Jacques-Louis David (1748 - 1825)

Le classique révolutionnaire !

Jacques-Louis David, Autoportrait, 1794, Paris, musée du Louvre.Secouez les pages des livres d'Histoire, il en tombera toujours un David ! C'est dire si l'œuvre de cet artiste à la vie de personnage de roman a marqué notre imaginaire collectif.

Lui qui a su naviguer au milieu des grandes tempêtes de la Révolution et de l'Empire au point de devenir « Premier peintre de l'Europe » avait avant tout une ambition : moderniser son art.

Il est d'autant plus étonnant qu'il passe aujourd'hui pour un peintre académique, totalement passé de mode. Loin des clichés, redécouvrons Jacques-Louis David, le peintre révolutionnaire.

Isabelle Grégor

Un petit Furoncle en devenir

Joseph-Marie Vien, Portrait de Jacques-Louis David adolescent (1765, Angers, Musée des Beaux-Arts)S'il y a bien un peintre né dans les dentelles, ce 30 août 1748, c'est bien le petit Jacques-Louis : son père Maurice David baignait en effet dans les fanfreluches qu'il vendait en gros aux bourgeois et aristocrates parisiens, cette frange privilégiée de la société que le  « Bien-Aimé »  Louis XV a convertie aux plaisirs et au luxe.

Son épouse, elle, préférait rappeler qu'elle venait d'une « grande » famille d'artistes avec une grand-mère cousine du célèbre peintre François Boucher. C'est décidé : Jacques-Louis bénéficiera de la meilleure éducation possible, à commencer par l'enseignement dispensé par les bons pères du couvent de Picpus.

Mais pour le jeune garçon, rien ne va comme prévu : c'est d'abord cette tumeur bénigne sur la joue, peut-être due à un mauvais coup d'épée lors d'un entraînement, qui lui vaut le surnom de Furoncle et qui fera dire à Walter Scott qu'il a « la plus hideuse tête qu'il eût jamais vue » ; ce sont aussi ces difficultés d'élocution qui en découlent. Et c'est enfin son père qui se fait tuer en duel dans des circonstances mystérieuses. L'honneur et la mort... des thèmes qui nourriront son œuvre.

Joseph-Siffred Duplessis, Portrait de Joseph-Marie Vien, 1784, Paris, musée du LouvreEn attendant, à 9 ans, son parcours prend un virage qui va décider de son avenir : le voilà pris en charge par ses oncles, des architectes qui l'envoient faire ses Humanités au collège parisien des Quatre-Nations.

Jacques-Louis n'y perd pas une miette des cours d'Histoire grecque et romaine, tout en griffonnant sans arrêt. Quelle drôle de manie !

Ce n'est pas l'avis du grand-cousin Boucher qui le recommande à Jean-Marie Vien, peintre et pédagogue reconnu. Avec un maître pareil, notre Furoncle de 17 ans est sur la bonne voie !...

Jacques-Louis David, Diane et Apollon perçant de leurs flèches les enfants de Niobé, 1772, Dallas, Museum of Art.

Opération réussie

Du moins le croit-il... Le 22 août 1772, il s'effondre : pour la seconde fois, il vient d'échouer au concours du prix de Rome. Lui qui était si sûr de son succès n'a pas compris que son style théâtral et rococo (dico) à la Boucher n'est plus à la mode.

Trop de mouvement, trop de fureur dans ce Diane et Apollon perçant de leurs flèches les enfants de Niobé (1772), on veut de l'austère antiquisant, du néoclassique ! Ajoutez à cela une cabale pour mettre en avant un autre élève, et voilà notre David qui devient suicidaire. Ce prix, il le veut ! Il finit par l'obtenir en 1774, au moment même où son maître Vien décroche le poste de directeur de l'Académie de France à Rome. Il est temps d'aller faire un tour en Italie !

Comme ses prédécesseurs qui n'auraient manqué pour rien au monde le fameux voyage formateur au milieu des ruines antiques, David fait des milliers de dessins. Il profite également de la Dolce Vita et de ses amours éphémères pour engrosser une servante... Le surmenage guette ! Son maître décide alors de l'envoyer prendre l'air du côté de Naples et de cet Herculanum qui commence à révéler ses trésors. L'endroit le subjugue, avec ses peintures qui lui semblent tellement supérieures aux pâles copies de Boucher qu'il s'épuise à réaliser. Vive la simplicité, vive la beauté pure ! C'est la révélation : « Il me semble qu'on vient de me faire l'opération de la cataracte. J'ai compris qu'il me faut divorcer avec tout ce que j'ai cru d'abord être le beau et le vrai ». Il n'y a plus qu'à se mettre au travail.

