1702-1713

Guerre de la Succession d'Espagne

Le 13 mai 1702, une Grande Alliance européenne déclare la guerre à la France et à l'Espagne. C'est le début de la guerre de la Succession d'Espagne.

Cette guerre de dix ans est la plus pénible de toutes celles qu'a soutenues le roi Louis XIV. On peut y voir une préfiguration des guerres générales qui ensanglanteront le continent un et deux siècles plus tard.

Camille Vignolle
La guerre de trop

La guerre de la Succession d'Espagne trouve son origine deux ans plus tôt, dans la désignation du duc d'Anjou, petit-fils du roi de France, comme nouveau roi d'Espagne sous le nom de Philippe V. Cette entrée de la puissante dynastie des Bourbons en Espagne est d'abord acceptée par les autres puissances européennes.

Mais Louis XIV prend plaisir à multiplier les provocations. Malgré une clause du testament de l'ancien roi d'Espagne, il conserve au duc d'Anjou ses droits au trône de France au cas où la branche aînée viendrait à s'éteindre. Il soutient aussi les prétentions de l'ancien roi d'Angleterre Jacques II Stuart. Enfin, il fait occuper les Pays-Bas espagnols (l'actuelle Belgique) par ses troupes.

L'irruption de la flotte française dans le domaine colonial espagnol achève de convaincre l'Angleterre et les Provinces-Unies de la nécessité de contrecarrer les ambitions françaises. Le roi d'Angleterre, Guillaume III de Nassau-Orange, également stathouder (gouverneur) des Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels), suscite à La Haye une Grande Alliance contre Louis XIV.

La coalition réunit l'Angleterre, les Provinces-Unies, la Prusse et l'Autriche. Plus tard s'y associeront le Danemark puis le Portugal et la Savoie. Au total plus de 250 000 hommes et 300 vaisseaux. Pour lui faire face, la France, qui reste de loin le plus puissant pays d'Europe, conserve le soutien de l'Espagne, bien sûr, ainsi que des souverains de Bavière et de Cologne. Au total 200 000 hommes et seulement une centaine de vaisseaux.

Revers militaires

Nicolas Catinat, seigneur de Saint-Gratien (Paris, 1er septembre 1637 ; Saint-Gratien, 22 février 1712)À peine la coalition est-elle constituée que l'énergique Guillaume III meurt d'une chute de cheval le 8 mars 1702 (19 mars selon le calendrier grégorien). Lui succède Anne Stuart (37 ans), sa belle-soeur, seconde fille du roi Jacques II. Cette protestante austère a mis au monde 17 enfants, tous morts en bas âge ! Elle poursuit la politique anti-française de son prédécesseur avec le concours de Heinsius, Grand pensionnaire des Provinces-Unies.

Après quelques succès initiaux sous la conduite du maréchal Nicolas Catinat (64 ans), en Italie, dans les Flandres et en Allemagne, les armées françaises se voient paralysées par le manque d'argent et de subsistances. Elles ne tardent pas à être débordées.

Battu par le prince Eugène à Carpi en 1701, Catinat est disgrâcié l'année suivante et remplacé par le maréchal François de Villeroy (57 ans), un courtisan superficiel et sans talent, dont le principal mérite est d'avoir été élevé avec Louis XIV. Capturé à Crémone en février 1702, Villeroy est échangé contre le comte Wallenstein et se voit confier l'armée des Flandres. 

Pour ne rien arranger, les protestants des Cévennes, au centre de la France, se soulèvent sous la conduite d'un valet de bergerie du nom de Jean Cavalier. C'est la révolte des Camisards (1702-1704). Le maréchal Claude de Villars mène la répression.

En Bavière, les maréchaux Ferdinand de Marsin et Camille d'Hostun, comte de Tallard, commandent les armées françaises. Ils sont défaites à Blenheim, le 13 août 1704 par le Prince Eugène, un Français à la tête des troupes autrichiennes, et le duc de Marlborough (le Malbrough s'en va-t-en guerre de nos chansons, ancêtre de Winston Churchill). Les Anglais, la même année, mettent la main sur Gibraltar et conserveront le rocher jusqu'à nos jours.

