Le monde depuis 1914

Les arts, tmoins du monde contemporain

L'affiche Gismonda (Alfons Mucha, 1894)Le XXe siècle s’ouvre avec le sourire, en Europe et en Amérique du Nord du moins. Les hommes de ces continents ont plus que jamais foi dans le progrès et l’avenir s’annonce plein de promesses.

Optimisme et fureur de vivre s’expriment dans le dernier courant artistique proprement et totalement européen : l’« Art Nouveau » en France, aussi appelé « Jugendstil » (« style jeune ») en Autriche et en Allemagne, « Liberty » en Angleterre...

Ce mouvement d’avant-garde, en rupture avec l’académisme, réunit étroitement beaux-arts et arts appliqués. Il révolutionne l’architecture comme le mobilier et les arts décoratifs.

Les artistes puisent leurs principales sources d’inspiration dans la féminité et le monde végétal dont ils donnent une représentation épurée et souvent symbolique, annonçant ainsi l’abstraction.

Alphonse Mucha (1860-1939) est un peintre tchèque particulièrement représentatif de l’Art nouveau. Il conçoit de nombreuses affiches et de lithographies comme la série des saisons (1896) : Printemps, Eté, Automne, Hiver. Il conçoit aussi l’affiche de la première de Lorenzaccio (Musset), avec Sarah Bernhardt : ce drame romantique, écrit en 1834, ne fut en effet représenté qu’en 1896.

Fauvisme, Cubisme, Abstraction (avant 1914)

Dès avant la Première Guerre mondiale se profilent de grands bouleversements. La peinture n’est pas épargnée : les « Fauves », dont les chefs de file sont Henri Matisse, André Derain et Maurice de Vlaminck, veulent s’affranchir du rôle descriptif de la couleur. Ils dissocient celle-ci de l’objet représenté.

Parallèlement survient la révolution du « cubisme » avec Georges Braque et Pablo Picasso. Le cubisme modifie en profondeur la représentation artistique : il ne s’agit plus de transposer le réel mais de créer un langage pictural autonome. L’œuvre devient un assemblage de formes ou de volumes avec un dessin très apparent et des effets de perspective.

De Picasso, qui va très vite dominer la peinture du XXe siècle de son génie, il faut évoquer Les Demoiselles d'Avignon (1906) qui fait scandale, tant par le sujet jugé scabreux - des demoiselles de petite vertu - que par la manière innovante dont ces dames sont fragmentées, détaillées puis rassemblées.

À force de décomposer le réel, les peintres, tels Vassily Kandinsky et Piet Mondrian, en viennent à se demander s’il est encore nécessaire d’avoir un sujet. Ils entrent dans l’abstraction pure.

On est alors en en 1913 ou 1914, à la veille de la Première Guerre mondiale. L’optimisme du début du siècle est déjà érodé par les tensions internationales, des défaites des Européens et quelques désillusions : défaites coloniales, naufrage du Titanic… Mais l’« École de Paris » ne rend pas les armes. Elle continue d’attirer à Montmartre et Montparnasse des peintres de tous horizons, tel le Japonais Foujita, qui débarque dans la Ville-Lumière en 1913.

La « Belle Époque » lance son chant du cygne avec le ballet Parade, créé par les Ballets russes de Diaghilev au théâtre du Châtelet (Paris), en pleine guerre, le 18 mai 1917, avec des décors de Picasso, une musique d’Erik Satie et un livret de Jean Cocteau.

Et vint l'art moderne : analyse d'une oeuvre clé

Ce tableau célèbre de Pablo Picasso est la première oeuvre véritablement cubiste et le point de départ de l'art moderne.

Les demoiselles d'Avignon a été peint en 1907 après un énorme travail de préparation (700 croquis et 20 peintures préparatoires).

La toile représente cinq prostituées qui hèlent le client dans un bordel de la rue Avinyò, à Barcelone (d'où son nom, qui n'a rien à voir avec la cité des papes). Les deux visages de droite sont des masques africains. Ils font suite à la découverte de l'art nègre par Pablo Picasso et son ami Georges Braque. Le peintre n'a pas hésité à désarticuler les corps pour mieux les représenter dans l'espace.

