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1968 dans le monde
• 30 janvier 1968 : offensive du Têt
• 4 avril 1968 : assassinat de Martin Luther King
• 3 mai 1968 : la police évacue la Sorbonne
• 31 juillet 1968 : le Baas au pouvoir à Bagdad
• 21 août 1968 : invasion de la Tchécoslovaquie
• 2 octobre 1968 : massacre à Mexico
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1968 dans le monde

Une année brûlante


L'année 1968 traduit une inflexion dans les mentalités de l'hémisphère occidental. Les années précédentes, joyeuses, exubérantes, décomplexées, portées par la jeunesse issue du «baby-boom» de la Libération, ont vu apparaître la minijupe, les seins nus sur la plage et la pilule, la marijuana et le LSD , les Beatles et les hippies, les yéyé et Salut les Copains. On a aussi conduit tambour battant la décolonisation et l'on est entré à pieds joints dans la «société de consommation». Mais derrière la libération des moeurs et de la politique, l'inquiétude affleure...

André Larané
Trop c'est trop

Dans l'hebdomadaire La Vie (3 avril 2008), l'essayiste Jean-Claude Guillebaud compare la célébration tapageuse du 40e anniversaire des événements de «Mai 68» et celle, très discrète, du 40e anniversaire de l'Armistice en 1958.

Il s'interroge à juste titre sur l'ahurissant décalage entre les deux commémorations avec d'un côté des soixante-huitards aux tempes grisonnantes qui se glorifient de leurs exploits sur les barricades, de l'autre, d'anciens «poilus» qui rasent les murs et se contentent de ruminer leurs souvenirs...

Prémices

Quatre ans plus tôt, des démographes ont discerné en Europe une baisse de la natalité annonciatrice de la fin du baby-boom de l'après-guerre et de la crise des années 70. De la Libération à 1963, la fécondité des Européennes de l'ouest et des Nord-Américaines s'était maintenue aux alentours de 3 enfants par femme (bien au-dessus de l'Algérie ou de l'Iran actuels !). Elle avait ensuite décliné et six ans plus tard, en 1974, elle allait brutalement chuter au-dessous du seuil de remplacement des générations (environ 2 enfants par femme).

Le 18 mars 1967, survient la première «marée noire» avec l'échouage du pétrolier Torrey Canyon dans la Manche. L'opinion publique prend conscience des dangers d'une croissance industrielle effrénée. C'est le début des mouvements écologiques (mais il n'est pas encore question du réchauffement climatique).

Le prodigieux effort de redressement économique de l'après-guerre touche à sa fin. Le chômage ne touche guère que 2% de la population active mais il n'en suscite pas moins une critique virulente du système capitaliste dans la gauche marxiste et dans la jeunesse étudiante.

Celle-ci se montre à l'écoute de penseurs radicaux comme Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Louis Althusser, Noam Chomski et Herbert Marcuse.

Le tiers monde fait figure d'avant-garde de la civilisation. La révolution culturelle chinoise, déclenchée en 1966, et son chef Mao Zedong (ou Mao Tsé-toung) suscitent une vague d'idolâtrie dans les rangs de l'extrême-gauche.

On communie dans le culte de Guevara, Saint Sébastien de la Révolution. L'Algérie et la Yougoslavie sont présentés comme des modèles d'économie autogestionnaire (!) par certains courants de gauche comme le PSU de Michel Rocard. Mais l'on reste muet de stupeur et d'incompréhension devant la guerre qui se déroule au Biafra, première des guerres civiles qui vont ravager l'Afrique post-coloniale.

Brûlures

Pour toutes ces raisons et d'autres encore, en 1968, le monde entier bouillonne et frémit :

- Viêt-nam :

Au Viêt-nam, les forces nord-vietnamiennes et vietcongs (communistes du sud-Viêt-nam) déclenchent le 30 janvier 1968 l'offensive du Têt (fête du Nouvel An vietnamien). Une centaine de villes, dont Saigon et Hué, la capitale historique de l'Annam, sont simultanément assaillies par plusieurs centaines de milliers de combattants. Les Sud-Vietnamiens et leurs alliés américains se ressaisissent rapidement.

Échec militaire, l'offensive du Têt n'en constitue pas moins un succès médiatique. Elle relance dans tous les campus d'Occident les manifestations contre l'intervention des États-Unis dans cette guerre. C'est un tournant dans la deuxième guerre d''Indochine. Richard Milhous Nixon, élu président des États-Unis dix mois plus tard, va amorcer la désescalade (retrait progressif des troupes américaines) et ouvrir à Paris des négociations de paix.

- États-Unis :

Les campus américains s'agitent et dénoncent activement l'escalade militaire au Viêt-nam (rien de comparable avec l'atonie qui accompagne aujourd'hui l'intervention en Irak). Les désertions se multiplient.