Jacques-Louis David, Danseuse au tambourin et vestale, s. d., Paris, musée du Louvre.

Au fond du gouffre

Profondément blessé par son second échec au prix de Rome, le jeune David songe à la mort, comme il l'expliquera près de 30 ans plus tard dans ses Mémoires (1808) :
« Je projetai de ne plus m’exposer dorénavant à une nouvelle humiliation. Je médite mon projet ; j’affecte un visage calme auprès de mes parents, et notamment auprès de mon oncle qui s’apprêtait à m’emmener dans sa voiture à la campagne. Je fais changer la partie, je préfère aller souper chez lui à Paris. Je me retire, toujours avec l’apparence de la plus calme indifférence, mais libre, enfin seul avec moi, je me dispose à exécuter mon projet. Ce projet, hélas, était de me laisser mourir de faim. [Ses proches, inquiets après 3 jours de silence, préviennent Gabriel-François Doyen, un des jurés du Prix]. Ils viennent aussitôt refrapper à ma porte mais, comme je ne lui répondais pas : « Quoi, dit Doyen d’une voix élevée, [...] il n’y a pas de bon sens, mon ami, quand on fait un pareil tableau on doit s’estimer plus heureux que ceux qui l’ont emporté sur vous, ils changeraient bien avec vous. »

Jacques-Louis David, Académie dit Patrocle, 1780, Cherbourg, musée Thomas-Henry.

« Je ne suis riche que de gloire »

Jacques-Louis David, Portrait du comte Stanislas Potocki, 1781, Varsovie, musée du palais de MilanòwAu travail ! Septembre 1780 le voit revenir à Paris où il met immédiatement en application ses nouveaux principes...

Il commence par créer un étonnant Portrait du comte Stanislas Potocki (1781) qui lui procure nombre de commandes et l'entrée au Salon où Denis Diderot préfère admirer l'antiquisant Bélisaire demandant l’aumône (1781).

Jacques-Louis David, La Douleur d'Andromaque, 1783, Paris, musée du LouvreTandis que sa carrière décolle, sa vie privée s'assagit avec son mariage avec Charlotte qui va lui donner quatre enfants et des moyens financiers pour ouvrir un atelier au Louvre. Il était temps !

Les jeunes artistes comme François-Xavier Fabre ou Anne-Louis Girodet n'en pouvaient plus d'attendre de pouvoir profiter de son enseignement.

Bien installé dans son rang de riche bourgeois, l'artiste peut travailler tranquillement à imposer ce nouveau style, le néoclassicisme, qui renvoie le rococo à la Boucher et Fragonard dans le placard des démodés.

Jacques-Louis David, Portrait de Charlotte David, 1813, Washington, National Gallery of ArtEn 1785, le peu loquace David fait parler de lui avec un coup de maître : commandé pour Louis XVI, son Serment des Horaces triomphe au Salon et assomme ses rivaux. Véritable coup d'État artistique, la toile est synonyme de consécration pour le peintre et pour son style qui affirme ici son originalité, faite de puissance et de sobriété.

Si la mise en scène est particulièrement soignée, le peintre n'en oublie pas l'expressivité des personnages comme le prouve la galerie de portraits de sa Mort de Socrate (1787).

Ses riches clients ne s'y trompent pas et n'hésitent pas à dépenser pour bénéficier du regard du maître. C'est ce que fera le couple Lavoisier qui commande un portrait à 7 000 livres pour symboliser sa propre réussite. Pour le peintre comme pour le modèle, quelle gloire !

Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces, 1785, Paris, musée du Louvre.

L'intransigeant

En 1789, David réalise Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils qui met en scène un père condamnant ses enfants pour avoir voulu rétablir la monarchie. Prémonition ? Pour le moment, même s'il est favorable aux idées nouvelles, il se tient à l'écart des soubresauts politiques, et accepte même la commande d'un portrait de Louis XVI. Ce projet est vite oublié lorsqu'on lui demande de représenter le serment du Jeu de paume pour l'accrocher à l'Assemblée nationale.

