Élisabeth II (1926 - )

Souveraine discrète d'un empire à son déclin

Elisabeth II en 1952, au moment de son couronnementLa reine Élisabeth II accède au trône à la mort de son père George VI, le 6 février 1952. Elle a 25 ans. À la différence de ses prédécesseurs, la jeune souveraine a joui d'une enfance heureuse auprès de parents affectueux et très présents. Il est vrai que son père, d'un naturel timide, n'a été pressenti pour le trône qu'à 40 ans.

Bien préparée à monter sur le trône, elle va exercer son ministère avec diligence et discrétion, en digne héritière de Victoria, dont elle a « battu » en 2016 le record de longévité avec plus de 64 ans sur le trône.

Pour ses sujets du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, elle apparaît comme un utile symbole de la continuité de l'État et de l'unité nationale. Par-delà leurs différences, tous les citoyens sont unis par leur commune allégeance à une monarchie millénaire. La reine est également, encore aujourd'hui en 2020, le chef d'État de 15 autres nations du Commonwealth (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Jamaïque, Maurice...). Elle règne au total sur 130 millions de sujets (note).

André Larané
Une princesse préparée à servir

La future Elisabeth II s'adresse aux enfants britanniques en 1940, en présence de sa soeur MargaretAu début de la Seconde Guerre mondiale, Élisabeth (Lilibeth pour les intimes, Elizabeth en graphie anglaise) adresse un message radiophonique au enfants britanniques. C'est sa première intervention publique. Auprès d'elle se tient sa sœur Margaret, de quatre ans sa cadette. 

Dans le cours du conflit, Élisabeth sert comme ambulancière. Elle accomplit ensuite son service national comme les autres filles de son âge. Dans la nuit qui suit l'annonce de la capitulation allemande, le 8 mai 1945, elle obtient de son royal père l'autorisation de sortir incognito dans les rues de Londres avec sa soeur et quelques amis, afin de participer à la liesse populaire.

C'est pendant la guerre qu'elle a noué une idylle avec un jeune lieutenant, le prince Philip de Grèce. Leur première rencontre, arrangée par le comte Louis Mountbatten, oncle du jeune homme, remonte à 1939. D'emblée, Lilibeth a été séduite par le beau Philip, de 5 ans son aîné.

Le prince, qui descend comme elle de la reine Victoria, est le neveu du roi Constantin Ier de Grèce. Son père, l'année même de sa naissance, a été banni de Grèce pour avoir permis à ses troupes de fuir devant les Turcs.

Philip est naturalisé en 1947 sous le nom de Philip Mountbatten. Il épouse Élisabeth le 20 novembre 1947, devenant ainsi prince consort et duc d'Édimbourg. La cérémonie est pour la première fois télévisée.

Les naissances s'enchaînent : Charles, le 14 novembre 1948 ; Ann en 1950, Andrew en 1960 et Edward en 1964. Par un regrettable effet de balancier, les enfants connaissent, à l'opposé de leur mère, une éducation très rigide de la part de leur père.

C'est au cours d'un voyage officiel au Kenya, dans une réserve naturelle, que le couple royal apprend la mort de George VI, mort dans son sommeil des suites d'un cancer du poumon, à 56 ans.

Surmontant son chagrin, la jeune souveraine est intronisée selon la tradition, déclarant à son peuple : « J'ai le cœur trop gros pour vous dire autre chose que ceci : je travaillerai sans relâche, comme mon père avant moi ». Le 15 février suivant ont lieu les funérailles du défunt roi pour lequel Élisabeth avait une affection passionnée. Son propre couronnement se tient seize mois plus tard, le 2 juin 1953, à l'abbaye de Westminster.

La reine s'est préparée très consciencieusement à la cérémonie, s'entraînant à porter la lourde couronne de 2,5 kg et veillant avec soin à l'accueil des invités. Surtout, contre l'avis du Premier ministre Winston Churchill, elle exige que la cérémonie soit intégralement télévisée. C'est un immense succès planétaire. Les ventes de téléviseurs explosent dans le Royaume-Uni mais aussi en France... Le sacre sera suivi par 300 millions de téléspectateurs et fera l'objet d'un film en couleurs.

Couronnement d'Elisabeth II à Westminster le 2 juin 1953
Péripéties et drames

En 1955 survient le premier scandale intime avec le projet de Margaret, sœur cadette de la reine, d'épouser un capitaine divorcé, Peter Townsend. Se soumettant en définitive à une règle d'un autre âge, la princesse renonce à son projet et s'unit plus tard à Anthony Armstrong-Jones (Lord Snowdon). L'union tourne mal et la princesse va se saoûler de plaisirs interdits sur l'ilôt Moustique, dans les Antilles.

