« Belle Époque » - L'attrait de la guerre - Herodote.net

« Belle Époque »

L'attrait de la guerre

L'empereur Guillaume II de Hohenzollern en 1915 (27 janvier 1859, Berlin - 4 juin 1941, Doorn, Pays-Bas)Après l'armistice de 1918, l'empereur Guillaume II et les Allemands furent accusés par les rédacteurs du traité de Versailles d'avoir été à l'origine du conflit, en particulier en ayant encouragé l'Autriche-Hongrie à agresser la Serbie, le 5 juillet 1914.

Dès 1925, à la demande du gouvernement français, le jeune historien Pierre Renouvin publia un petit essai qui prétend démontrer leur responsabilité écrasante : Les origines immédiates de la guerre (28 juin-4 août 1914).

L'auteur fait l'instruction à charge des inculpés. Il écarte la psychologie des acteurs et le contexte militaire, notamment la crainte maladive de l'Allemagne d'être broyée par la tenaille franco-russe. Plus gravement, il ne dit rien du séjour à Saint-Pétersbourg, en juillet 1914, de l'exécutif français. Il ne dit rien de la Serbie, que l'on qualifierait pourtant aujourd'hui d'« État-voyou ». Il tient l'engagement russe à ses côtés et l'engagement de la France aux côtés de la Russie comme allant de soi etc.

Plus mesuré mais tout aussi univoque, l'historien René Grousset (Bilan de l'Histoire, 1946) dit son incompréhension devant l'attitude des empires centraux  : « À bien lire l'Histoire, on s'aperçoit que le plus souvent, un empire, un État, une civilisation, une société ne sont détruits par l'adversaire qu'autant qu'ils se sont préalablement suicidés. Jamais cette constatation n'aura été plus exacte que pour l'Allemagne de 1914. Qui eut osé l'attaquer ? En Afrique, elle obtenait par la menace tous les agrandissements qu'elle exigeait. Sur les mers, les Anglais se déclaraient incapables d'arrêter son avance commerciale. Et voilà que, délibérément, dans un geste de folie collective, elle provoquait cette lutte sur les deux fronts, cauchemar de Bismarck comme de Bülow ; voici qu'elle soudait contre elle la coalition des Anglo-Saxons, des Latins et des Slaves. Suicide, s'il en fut jamais. Suicide, hélas ! aussi pour l'Europe dont l'Allemagne constituait le centre géographique et dont elle était depuis 1871 la puissance dirigeante. Suicide pour la civilisation occidentale qui ne se remettrait jamais complètement de la catastrophe de 1914 et roulerait de là dans celle de 1939 ».

Après la Seconde Guerre mondiale, chacun mit l'accent sur le « militarisme » allemand comme cause première du conflit, à défaut de pouvoir démontrer la responsabilité de Berlin dans le processus qui a mené de l'attentat de Sarajevo à la déclaration de guerre. Cela revenait à reprocher aux Allemands les qualités d'ordre, de travail, de cohésion et de discipline qui avait fait aussi le succès de la reconstruction pacifique du pays après la guerre. Si tout État réputé « militariste » doit déclencher une grande guerre, étonnons-nous de n'en avoir pas eu avec l'URSS et craignons d'en avoir demain avec la Chine...

Cent ans après les faits, le moment semble enfin venu de regarder avec plus de détachement les origines de la guerre.

La meilleure étude et la plus complète nous paraît être indubitablement celle de l'historien australien Christopher Clark : Les somnambules (Flammarion, 2013). En remontant dix ans plus tôt au changement brutal de dynastie en Serbie, l'auteur montre de façon très acérée les différentes facettes d'une situation internationale qui a lentement conduit au drame.

En refermant son ouvrage (trois fois plus dense que celui de Pierre Renouvin), on reste sur l'impression d'un : Tous coupables ! Elle se reflète dans le propos désabusé du chancelier allemand Theobald von Bethmann-Hollweg devant le conseil des ministres, le 30 juillet 1914 : « Tous les gouvernements, y compris les Russes, et la majorité des peuples sont en leur for intérieur pacifiques mais ils ont perdu le cap et la machine s'est emballée ».

L'Europe à la veille de la Grande Guerre

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L'Europe à la veille de la Première Guerre mondiale - 1914
Cette carte montre l'Europe en 1914. On note la très nette diminution du nombre d'États, en comparaison des siècles antérieurs (1648). Deux empires à dominante germanique et par ailleurs alliés, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, occupent le coeur du continent. Ils seront l'âme du conflit à venir. 


Publié ou mis à jour le : 2019-07-01 13:09:52

 
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