Jacques-Louis David, Le Serment du Jeu de paume, dessin préparatoire (détail), 1791, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.

Transporté, David en oublie l'Antiquité pour ne plus penser qu'à l'Histoire, celle qui se fait sous ses yeux : « Nation française, c'est ta gloire que je veux propager ! » Et il tient parole, se lançant dans la représentation de près de 1000 personnes, représentants du peuple et public mêlés.

Mais les événements s'enchaînent, les héros d'hier sont conspués, et David comprend qu'il n'aura pas le temps d'aller au bout de ce projet démesuré. Il faut déjà passer à autre chose !

La politique l'appelle : voici le citoyen David qui siège à la Convention où il s'empresse de demander la dissolution de cette Académie de peinture qui lui avait refusé un poste à Rome. Est-ce la rancune qui le pousse à surmonter ses problèmes de diction pour multiplier les discours écrits par d'autres ? Qu'importe si la royaliste Charlotte n'apprécie guère qu'il ait voté la mort du roi : un divorce plus tard (1794), il est enfin libre de rejoindre le Comité de sûreté générale pour aider son ami Robespierre à faire régner la Terreur. Il traque les suspects et les défère devant le Tribunal révolutionnaire. Il y met du zèle, n'hésitant pas à envoyer devant le tribunal révolutionnaire anciens amis, collègues et mécènes. Ce n'est plus sur les tableaux qu'il appose sa signature, mais sur près de 300 mandats d'arrestation ! Lui-même interroge de façon abjecte la reine Marie-Antoinette sur ses présumés rapports avec son fils !

Une âme voltige...

En 1846, lors d'une exposition, Charles Baudelaire s'arrête devant La Mort de Marat (1793), ce chef-d’œuvre de la propagande révolutionnaire qui a fait de l'Ami du peuple une icône à l'allure christique, un véritable saint laïc. Pour le poète, il s'agit surtout d'une des plus belles réussites de l'art moderne...
« Le divin Marat, un bras pendant hors de la baignoire et retenant mollement sa dernière plume, la poitrine percée de la blessure sacrilège, vient de rendre le dernier soupir. Sur le pupitre vert placé devant lui sa main tient encore la lettre perfide : « Citoyen, il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre bienveillance. » L’eau de la baignoire est rougie de sang, le papier est sanglant ; à terre gît un grand couteau de cuisine trempé de sang ; sur un misérable support de planches qui composait le mobilier de travail de l’infatigable journaliste, on lit : « A Marat, David. » Tous ces détails sont historiques et réels, comme un roman de Balzac ; le drame est là, vivant dans toute sa lamentable horreur, et par un tour de force étrange qui fait de cette peinture le chef-d’œuvre de David et une des grandes curiosités de l’art moderne, elle n’a rien de trivial ni d’ignoble. […]
Il y a dans cette œuvre quelque chose de tendre et de poignant à la fois ; dans l’air froid de cette chambre, sur ces murs froids, autour de cette froide et funèbre baignoire, une âme voltige. » (Charles Baudelaire, Le Musée classique du Bazar de Bonne-Nouvelle, 1846).

Marat assassiné, 13 juillet 1793, Jacques-Louis David, musée du Louvre

Traverser la tempête

Pendant ces années, la palette de David s'ennuie, négligée par le maître qui préfère se faire chef d'orchestre des fêtes grandioses que Robespierre veut offrir au peuple. Transfert des cendres de Voltaire (1791), funérailles de Marat (1793), fête de l'Être suprême (1794)... Le peintre a compris qu'il faut frapper les esprits, que l'Art doit servir l'État, et s'y emploie avec une passion qui n'est pas du goût de tout le monde : « Pompes et magnificences dignes de l'atroce démence du stupide David qu'autrefois j'ai chanté ! » s'insurge André Chénier. Guillotiné deux jours avant le 9 Thermidor, ce poète ne verra pas l'arrestation du « stupide David », auquel on reproche sa proximité avec Robespierre. N'avait-il pas affirmé qu'il était prêt à « boir[e] la ciguë » avec lui ?

Finalement, grâce au soutien de ses élèves, David échappe à la funeste charrette et ne fait que quelques mois de prison, le temps de se réconcilier avec sa palette et son ex-femme. Amnistié en 1795, il prend un mois plus tard le chemin de l'Institut de France, là-même où il avait été emprisonné. C'est le temps de la réconciliation, thème qu'il choisit de mettre en couleurs dans sa représentation des Sabines (1799) au style « grec pur ».