La reine elle-même et son mari connaissent une discrète crise conjugale quand Philip, meurtri de ne bénéficier d'aucune responsabilité et de ne pouvoir non plus transmettre son nom à ses enfants, choisit de faire un tour du monde en célibataire sur le yacht royal Britannia. En 1956-1957, il visite l'Empire, de l'Antarctique et l'Australie à Sainte-Hélène en passant par les atolls du Pacifique, avant de consentir enfin à rentrer à Windsor. Le couple resserre ses liens et, en témoignage de confiance, la reine accorde à son époux le titre de prince consort qui lui permet de participer aux cérémonies publiques. Elle consent aussi à ce que leurs enfants futurs Andrew et Edward prennent le double patronyme Mountbatten-Windsor. 

Dix ans plus tard, en 1966, la reine connaît son premier revers sérieux suite à la catastrophe minière d'Aberfan, le 20 octobre 1966, qui a vu périr 144 personnes, surtout des enfants. Par une insigne maladresse, elle a attendu que les funérailles soient achevées pour se rendre sur les lieux. Cela restera sans doute son plus grand regret.

En 1973, la princesse Anne, cavalière de niveau international, épouse contre le gré de sa famille le capitaine Mark Philipps, sans titre nobiliaire. Elle connaît un bonheur paisible et donne le jour à deux enfants. Mais son cavalier de mari ayant aussi conçu un enfant adultérin, le couple divorce le 28 avril 1992. C'est le premier divorce dans la famille royale, décidément en phase avec son époque ; ce ne sera pas le dernier... Anne se remarie dans la discrétion dès le 12 décembre suivant avec le vice-amiral Sir Timothy Laurence.

Cela n'est rien à côté des tourments du prince Charles. Celui-ci a noué très tôt une relation amoureuse avec Camila mais en 1973, pendant un séjour prolongé du prince aux Caraïbes, cette dernière a épousé un ancien boy-friend, Andrew Parker-Bowles (il avait aussi été le premier ami de coeur de la princesse Anne). De dépit, le prince épouse en 1981 Diana Spencer, la princesse choisie par ses parents, mais reprend sa liaison avec Camila. Le mariage s'achève dans le drame : Charles et Diana, qui ont eu deux garçons, William et Henry, se séparent en 1992 après la publication par The Sun d'une conversation intime de Diana avec l'un de ses amants.

Les amours du prince Andrew, le préféré de la reine, ne vont pas mieux. Son mariage, le 25 juillet 1986, avec la pulpeuse et rouquine Sarah Ferguson, fille d'un écuyer de la reine, sombre dans le ridicule quand les journaux publient en août 1992 des photos de celle-ci avec un nouvel amant au bord d'une piscine du Midi de la France. (beaucoup plus tard, Andrew va se compromettre avec le pédophile Jeffrey Epstein).

L'année 1992 a débuté avec le divorce d'Anne et s'achève par son remariage. Elle est qualifiée par la reine elle-même d'« annus horribilis ». Pour ne rien arranger, Élisabeth II voit son cher château de Windsor partir en fumée le 19 novembre 1992. Après un début de polémique, elle décide de le reconstruire à l'identique à ses frais. Elle accepte aussi par la même occasion de payer désormais des impôts sur son patrimoine et ses revenus. Ceux-ci sont importants sans être exorbitants. Ils font d'elle tout au plus l'une des 200 personnes les plus riches du royaume. Il est vrai que dès le XVIIIe siècle, la famille royale a cédé à l'État la plus grande partie de ses immenses domaines (« Crown Estate ») en échange d'une « liste civile », autrement dit du versement d'une rente annuelle.

Pour le prince de Galles, les choses ne s'arrangent pas. Le couple divorce le 28 août 1996. Un an plus tard, le 31 août 1997, Diana et son amant trouvent la mort à Paris dans une course poursuite avec les paparazzi. La princesse a 36 ans. Ses funérailles, un grand moment d'émotion cathodique, témoignent des rapports tendus entre la reine et son peuple. Par une mince consolation, le quatrième enfant de la reine, le prince Edward, comte de Wessex, va se marier discrètement à Windsor en 1999 et mener dès lors une vie discrète entre sa femme et leurs deux enfants.

Dans les années suivantes, la souveraine vieillissante n'aura de cesse de restaurer le lien avec son peuple. Le mariage de William avec la roturière Kate Middleton (2011) a ravivé l'attachement des Britanniques à la monarchie et à la dynastie des Windsor. Tout indique qu'elle y est arrivée et c'est avec beaucoup d'intérêt que les Britanniques ont suivi son allocution du 5 avril 2020 relative à l'épidémie de coronovirus. Il s'agissait du cinquième discours du Trône en 68 ans de règne (note).

Les frasques du prince Harry et de son épouse américaine Meghan Markle n'ont pas affecté les retrouvailles de la reine et de son peuple. Celles-ci ont été manifestes en avril 2021 quand la reine, vêtue de noir et isolée pour cause de pandémie, a conduit son époux à sa dernière demeure. « God save the Queen ! »


Publié ou mis à jour le : 2021-06-28 19:24:51

 
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