Ce principe, qui est à l'origine du cubisme, a semblé si révolutionnaire à l'époque que le tableau est resté longtemps caché dans l'atelier de l'artiste.

« Orages d’acier » (1914-1919)

Dès le déclenchement du conflit (1914-1918), justement appelé « Grande Guerre », les contemporains ont conscience que plus rien ne sera comme avant.

Métropole (tryptique de gauche), Otto Dix (1891-1969)En littérature comme en peinture, l’introspection et le rêve cèdent le pas au souvenir oppressant des tranchées. L’Allemand Ernst Jünger (1920) raconte son expérience des tranchées dans un livre à succès, Orages d’acier (1920) et le Français Roland Dorgelès dans Les Croix de bois. Les peintres expressionnistes allemands et autrichiens, tel Otto Dix, traduisent sur la toile l’horreur de la guerre et les misères de l’après-guerre.

Chez les artistes, dont beaucoup sont blessés et parfois se font tuer, s’installe le sentiment d’un monde devenu absurde. Certains tentent d’échapper à cette folie par la dérision.

C’est ainsi que le 8 février 1916, dans un cabaret de Zurich, le poète Tristan Tzara et ses amis proclament l'avènement du mouvement Dada ou « dadaïsme ». Comme son nom l’indique, ce mouvement à la fois artistique et littéraire est un pied de nez à l’art officiel, une remise en cause de toutes les conventions et contraintes. C’est une ébauche du « surréalisme » de l’entre-deux-guerres.

L’artiste surréaliste scrute et remet en question les rapports existant entre l’image et la réalité, en privilégiant l’imaginaire, l’inconscient, mis en évidence dans les premières années du XXe siècle par le médecin autrichien Sigmund Freud, et le rêve, ainsi que le préconise André Breton dans son Manifeste du surréalisme (1925). Il s’agit de« changer la vie » d’une manière provocante, radicale et révolutionnaire : turbulence et désordre deviennent la conséquence légitime de l’effondrement de l’Europe d’avant-guerre.

Le surréalisme trouve à s’exprimer dans la peinture avec Marcel Duchamp, Fernand Léger, Max Ernst, René Magritte, Giorgio Chirico, Man Ray, Joan Miro, Salvador Dali… Mais aussi dans la littérature avec André Breton et plus tard dans le cinéma avec Luis Buñuel.

« Années folles » (1919-1929)

Joséphine Baker ( 3 juin 1906 - 12 mars 1975) Le cinéma, un nouveau mode d’expression né à l’aube du XXe siècle, s’épanouit à Hollywood, près de Los Angeles. Les Américains ont pu en effet damer le pion aux Européens à la faveur de la Grande Guerre. En un temps exceptionnellement court fleurit tout ce qui fait la séduction du grand écran : la magie des salles obscures, le « star system », le reflet sur écran du monde réel et du monde rêvé…

Les « Années folles » d’après la Grande Guerre sont à l’image de ce cinéma ou encore du jazz, un nouveau genre musical né chez les anciens esclaves afro-américains : exubérantes et joyeuses à l'image de Joséphine Baker. Avec une touche d’effroi face à un monde vide de sens.

Nosferatu (Murnau, 1922) et Metropolis (Lang, 1927), films expressionnistes du cinéma allemand, traduisent cette touche d’effroi. Ils témoignent de la prodigieuse créativité allemande dans les années 1920, sous la République de Weimar, tout comme, en architecture, le mouvement Bauhaus, né à Weimar en 1919 à l’initiative de Walter Gropius.

Scène du film Le cuirassé Potemkine (Serguei Eisenstein, 1925)Il participe de la naissance de nouvelles formes architecturales avec, en France et aux États-Unis, Le Corbusier, Auguste Perret ou encore Franck Lloyd Wright.

Dans une moindre mesure, on observe aussi une certaine fébrilité artistique et intellectuelle en URSS avec le cinéaste Eisenstein ou encore le musicien Prokofiev, avant que le pays ne plonge dans le cauchemar stalinien.