Fruit de trois années d'études, son grand tableau attire au Louvre des curieux qui n'hésitent pas à verser près de deux francs (une première !) pour vérifier si les anatomies des personnages antiques sont aussi belles que celles de leurs modèles parisiens... Convaincue, la nouvelle bourgeoisie, qui triomphe au Directoire, s'arrache David qui sait se faire désirer. Juliette Récamier s'impatiente-t-elle ? Tant pis pour elle, son portrait restera inachevé !

Jacques-Louis David, Portrait de Madame Récamier, 1800, Paris, musée du Louvre.

« Quelle tête il a ! »

« C'est pur, c'est grand, c'est beau comme l'antique ! » Celui que David couvre de louanges et qu'il appelle « mon héros » n'est autre que le jeune Napoleone Buonaparte. Il l'a rencontré lors d'un dîner en 1797 et depuis s'attache à accéder aux demandes de ce général qui semble vouloir reprendre les combats de la Révolution. Le  conquérant souhaite-t-il être figuré « calme sur un cheval fougueux » pendant la traversée des Alpes ? Exit le mulet originel, remplacé par un étalon mieux assorti au héros, qui a d'ailleurs refusé de poser.

Jacques-Louis David, Serment de l'armée fait à l'Empereur après la distribution des aigles, 5 décembre 1804, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.Si le mécène est toujours pressé, il n'en est pas moins généreux comme le prouvent les sommes assez coquettes qu'il fait verser et que s'empresse de collecter celle qui est redevenue madame David en 1796. Une Légion d'honneur plus tard, le désormais « Premier peintre de l'Empereur » continue à assouvir son ambition à coups de commandes officielles jusqu'à ce que l'une d'elles se démarque quelque peu : le souverain désire quatre immenses compositions destinées à garder le souvenir de sa consécration. Quel défi !

David va le relever haut la main en créant, à l'aide de quelques-uns des 400 élèves qu'il aura formés au long de sa carrière, deux œuvres colossales : un Serment de l'armée fait à l'Empereur... (1804) d'abord, tout en dynamisme.

Et pour finir, le fameux Sacre de l'Empereur... (1807), totalement statique. L'artiste profite de la venue à Paris du pape Pie VII, à l'occasion du sacre, pour réaliser aussi son portrait, cruel de vérité.

Napoléon et son peintre sont alors au sommet de leur art respectif, mais plus pour très longtemps...

« On marche dans ce tableau ! » (Napoléon Ier)

Entre David et Napoléon, les relations n'ont pas toujours été placées sous le signe de la franche cordialité... L'un réclamait toujours plus, l'autre se méfiait de ce peintre quelque peu opportuniste. Mais tous deux finirent par s'accorder autour d'un projet à la démesure de leurs personnalités : Le Couronnement de l'impératrice Joséphine... (1807), vite rebaptisé Le Sacre de Napoléon, est à lui seul une collection de superlatifs.

D'une taille de 9,7 mètres sur 6, ce chef-d’œuvre de la peinture d'Histoire et de propagande enferme dans ses 61 m2 pas moins de 191 personnages dont la plupart vinrent poser pour le maître. Parmi eux, le héros du jour est représenté couronnant son épouse et non posant sur sa propre tête la couronne de Charlemagne, comme il était prévu à l'origine. Trop m'as-tu-vu ! Déjà que les frères Goncourt raillaient cette « toile de foire devant l'apothéose du grand saltimbanque »...
Il est vrai que « cette toile de foire » et son décorum étouffant ne manquent pas de détails inattendus : tout d'abord la présence de Madame Mère qui, en fait, était restée bouder à Rome pour protester contre la brouille qui divisait ses chers fils. À gauche, le petit turbulent est Napoléon Charles, ce neveu que le souverain songeait à adopter et qu'il souhaitait donc mettre en avant. Les sœurs de Napoléon sont alignées derrière lui : après avoir longuement râlé, elles ont enfin pu lâcher le lourd manteau de Joséphine, qui a de peu évité une chute malheureuse... Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle ne fait pas ses 41 ans ! Rejeté sur la droite, cantonné au rôle de figurant, le pape Pie VII lève la main pour bénir, geste que l'Empereur voulait absolument faire apparaître : « Je ne l'ai pas fait venir de si loin pour qu'il ne fasse rien ! » Enfin, la galerie de portraits est complétée par David lui-même qui, à la façon d'un Velasquez, s'est représenté en pleine action dans la tribune, crayon à la main. Une façon de signer son œuvre, en quelque sorte...

