Mitterrand - Entre Cagoule et Francisque - Herodote.net

Mitterrand

Entre Cagoule et Francisque

François Gerber (L'Archipel, 403 pages, 22 €,  2016)

Mitterrand

En cette année du centenaire de la naissance de François Mitterrand fleurissent les ouvrages à la gloire de l’ancien président. Aussi est-il intéressant de lire un livre dépourvu de complaisance à l’égard du « grand homme ».

François, Gerber, avocat pénaliste, endosse plutôt pour l’occasion la robe de procureur, pour décrire ces dix années du parcours de François Mitterrand qui vont de 1935 à 1945. Avec une sévérité qui rend parfois mal à l’aise : on se demande au fil des pages que reproche l’auteur à Mitterrand et où veut-il en venir ?

Tout commence par un mariage en 1939 entre Robert Mitterrand, frère aîné de François, avec Edith Cahier, fille d’un officier d’artillerie.

En soi, rien d’anormal, si ce n’est que Paul Cahier est un proche d’Eugène Deloncle, chef d’une organisation terroriste de droite, la Cagoule, et détenu à la prison de la santé depuis 1937 pour complot contre la République. Donc, la famille Mitterrand consent à une alliance avec des gens infréquentables. Cet amalgame entre les frères, les belles sœurs et les amis d’amis, ajoutées au milieu familial de droite dont est issu François Mitterrand suffirait à le condamner.

Qu’aurait-il dû faire ? S’opposer au mariage de son frère, ne pas y aller, rompre tout lien avec sa famille et s’engager à l’extrême gauche dans les ligues antifascistes pour regagner quelque crédit aux yeux de ses juges d’aujourd’hui ? Tel n’était pas son tropisme puisqu’à l’époque il penchait davantage pour les Croix de feu que pour les Faucons rouges.

Ce qui fait de Mitterrand un coupable aux yeux de l’auteur , c’est non seulement d’avoir eu une éducation catholique et un cercle familial plus proche de l’extrême droite que de l’extrême gauche, d’avoir admis « au sein de sa fratrie, les relations les plus fantasques –d’aucuns diront les plus scandaleuses voire les plus outrageantes – au regard de ce qu’il prétend devenir : un homme politique ou tout au moins un homme d’influence » mais aussi d’être resté fidèle à son clan familial et à ses amis.

Bon, Mitterrand était de droite dans sa jeunesse et s’est mué en un président qui a ramené la gauche au pouvoir. Cela n’en fait pas pour autant un complice des crimes de la Cagoule ou de la rafle du Vel d’hiv. Et d’avoir accepté après la guerre un poste chez l’Oréal alors dirigé par Eugène Schuller, ancien financier de la Cagoule n’en fait pas un assassin, pas plus que les milliers de collaborateurs de cette belle entreprise française.

Vient ensuite l’époque de la guerre, son évasion, que l’auteur, sans explicitement la mettre en doute, rend tout de même suspecte, et son ralliement à Vichy, malgré les lois liberticides et anti-juives de l’époque : « son silence jette une ombre sur ses convictions de l’époque et sur la réalité de ses sentiments humanistes » nous dit l’auteur. En effet, mais qui a jamais cru aux convictions humanistes de François Mitterrand ?

Par contre son « retournement » si bien décrit par l’auteur qui le mène de la francisque à une résistance que certains jugeront molle et opportuniste, montre l’habileté manœuvrière et l’ambition dévorante de Morland (son nom de résistance) Mitterrand.

Que le personnage ne soit pas vraiment sympathique, c’est une évidence : « Le recours à l’équipe Bousquet, dans les années 1950, reste un affront pour la démocratie renaissante , une injure à la mémoire des déportés et des résistants , un pied de nez aux gaullistes » s’indigne-t-il.

Mais son crime est-il vraiment d’avoir favorisé le retour d’une expression d’extrême droite dans la vie politique française comme il le suggère en conclusion ou d’avoir torpillé l’économie française en appliquant un programme commun plus inspiré par les utopies d’extrême gauche que par la droite, ce dont l’auteur ne fait nullement mention ?

David Victoroff

Publié ou mis à jour le : 06/10/2016 18:26:07

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