Enfin, last but not least, l'ineffable Villeroy est complètement battu par le duc de Marlborough à la bataille de Ramillies (actuelle Belgique) le 23 mai 1706. Cette défaite entraîne la perte des Pays-Bas espagnols par l'alliance franco-espagnole. Le roi doit se résigner à destituer son ami et le console par ces mots : « À notre âge, on n'est plus heureux ».

À Madrid, le roi Philippe V est chassé de son trône. Son concurrent l'archiduc Charles est proclamé roi le 1er septembre 1706. Lille, bien que puissamment fortifiée par Vauban, tombe en 1708.

Les frontières sont menacées en tous points. La France est épuisée. Les éléments se mettent de la partie avec, le 5 janvier 1709, une chute exceptionnelle des températures. Ce Grand Hiver entraîne gel des semis et famines. Louis XIV s'humilie et sollicite la paix mais sa demande est repoussée avec hauteur.

Le roi en appelle alors à la nation et lance une souscription : « J'aime mieux faire la guerre à mes ennemis qu'à mes enfants ». Lui-même donne l'exemple en vendant sa vaisselle d'or.

Il forme une nouvelle armée et la confie au maréchal de Villars (56 ans).

Retardé dans son avancement par des officiers plus courtisans que lui, celui-ci a néanmoins vaincu le margrave de Bade à Friedlingen en 1702 et ses soldats l'ont illico proclamé maréchal de France sur le champ de bataille avant que le roi ne ratifie leur choix !

L'année suivante, le 20 septembre 1703, il a encore battu les Impériaux à Höchstädt, en Bavière, mais furieux de n'être pas suivi par son allié l'Électeur de Bavière, il a demandé et obtenu son rappel. Il s'est alors vu confier la répression des Camisards cévenols... 

Vers le sursaut

Le maréchal mène campagne dans le Piémont italien. Puis il livre bataille au prince Eugène et au duc Marlborough à Malplaquet, dans les Flandres, le 11 septembre 1709. L'issue de la bataille reste indécise mais les coalisés austro-anglais ont subi de si lourdes pertes qu'il n'est plus question pour eux d'envahir la France.

Grièvement blessé, Villars se retire à Versailles. Pendant ce temps, le duc de Vendôme se porte au-delà des Pyrénées et par la victoire de Villaviciosa, en décembre 1710, restaure le roi Philippe V sur le trône d'Espagne. La chance commence à sourire à Louis XIV.

À Londres, Sarah Jennings, duchesse de Marlborough, tombe en disgrâce et entraîne son mari dans celle-ci. La reine Anne retire sa confiance au duc et à ses alliés whigs. Elle appelle les tories au pouvoir.

Coup de tonnerre. Voilà que l'empereur d'Allemagne Joseph 1er meurt le 17 avril 1711 à 33 ans d'une variole et c'est son frère l'archiduc Charles qui lui succède sous le nom de Charles VI.

Pour les tories anglais, il n'est pas question que le nouvel empereur acquière aussi la couronne d'Espagne et reconstitue l'empire de Charles Quint. Soucieux de préserver l'équilibre européen, ils proposent la paix au roi Louis XIV.

C'est ainsi que des préliminaires de paix sont conclus à Londres le 8 octobre 1711 entre la France et l'Angleterre. Les Hollandais, craignant d'être écartés de la paix, acceptent l'ouverture de négociations le 29 janvier 1712 à Utrecht. Mais celles-ci sont interrompues dès le mois de mars et les opérations militaires reprennent aussitôt. La situation de la France est alors des plus précaires.

C'est Villars qui, remis de sa blessure, va une nouvelle fois redresser la situation en remportant la victoire de Denain sur le prince Eugène, le 1er septembre 1712. Préservée in extremis de l'invasion, la France peut négocier la paix de façon honorable.

L'Europe à la mort de Louis XIV

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La France apparaît en 1715, à la mort du monarque, comme le royaume le plus peuplé, le plus puissant et le plus prospère d'Europe, avec une vingtaine de millions d'habitants et une population en progression. La « ceinture de fer » de Vauban la protège durablement contre les risques d'invasion...


Publié ou mis à jour le : 2019-08-13 09:44:42

 
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