De Lucy à nous

La population mondiale depuis les origines

On évalue à 80 milliards le nombre de visiteurs humains sur cette planète depuis les débuts de l'humanité, il y a trois millions d'années.

Selon l'historien Pierre Chaunu, la France en aurait accueilli cinq milliards environ, du fait de sa situation et de son climat privilégiés. Elle fait figure de record mondial par la densité de ses tombes !

André Larané
La population du monde au fil des âges

-35000 (Aurignacien et Paléolithique supérieur)
-10000
-5000 ( agriculture)     
JC
500
1500
1800
1900
1950
2000
2100

1 million d'hommes
10 millions d'hommes
80 -
250 -
200 -
460 -
800 -
1600 -
2500 -
6000 -
10000 -

« Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez » (Genèse)

Dieu a des raisons d'être satisfait : l'homme est en voie d'accomplir la mission qu'il lui a fixée dans la Genèse. C'est ce que nous enseigne le petit tableau ci-dessus avec une multiplication par dix mille de la population humaine depuis le Paléolithique supérieur, il y a 35 000 ans. Reste à se demander s'il faut s'en réjouir. Nos conditions de vie actuelles, incontestablement plus agréables que celles de l'Aurignacien, le laissent penser. Mais l'on se dit aussi que l'heure de la pause est venue. Nous verrons que celle-ci peut être aussi difficile à gérer que la croissance...

La population des grandes régions du monde au fil des âges
régions / datation
en millions d'habitants
-400 JC 500 1000 1300 1400 1500 1700 1800 1900 1950 2000 2050
Asie (sans Russie)
% du total mondial
dont :
Chine et Corée
Japon
Sud-Est asiatique
Monde indien
Moyen-Orient

Occident
% du total mondial
dont :
Europe yc Russie
Amérique du nord
Amérique latine
Océanie

Afrique
% du total mondial
dont :
Afrique du nord
Afrique noire
94
61%

19
0,1
3
30
42

41
27%

32
1
7
1

17
11%

10
7
168
67%

70
0,3
5
46
47

56
22%

43
2
10
1

25
10%

13
12
120
57%

32
2
8
33
45

57
27%

41
2
13
1

32
15%

12
20
155
60%

56
7
19
40
33

62
24%

43
2
16
1

40
16%

10
30
240
56%

83
7
29
100
21

120
28%

86
3
29
2

69
16%

9
60
200
53%

70
8
29
74
19

106
28%

65
3
36
2

68
18%

8
60
243
53%

84
8
33
95
23

129
28%

84
3
39
3

86
19%

8
78
436
64%

150
28
53
175
30

140
20%

125
2
10
3

106
16%

9
97
646
67%

330
30
68
190
28

221
23%

195
5
19
2

101
10%

9
92
902
56%

415
44
115
290
38

593
37%

422
90
75
6

118
7%

23
95
1404
55%

590
82
165
493
51

803
31%

549
172
169
13

229
9%

49
180
3631
60%

1273
126
653
1320
259

1631
27%

782
307
512
30

800
13%

143
657
5324
54%

1475
97
839
2267
387

2008
20%

728
445
776
59

2473
25%

392
2081
Total mondial 152 250 209 257 429 374 458 682 968 1613 2536 6062 9804

Permanences et ruptures

Les estimations ci-dessus sont empruntées à Jean-Noël Biraben (INED, Population & Sociétés, numéro 394, octobre 2003) sauf l'avant-dernière colonne, extraite d'Atlasocio.com, et la dernière, extraite de 2015 World Population Data. Il ne s'agit, pour les siècles passés, que d'hypothèses sujettes à débat. Par exemple, en ce qui concerne les Amériques en 1400, Pierre Chaunu table sur 75 à 80 millions d'habitants plutôt que 39...

En 2500 ans, ainsi que le montre le tableau, la population de la Terre a été multipliée par 40, de 150 millions d'être humains à plus de 6 milliards au début du XXIe siècle (sans doute plus de dix en 2100).

• La part de l'Asie est restée relativement stable au fil des siècles et des millénaires (environ 60% du total de l'humanité).

• L'Europe a connu un pic démographique exceptionnel à son apogée, vers 1900 : 25% de la population mondiale se concentrait sur son sol et à cette masse s'ajoutaient les émigrants du Nouveau Monde ! Mais depuis un siècle, le Vieux Continent connaît une régression brutale et n'abrite plus aujourd'hui qu'un homme sur dix au lieu d'un sur cinq ou six dans les siècles passés.

• Quant au Nouveau Monde, il mérite amplement son nom : la population des Amériques, de négligeable qu'elle était jusqu'au XVIIIe siècle, en est arrivée à représenter aujourd'hui plus d'un dixième de l'humanité.

• Après un déclin relatif au XIXe siècle, l'Afrique subsaharienne a non seulement retrouvé son niveau des siècles antérieurs (10 à 15% de la population mondiale) mais est en voie de très largement le dépasser. Sa croissance explosive, depuis les années 1950 et dans le siècle en cours laisse les démographes et les gouvernants sans voix. 

Explosions démographiques

Il y a 35 000 ans seulement que l'humanité a franchi le cap du... million d'individus vivants ! Les glaciations ont favorisé l'expansion des hommes sur toutes les terres émergées en abaissant le niveau des mers et en reliant plus ou moins les terres entre elles.