Mais c'est une autre blessure qui s'ouvre brutalement avec l'assassinat, le 4 avril 1968, du pasteur non-violent Martin Luther King (39 ans).

Le populaire champion de la lutte contre la discrimination raciale est assassiné dans un motel de Memphis par un repris de justice, James Earl Ray. Révulsés par sa mort tragique et ô combien prévisible, les ghettos noirs des grandes villes américaines sombrent aussitôt dans des émeutes d'une extrême violence. On compte plusieurs dizaines de morts...

- France :

Les manifestations contre l'intervention américaine au Viêt-nam battent leur plein en Europe comme sur les campus californiens. Au printemps, les étudiants parisiens, comme leurs homologues de Rome et de la plupart des capitales ouest-européennes, s'agitent plus que de coutume.

À Paris, les monômes dérapent lorsque le gouvernement prend l'initiative de fermer la Sorbonne, au coeur du Quartier Latin, le 3 mai 1968. Il s'ensuit de violentes échauffourées avec la police. Le mouvement étudiant culmine en intensité et fait l'objet d'une tentative de récupération par l'opposition politique et les syndicats le 13 mai, dixième anniversaire du vrai-faux coup d'État qui a ramené le général de Gaulle au pouvoir.

Finalement, ce dernier, après avoir donné l'impression de défaillir, reprend les choses en main. Il annonce solennellement à la télévision la dissolution de l'Assemblée. Aussitôt, le 31 mai, un million de ses partisans descendent en masse les Champs-Élysées. La fête est finie. On ne déplore que la mort accidentelle d'un jeune manifestant tombé dans la Seine.

- États-Unis :

Après Martin Luther King, les États-Unis pleurent également, cette année-là, Robert Kennedy (43 ans).

Le populaire sénateur s'était fait connaître comme general attorney (ministre de la Justice) sous la présidence de son frère John Kennedy. Il était donné favori pour les élections présidentielles de la fin de l'année. Le 5 juin 1968, alors qu'il sort d'un hôtel de Los Angeles où il vient de remporter les primaires démocrates de Californie pour les prochaines élections présidentielles, il est touché de deux balles tirées à bout portant par un jeune Palestinien, Sirhan Sirhan, qui lui reprochait son soutien à Israël.

- Tchécoslovaquie :

Le 5 janvier 1968, Alexander Dubcek (47 ans) devient secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque. Défiant les Soviétiques, il tente d'instaurer un «socialisme à visage humain». Il supprime la censure, autorise les voyages à l'étranger et fait même arrêter le chef de la police. Beaucoup de Tchécoslovaques se ruent à la découverte de l'Occident sans prendre garde aux manoeuvres prémonitoires du pacte de Varsovie.

Au matin du 21 août 1968, les Européens se réveillent en état de choc. Des troupes blindées d'un total de 300.000 hommes ont envahi le pays dans la nuit sur décision de l'autocrate soviétique Leonid Brejnev. Des dizaines de milliers de parachutistes ont aussi atterri sur l'aéroport de Prague. Fin du Printemps de Prague.

- Mexique :

Le 2 octobre 1968, soit une dizaine de jours avant l'ouverture des Jeux Olympiques de Mexico (12-27 octobre), des étudiants manifestent au centre de la capitale mexicaine, sur la place des Trois Cultures, en un lieu dit Tlatelolco. Les policiers, de façon délibérée, ouvrent le feu. On compte une vingtaine de morts selon le gouvernement, plus sûrement quelques centaines. Par cette répression brutale, le président Díaz Ordaz a voulu mettre un terme aux manifestations estudiantines avant l'ouverture des Jeux.

Signe des temps nouveaux et de l'arrivée à son terme de la décolonisation, le Comité international olympique a pour la première fois interdit à l'Afrique du Sud de participer aux Jeux, pour cause d'apartheid (ségrégation raciale).

Mais le meilleur reste à venir. Le 17 octobre 1968, les athlètes américains Tommie Smith et John Carlos, champions du 200 mètres, baissent ostensiblement la tête et lèvent leur poing ganté de noir alors qu'ils sont sur le podium et que retentit l'hymne américain. Par ce geste, ils affichent leur soutien au mouvement antiségrégationniste américain des Black Panthers. Quelques mois après l'assassinat du leader non-violent Martin Luther King, ce geste donne un nouveau coup de fouet à la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis...

Notons que c'est la première fois, à Mexico, que les Jeux Olympiques servent de tribune ou de caisse de résonance aux minorités opprimées et mouvements rebelles. Ce précédent ne restera pas sans lendemain et, de Munich (1972) à... Pékin (2008), la plupart des Olympiades seront ainsi rattrapées par la politique.


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• 30 janvier 1968 : offensive du Têt

Publié ou mis à jour le : 2013-08-21 09:23:39

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