fouettard serait issu d’une « invention scolaire créée par les pédagogues du XVIIIe siècle qui appartient à la série des croque-mitaines ». Sa hotte renvoie à celle d’Arlequin, qui transporte les âmes des morts dans son dos et sert à emporter les enfants désobéissants.

« Vérité en deçà des Pyrénées…  ». En Espagne, c'est le jour de l'Épiphanie, le 6 janvier, qu'a lieu la traditionnelle distribution de cadeaux aux enfants sages. Rappelons que la tradition juive connaît également une fête des enfants, avec distribution de cadeaux à la clé. C'est la Hanouka ou « Fête des Lumières », au début du mois de décembre.

Rien par contre dans l'islam, même si la fête de la rupture du jeûne peut donner lieu à de menus cadeaux pour les enfants. Il n'empêche que la tradition profane de Noël s'est introduite, sous l'influence du marketing, dans de nombreux foyers de culture musulmane, en Occident comme en Orient, ainsi d'ailleurs qu'en Extrême-Orient.

Santa Claus de Thomas Nast
Souvenirs d’enfance

« Ce que je n’ai pas oublié, c’est la croyance absolue que j’avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit Père Noël, bon vieillard à barbe blanche qui, à l’heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j’y retrouverais à mon réveil. Minuit, cette heure fantastique que les enfants ne connaissent pas, et qu’on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais pour ne pas m’endormir avant l’apparition du petit vieux ! J’avais à la fois grande envie et grand peur de la voir ; mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain, mon premier regard était pour mon soulier, au bord de l’âtre. Quelle émotion me causait l’enveloppe de papier blanc, car le Père Noël était d’une propreté extrême, et ne manquait jamais d’empaqueter soigneusement son offrande. Je courais pieds nus m’emparer de mon trésor. Ce n’était jamais un don bien magnifique, car nous n’étions pas riches. C’était un petit gâteau, une orange ou tout simplement une belle pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux que j’osais à peine le manger. L’imagination jouait encore là son rôle et c’est toute la vie de l’enfant » (George Sand (1807).

L'enfant-Roi

La généralisation des cadeaux de Noël, au cours du XIXe siècle, a coïncidé avec l’essor de la bourgeoisie, qui a fait de la célébration de la Nativité un rassemblement festif et familial centré sur les enfants. Dans le droit fil de Rousseau (Émile ou de l’Éucation), la famille s'est alors construit une sphère privée au sein de laquelle l’enfant est l’objet de toutes les attentions.

Ainsi voit-on les étrennes du 1er janvier tomber en désuétude au profit des cadeaux de Noël en direction des enfants. Le cadeau récompense un bon comportement. C’est aussi un gage de l’affection des parents envers leur progéniture.

Bazar de l’Hôtel de Ville – Etrennes, Eugène Oge, 1899. Crédit Gallica/BnF À Paris, au début du XIXe siècle, apparaît un marché de Noël sur le Pont-Neuf, de la mi-décembre à la mi-janvier, où l'on vend soldats de plomb et polichinelles... Mais c’est véritablement la naissance des grands magasins, au milieu du XIXe siècle, qui transforme la distribution d’étrennes et de cadeaux en une pratique commerciale de grande ampleur, avec campagnes publicitaires à l'appui.

Poupées, montres, boîte à musique, poudre à éternuer, lorgnettes de théâtre,… sont vendus dans ces « nouvelles cathédrales du commerce » qui révolutionnent les méthodes de vente.

Les publicités et les catalogues incitent à la consommation. Dans le catalogue illustré du magasin du Louvre en 1882, pas moins de deux cents jouets sont proposés : automate jouant de la mandoline, âne braillant en peau naturel, mouton bêlant, lapin sauteur, bergerie, jeu de massacre, jeu de tonneau, machine à coudre pour enfants. Les prix varient de 3,50 francs à 38 francs pour une voiture mécanique.

Le journal L’Illustration confirme l’attrait grandissant pour Noël en lançant un premier numéro spécial le 4 décembre 1886. Le cadeau de Noël est né.

À partir du XIXe siècle, il n'est plus présenté tel quel mais dans un bel emballage à rubans dorés (on appelle parfois ces rubans du curieux nom de bolduc, de Bois-le-Duc, une ville des Pays-Bas où ils furent inventés).

De l’importance du cadeau

Little Women ou les Quatre filles du Dr. MarchNoël est alors bel et bien devenu un droit de l’enfant et celui-ci ne conçoit pas ne pas recevoir de cadeaux, à l’instar des Quatre filles du Dr. March : « Noël ne sera pas Noël si on ne nous fait pas de cadeaux, grommela miss Jo en se couchant sur le tapis » (Louisa May Alcott, 1868).