Depuis lors, l'humanité a connu deux grandes poussées démographiques à la faveur de deux bouleversements socio-culturels :

- Il y a 10 000 ans, sédentarisation et agriculture :

La première poussée démographique est issue de la sédentarisation des hommes et du développement de l'agriculture, au Moyen-Orient, en Chine, au Sahara et dans les Andes, il y a moins de 10 000 ans. Nous pouvons situer cette première poussée démographique au IVe millénaire avant notre ère, avec la naissance des premières cités-États en Mésopotamie : en à peine un millénaire, la population humaine décuple de 15 millions à 150 millions d'âmes ! Pareil rythme de croissance ne se retrouvera qu'à la fin du IIe millénaire de notre ère. 

250 millions d'hommes vivaient sur la Terre au temps du Christ, il y a 2 000 ans. Les deux grands empires de l'époque, Rome et la Chine, concentraient chacun environ 50 millions d'âmes (20% de la population mondiale).

Cinq siècles plus tard, à la fin de l'Antiquité, la population mondiale avait décliné aux environs de 200 millions d'hommes, sous l'effet de la dénatalité, des désordres et des invasions qui avaient affecté 

La croissance a repris, plus ou moins régulière, avec en particulier un doublement de la population en Chine et en Europe au XVIIIe siècle, en raison d'une élévation de la température et d'une amélioration des rendements agricoles. L'humanité a ainsi atteint un milliard d'individus au milieu du XIXe siècle.

- Il y a 200 ans, progrès de l'hygiène et révolution industrielle :

La deuxième poussée démographique se déroule sous nos yeux ; elle a débuté au début du XXe siècle grâce à l'amélioration de l'hygiène, aux progrès de la médecine préventive (vaccinations) et à la révolution industrielle qui a mis un terme aux disettes et aux famines.

La croissance de la population mondiale s'est poursuivie à un rythme accéléré jusqu'à la fin du XXe siècle (2,5 milliards d'hommes vers 1950 et 6 milliards vers 2000).

Ce dynamisme démographique est allé de pair avec une amélioration générale des conditions de vie dans les pays occidentaux. C'est encore plus vrai dans les pays du tiers-monde, comme le montre Jean-Claude Chesnais. Dans un essai bien argumenté : La revanche du tiers-monde (Robert Laffont, 1987), l'historien démographe fait ainsi litière des sombres prophéties du pasteur anglais Robert Malthus (1766-1834) et qualifiées pour cette raison de « malthusiennes ».

Mais cette deuxième poussée démographique est en voie d'achèvement dans le monde entier à l'exception notable de l'Afrique subsaharienne. Les pays développés d'Occident (monde européen) et d'Extrême-Orient (monde chinois) sont même entrés depuis la fin du XXe siècle dans une récession démographique comme le monde n'en a jamais connue en temps de paix...

Le Québec, un tête-à-queue sans précédent en matière démographique

L'histoire du Québec témoigne des plus extrêmes contrastes en matière de fécondité. Les premiers colons qui s'installèrent en Nouvelle-France étaient pour l'essentiel des paysans normands bien formés aux travaux de la terre. Bénéficiant dans leur patrie d'adoption de ressources abondantes, ils surent les faire fructifier et furent en mesure de nourrir des familles très nombreuses.

C'est ainsi que les cinq ou six millions de Québécois actuels descendent pour l'essentiel de 1 200 colons venus de la région de Mortagne-au-Perche au XVIIe siècle, lesquels ont eu génération après génération six à sept enfants en moyenne jusqu'au XIXe siècle (autant que les Nigériens actuels)...

Brusquement, dans les années 1970, ces mêmes Québécois(es) se sont détournés des maternités. Leur indice conjoncturel de fécondité s'établit aujourd'hui à 1,6 enfants par femme, soit au même niveau qu'en Europe. Cela signifie que les descendants des courageux colons de Nouvelle-France pourraient voir leur nombre diminuer de moitié d'ici un siècle et des 9/10e d'ici trois siècles...

Bibliographie

En matière de démographie, la France dispose de spécialistes de réputation mondiale qui se sont formés dans le sillage du regretté Alfred Sauvy.

Sur l'évolution du nombre des hommes, on peut consulter avec profit l'article de Jean-Noël Biraben, dans Population & Sociétés (Numéro 394, octobre 2003). Ce bulletin mensuel accessible aux non-spécialistes est édité par l'INED (Institut national d'études démographiques, Paris). Il adapte en français, tous les deux ans, le tableau récapitulatif de la population mondiale publié par la Division de la Population des Nations Unies. On peut aussi se référer à d'excellents livres de vulgarisation comme celui de Jacques Vallin : La population mondiale (La Découverte, 1986), d'autant plus intéressant qu'à trente ans d'intervalle, son auteur apparaît singulièrement perspicace.

Nous recommandons enfin le livre de référence de Gérard-François Dumont, qui établit « six lois démographiques », à la conjonction de l'Histoire et de l'anthropologie : Démographie politique (Ellipses, mars 2007). Le démographe anime par ailleurs la revue Population & Avenir (5 numéros par an), un outil d'une excellente tenue, propre à séduire les étudiants et les amateurs.


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Bientôt dix milliards
Publié ou mis à jour le : 2019-09-28 17:31:30

 
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