Le maître des miroirs

Jacques-Louis David, Napoléon dans son cabinet de travail, 1812, Washington, National Gallery of Art.Lorsqu'il livre enfin en 1814, après 14 ans d'efforts, ce portrait d'un guerrier vaincu qu'est son Léonidas aux Thermopyles, David témoigne malgré lui de la fin d'une époque.

L'artiste est démis de ses fonctions par Louis XVIII avant de les retrouver quelques mois plus tard, dans l'enthousiasme des Cent Jours.

La joie sera de courte durée : la défaite de Waterloo le convainc qu'il faut choisir l'exil...

Léonidas aux Thermopyles (Jacques-Louis David, 1814, Huile sur toile - 3.95 x 5.31m, Louvre)

C'est à Bruxelles que David s'installe, à 68 ans, pour recommencer une carrière de portraitiste. Ainsi du portrait ci-dessous de deux nièces de l'Empereur ou de l'ex-révolutionnaire abbé Sieyès, en exil comme lui.

Il meurt à Bruxelles dix ans plus tard, le 29 décembre 1825, après avoir refusé de céder à tous ceux qui l'imploraient de revenir : « Ce que je devais faire pour ma patrie, je l'ai fait […]. J'ai rempli ma tâche. C'est au gouvernement à remplir la sienne ». David repose aujourd'hui toujours en Belgique, au cimetière d'Evere.

Zénaide et Charlotte Bonaparte, filles de Joseph Bonaparte et Julie Clary, nièces de Napoléon Ier (portrait par Jacques-Louis David, 1821)David est un peintre singulier : on l'adore ou on le déteste ! Si son talent de dessinateur et d'anatomiste est reconnu, on lui reproche d'être « décidément inhabile à peindre les âmes » (Stendhal). Un défaut impardonnable pour la génération romantique ! Trop froid, trop rigide, trop démonstratif, son art est réduit à une pâle copie de l'antique. Pourtant, si David a su, à l'opposé des peintres pompiers, traverser les ans, c'est bien parce que ses plus célèbres tableaux ne se contentent pas de la simple représentation d'adorables scènes mythologiques mais sont en lien direct avec les enjeux de leur époque, que ce soit les années révolutionnaires ou celles de l'épopée napoléonienne : derrière Brutus, il y a le dévouement à la République ; derrière Léonidas, la gloire du sacrifice. Cette réussite vient de son art de la composition, très théâtrale dans des décors réduits au minimum, et de son désir de privilégier les corps et leurs expressions. Ne peignait-il pas ses personnages nus avant de les recouvrir de vêtements ?

Ne réduisons donc pas David au terme de néoclassique : son « composé singulier de réalisme et d'idéal » (Eugène Delacroix) est bien plus qu'un nouveau classicisme dont il a, il est vrai, subi l'influence. Grand admirateur de Poussin, il souhaitait comme lui faire de ses toiles des sujets de réflexion pour prouver « que le génie des arts ne doit avoir d'autre guide que le flambeau de la raison ». Devenu un véritable « tyran des arts », ce perfectionniste avait avant tout l'ambition de mettre la peinture au service de son temps. Lui qui aimait placer des miroirs à côté de ses œuvres pour leur donner de l'ampleur nous a transmis, avec ses toiles connues dans le monde entier, un magistral reflet de son époque.


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Une oeuvre, une époque
Publié ou mis à jour le : 2025-12-28 14:30:58
Jonas (22-12-2025 09:19:59)

JOYEUX NOËL a tous les amis et à l'équipe d'herodote!
Un des plus beaux tableaux de David reste selon les meilleurs spécialistes Marat assassiné.

Alain (21-12-2025 15:41:01)

Isabelle, je vous remercie pour ce magnifique cadeau du temps des Fêtes. Pouvoir admirer ces chefs-d'oeuvre me comble de bonheur. À vous et à toute l'équipe, je souhaite un JOYEUX NOËL et une ... Lire la suite

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