Stéréotypes aidant, les garçons se voient offrir cheval à bascule, tambour, panoplies d’artilleur, de dragons, de trompette, hussard, établi de menuisier ; les filles des poupées avec valise de leur trousseau, meubles miniatures etc. Les jouets se font quelquefois échos de l’actualité : les guerres de 1870 et 1914 incitent à offrir des sabres, canons, fusils, « poupées alsaciennes et lorraines ».

Les découvertes scientifiques sont l’autre grande source d’inspiration des fabricants de jouets : locomotives, vélocipèdes, chemin de fer, dirigeables, avions comme celui avec lequel Blériot traversa la Manche ou encore kaléidoscope, lanterne magique, stéréoscope, etc. Dans les années 1920, les joujoux sont devenus drôles et ingénieux avec le billard, le loto, le pathéphone (tourne-disque de la maison Pathé). Le Meccano apparaît en 1939.

En 1951, au Bon Marché, la nouveauté « une maison du monde » est « un jeu de construction en matière plastique, incassable, lavable ». Les filles découvrent le bébé Nano qui marche tout seul, en matière vinyle, lavable, avec des cils collés sur leurs yeux dormeurs.

Les années 1950 sont aussi le temps du jouet « éducatif », à l’heure de la vulgarisation de la psychologie de l’enfant. Les dictionnaires et livres sont en tête des ventes.

Noël 1967 inaugure la poupée Barbie, venue d'Outre-Atlantique. Les jouets évoluent au fur et à mesure des technologies avec le Boeing 727, la guitare électrique, la panoplie de Zorro. Jeux de société, Lego, Fisher Price, Duplo sont, quant à eux, les articles phares des années 1970.

Vitrines féériques

Vitrine du Printemps, Noël 1932. Crédit : Gallica/Bibliothèque nationale de France« Paris scintille comme un décor vivant, le jeudi, il y a tant de monde autour des magasins qu’il faut faire la queue entre les longues barrières de bois. Là s’écrasent des papas qui portent leurs filles sur les épaules, des grands-mères qui accompagnent leurs petits-enfants avec le cabas du goûter, des mamans qui poussent courageusement la voiture du dernier », L’Illustration, Noël 1937.

La mise en vitrine de la féérie de Noël débute en Angleterre et aux États-Unis dans les années 1880, notamment chez Macy’s à New York. Elle se renouvellera dès lors sans discontinuer, même lors des deux guerres mondiales.

À Paris, le Bon Marché inaugure la première vitrine en 1893. Elle présente une scène de patinage au Bois de Boulogne. À l’hiver 1910, la vitrine animée de la maison Roullet et Decamps marque une étape décisive avec sa scène d’iceberg ceinte d’une aurore boréale, représentant l’exploration du commandant Robert Peary, premier homme à avoir, l’année précédente, atteint le Pôle Nord.

Bazar de l’Hôtel de Ville, exposition des jouets, Firmin Bouisset, 1900. Crédit : Gallica/BnF

Poésies de Noël

La littérature contribue à la magie de Noël. Le célèbre conte d’Hoffmann, Casse-Noisette et le Roi des souris (1816), transformé en ballet par Tchaïkovski en 1892 en est un moment clef, offrant la description du Noël allemand moderne. Il valorise aussi la simplicité des jouets authentiques vers lesquels les enfants se tournent, au détriment d’autres plus recherchés et ingénieux.

En Europe, Christmas Carol de Charles Dickens diffuse très largement le bel esprit de Noël, fait de charité, de compassion et de bonheur familial. Des valeurs dont son héros Ebenezer Scrooge semble a priori dénué. Mais trois nuits de tourmente avec les fantômes de Noël - le passé, le présent et le futur – lui feront prendre conscience de l’importance de la famille et de l’amour.

Paru le 17 décembre 1843, le succès de Christmas Carol est immédiat en Angleterre mais aussi en France et en Amérique. À partir de cette époque, la fête anglaise rompt définitivement avec les anciennes réjouissances populaires, celles où l’on buvait et l’on dansait. Désormais, l’on se doit de célébrer Noël avec retenue et discrétion.

Le Noël victorien réaffirme « les valeurs de la vie privée, la chaleur humaine, la charité etc ». L’esprit de Noël se confond avec l’esprit de famille, et la cérémonie des cadeaux en constitue le moment décisif à la fin du XIXe siècle. Rappelons-le, Noël est une fête de l’abondance !

