Jeanne de Pompadour (1721 - 1764)

Une femme d'influence... et de goût

Jeanne Antoinette Poisson est née à Paris et a été baptisée à l'église Saint-Eustache le 30 décembre 1721.

La même année, son père, simple conducteur de vivres, s'est fait remarquer des frères Pâris, de puissants financiers, en contribuant efficacement aux secours lors de la peste de Marseille. Cela vaut au bébé d'avoir pour parrain et marraine l'un des banquiers et sa nièce.

La marquise de Pompadour, par Maurice Quentin de La Tour (musée du Louvre)

Brève liaison, longue amitié

Ayant reçu grâce à sa mère et à l'amant de celle-ci une excellente éducation, Jeanne Antoinette réussit en février 1745 à se faire remarquer du roi Louis XV qui lui aménage un appartement à Versailles. Elle l'accompagne dès le mois de mai 1745 à la guerre et assiste à la bataille de Fontenoy.

La même année, elle est anoblie et devient marquise de Pompadour, d'après une seigneurie du Limousin. C'est sous ce nom qu'elle gagnera une immortelle postérité.

Usée par la vie de cour et une santé fragile, sans doute aussi par un dérangement d'ordre sexuel, la marquise doit s'effacer au profit d'autres favorites dès 1751. Mais elle reçoit en compensation le titre de duchesse et  bénéficie d'innombrables largesses comme le château de Pompadour, en Corrèze, et l'hôtel d'Évreux, à Paris, plus connu aujourd'hui sous le nom de... palais de l'Élysée.

La marquise va rester jusqu'à sa mort, pendant treize années supplémentaires, la confidente du roi, son amie, voire la complice de ses plaisirs. C'est ainsi qu'elle aménage l'hôtel du Parc-aux-Cerfs, à Versailles, pour les rencontres clandestines de Louis XV avec de très jeunes filles comme la délicieuse Mlle O'Murphy.

Une femme d'influence

Elle use aussi de son influence en faveur du ministère Choiseul et on lui attribue le « renversement des alliances » au cours de la Guerre de Sept ans qui conduit au désastreux traité de Paris. Mais ses origines roturières lui valent la haine des courtisans qui répandent à son propos des chansons satiriques, les « poissonnades ».

Mécène, elle fait attribuer à son frère Abel Poisson la Direction des Bâtiments et celui-ci s'acquittera avec brio de sa tâche, faisant notamment aménager à Paris la place Louis XV (la Concorde) en style néo-antique. Elle protège aussi les Encyclopédistes et les « philosophes » qui contestent l'absolutisme royal, y compris Voltaire qui lui doit son fauteuil d'académicien et écrira à son propos : « Dans le fond de son coeur, elle était des nôtres ; elle protégeait les lettres autant qu'elle pouvait ».

La marquise de Pompadour symbolise à jamais l'art de vivre généreux, raffiné et léger du Siècle des Lumières. Elle meurt d'une fluxion de poitrine à 42 ans. Lors de ses funérailles solennelles, le 17 avril 1764, le roi, qui ne pouvait s'y joindre en raison du protocole, aurait murmuré de sa fenêtre : « La marquise aura mauvais temps pour son voyage ! » Sur la fin de sa vie, le vieux monarque retrouvera un semblant de gaieté avec la comtesse du Barry.

Camille Vignolle
Un régime de faveur

Extrait des Mémoires de Mme du Hausset, femme de chambre de la marquise de Pompadour :

« J’avais remarqué que Mme de Pompadour, depuis plusieurs jours, se faisait servir du chocolat à triple vanille et ambré à son déjeuner ; qu’elle mangeait des truffes et des potages au céleri. La trouvant fort échauffée, je lui fis un jour des représentations sur son régime, qu’elle eut l’air de ne pas écouter. Alors, je crus devoir parler à son amie, la duchesse de Brancas. ‘Je m’en suis aperçue, me dit-elle, et je vais lui en parler devant vous’. Effectivement, après sa toilette, Mme de Brancas lui fit part de ses craintes sur sa santé. ‘Je viens de m’entretenir avec elle (en me montrant), dit la duchesse, elle est de mon avis.’ Madame témoigna un peu d’humeur et se mit à fondre en larmes.
J’allai aussitôt faire fermer la porte de service, et revins écouter. ‘Ma chère amie, dit Madame à Mme de Brancas, je suis troublée de la crainte de perdre le cœur du roi en cessant de lui être agréable. Les hommes mettent, comme vous pouvez le savoir, beaucoup de prix à certaines choses, et j’ai le malheur d’être d’un tempérament très froid. J’ai imaginé de prendre un régime une peu échauffant pour réparer ce défaut, et depuis deux jours cet élixir me fait du bien, ou du moins, j’ai cru m’en apercevoir.’ Le duchesse de Brancas prit la drogue qui était sur la toilette, et après l’avoir sentie : ‘Fi ! dit-elle ; et elle la jeta dans la cheminée. Madame la gronda et dit : ‘Je n’aime pas être traitée comme une enfant.’ Elle pleura encore et dit : ‘Vous ne savez pas ce qui m’est arrivé il y a huit jours ? Le roi, sous prétexte qu’il faisait chaud, s’est mis sur mon canapé et y a passé la moitié de la nuit. Il se dégoûtera de moi, et en prendra une autre.
- Vous ne l’éviterez pas, répondit la duchesse, en suivant votre régime ; et ce régime vous tuera. Rendez au roi votre société précieuse de plus en plus par votre douceur ; ne le repoussez pas dans d’autres moments et laissez faire le temps : les chaînes de l ‘habitude vous l’attacheront pour toujours.’
Ces dames s’embrassèrent. Madame recommanda le secret à Mme de Brancas, et le régime fut abandonné »
(Mémoires de Mme du Hausset sur Louis XV et Mme de Pompadour, ed. Jean-Pierre Guicciardi, Mercure de France, 1985).

NB : quoique très plaisantes, ces Mémoires publiées en 1824 par un Écossais, Quentin Caufurd, doivent être considérées avec circonspection. On n'en connaît pas le manuscrit et l'historien Pierre Gaxotte a le premier mis en doute leur authenticité.


Publié ou mis à jour le : 2019-12-18 14:51:55

 
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