Autrement plus tristes sont les années 1930, avec la crise économique et la montée des totalitarismes et de la guerre que nous annonce Picasso dans son célèbre tableau Guernica (1937).

Contestation et déconstruction (1945-1974)

Au débouché de ce long tunnel, qui se conclut en 1945 par la révélation de la Shoah et l’apocalypse nucléaire, surgit un monde définitivement revenu de ses illusions mais avide de revivre.

L’Europe occidentale retrouve l’espace de trois décennies une créativité qu’on pouvait croire morte.

La pensée française est à l’honneur, avec Jean-Paul Sartre et Albert Camus, qui déboulonnent les statues des grands ancêtres et s’interrogent sur la vie. L’anthropologue Claude Lévi-Strauss donne corps à une nouvelle façon de penser, le structuralisme.

Dans le cinéma d’après-guerre, le néoréalisme italien apporte un vent frais, avec des réalisateurs comme Fellini ou Vittorio de Sica. Les Anglais se manifestent dans un genre inédit, la chanson, aves des groupes qui deviennent des phénomènes de société, les Beatles et les Rolling Stones.

Les États-Unis se cherchent encore avec des romanciers, tels William Faulkner, Truman Capote, Ernest Hemingway… et des peintres comme Jackson Pollock, Edward Hopper ou Andy Warhol, qui cassent les codes artistiques. Même chose pour les pays émergents, dont on peut noter qu’ils commencent de cueillir des Prix Nobel de littérature à la fin du XXe siècle, tandis que l’Europe s’enfonce dans le marasme.

Nostalgie et musée (1974-2012)

Une oeuvre de Jeff Koons devant la fondation Guggenheim (Bilbao), photo : Fabienne Larané, 2012 À la fin du XXe siècle et en ce début du XXIe, l’Occident (l’Europe et l’Amérique du Nord) fait encore la pluie et le beau temps en matière culturelle, mais il se voit talonné par les pays d’Extrême-Orient, qui inventent de nouveaux modes d’expression comme les mangas.

La créativité occidentale s’est très fortement érodée du fait de la crise économique et démographique, ainsi que de la perte d’horizon collectif.

Paradoxalement, l’art devient, avec le sport, un substitut aux grandes idéologies passées (religion, politique, philosophie), le dernier vecteur de sens social. Les musées et les expositions attirent plus de foules que les rassemblements religieux ou politiques.

Pour les édiles municipales, l’érection d’un musée d’art est peut-être même en passe de devenir l’équivalent de l’érection des cathédrales au Moyen Âge. Il n’est que de considérer le Centre Pompidou et le Musée d’Orsay à Paris, la Tate Modern Gallery à Londres ou encore la Fondation Guggenheim à Bilbao, qui se donne pour vocation d’initier le public à l’art contemporain.

La fondation Guggenheim, à Bilbao (pays basque espagnol), détail, photo : Fabienne Larané, 2012

Cet art très disparate est à l’image de son siècle : individualiste. Il ne se réfère à rien de connu si ce n’est à l’artiste lui-même. Aucune œuvre ne peut être abordée et comprise sans une connaissance a priori de son créateur, de son parcours personnel et de ses intentions. Rien a voir avec l’art médiéval qui se conformait à des codes connus de tous et derrière lesquels s’effaçaient les artistes : scènes religieuses ou bibliques. Rien à voir non plus avec l’art renaissant ou moderne : scènes mythologiques, illustrations de l’Histoire ou de la vie quotidienne.

L’art contemporain se distingue aussi de tous ceux qui l’ont précédé par l’évacuation du beau. Il ne recherche ni la beauté, ni l’harmonie, ni même l’esthétique. Il se tient pour réussi dès lors qu’il suscite interrogation, réflexion ou émotion chez le spectateur. Cet art-là ne suscite plus guère de sarcasmes dans le public éclairé. On n’en est plus aux années 1960 quand Picasso était régulièrement l’objet de moqueries et son nom synonyme de travail bâclé ou incompréhensible.

André Larané
Publi ou mis jour le : 2019-07-09 12:02:50

 
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