Jacob Marley visite Scrooge pour le prévenir que viendront les fantômes de Noël (gravure, Christmas Carol, Charles Dickens)
L’arbre de Noël (Charles Dickens, 1852)

« Je viens de passer la soirée avec une joyeuse compagnie d’enfants réunis autour de ce charmant jouet venu d’Allemagne qu’est l’arbre de Noël. Cet arbre, planté au milieu d’une large table ronde et s’élevant au-dessus de leurs têtes, était magnifiquement illuminé par une multitude de petites bougies et tout garni d’objets étincelants. Il y avait des poupées aux joues roses qui se cachaient derrière les feuilles vertes ; il y avait des montres, de vraies montres, ou du moins avec les aiguilles mobiles, de ces montres qu’on peut remonter continuellement ; il y avait de petites tables vernies, de petites chaises, de petits lits, de petites armoires et autres meubles en miniature, fabriqués à Wolverhampton, qui semblaient préparés pour le nouveau ménage d’une fée (…). Admirant cette collection si variée d’objets de toutes les formes qui pendaient à l’arbre comme des fruits magiques et fascinaient les regards de tous ces frais visages (…), j’éprouvai de nouveau toutes les sensations de ma propre enfance et me laissai aller à l’idée que rien dans la vie réelle ne vaut peut-être les douces illusions de l’âge des arbres de Noël et de tant d’autres arbres enchantés ».

Mon beau sapin, roi des forêts

Le sapin de Noël, que Dickens nomme « ce charmant jouet venu d’Allemagne » participe de la fête. Martyne Perrot rappelle dans son ouvrage Cadeau de Noël que ce sont les mariages entre souverains qui étendirent à tout l'Occident cette tradition allemande.

En 1816, la princesse Henrietta de Nassau-Weilburg l’introduit à Vienne et il se répand ensuite dans toute l’Autriche. Côté anglais, du fait des racines germaniques de la famille royale, la coutume est adoptée à la cour de Georges III et de son épouse Charlotte de Mecklenburg dès 1790 et plus tard relancée par la reine Victoria et son mari Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, qui dressent un sapin dans le parc de Windsor.

À Paris en 1840, Hélène de Mecklenburg érige à son tour un sapin gigantesque au jardin des Tuileries. Les Français empruntent à leurs voisins d'outre-Rhin le sapin mais aussi les comptines de Noël, telles que Stille Nacht, heilige Nacht (Douce Nuit, 1818), O du fröhliche (Oh ! Quelle joie, 1816), O Tannenbaum (Mon beau sapin, 1826), avant d'offrir eux-mêmes à l'Univers émerveillé le célébrissime Petit papa Noël, immortalisé par Tino Rossi en 1946.

Et vint le Père Noël...

Santa Claus pour Coca-Cola 1950Ambassadeur planétaire du 25 décembre, le Père Noël à l’allure joviale, dans son habit rouge et ses bottes noires, est né outre-Atlantique, au milieu du XXe siècle seulement.

Il prend son aspect de grand-père bienveillant en 1931, grâce au talent de Haddon Sundblom. Celui-ci, jusque-là connu pour ses dessins de pin-up, est à la recherche d’un personnage attachant pour faire la publicité de Coca-Cola. Il va s’inspirer des représentations déjà existantes d’un vieux barbu débonnaire, en lui associant les couleurs symboliques de la marque. 

Ainsi le Père Noël est-il issu de la rencontre improbable entre deux apports des immigrants européens : Saint Nicolas et Monseigneur Noël. C'est le second qui l'a emporté, en imposant le 25 décembre comme jour traditionnel des cadeaux. Mais par une délicate concession à son rival, il lui a emprunté son nom. Aux États-Unis, en effet, le Père Noël est toujours appelé Santa Claus !

En France, il faut attendre le 4 décembre 1906 pour qu'un Bonhomme Noël fasse son apparition sur une affiche des Galeries Lafayette.

Pendant la Première Guerre mondiale, la présence du Père Noël est de plus en plus fréquente sur les affiches d’étrennes, comme sur celle du Printemps de janvier 1918, où il apparaît en uniforme de poilu, revêtu d’une grande cape richement brodée, de teinte bordeaux et bordée, là aussi, d’hermine.

En 1937, le catalogue du Bon Marché illustré par Edmond-Maurice Pérot montre un Père Noël sans traîneau mais capitaine d’un bateau à vapeur avec Popeye à son bord et Mickey perché en haut du mât. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la conquête est achevée et la figure s’américanise de plus en plus pour aboutir au modèle actuel. Peu importe ses origines pourvu qu'il se montre bienveillant et généreux envers les enfants...

Bibliographie

La sociologue Martyne Perrot a publié une enquête sur les origines profanes et anglo-saxonnes de la fête actuelle de Noël : Le cadeau de Noël, histoire d'une invention (éditions Autrement, 2013).

Publié ou mis à jour le : 2020-02-05 11:17:15

 
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