1933-1945

Résister au nazisme

Le cinéma, la littérature et la politique ont abondamment relayé les histoires de maquisards, combattants de l’ombre et combattants des ghettos  qui ont affronté le nazisme les armes à la main. Cette résistance insurrectionnelle n’en resta pas moins marginale, sauf dans les Balkans, en Yougoslavie, où la Wehrmacht dut combattre la guerilla pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale.

Plus significative est la résistance civile qui a eu cours en Allemagne même et dans les territoires occupés. Elle recueillit un succès variable ainsi que l’a bien montré l’historien Jacques Semelin dans un ouvrage de référence sur le sujet, Sans armes face à Hitler (Payot, 1989).

De 1933 à 1936, Hitler joue sur du velours

Hitler salue Hindenburg à Postdam le 21 mars 1933Rétrospectivement, il est plus aisé de refaire l'Histoire que de la comprendre. Quand le chef du parti nazi est appelé à la Chancellerie du Reich, en 1933, les voisins et les anciens adversaires de l'Allemagne s'en émeuvent mais sans plus. Depuis la fin de la Grande Guerre, quinze ans plus tôt, plusieurs États européens ont déjà sombré dans des régimes non-démocratiques, à l'image de l'Italie de Mussolini, laquelle apparaît somme toute plus rassurante que l'URSS de Staline, qui, au même moment, extermine par la famine la paysannerie ukrainienne.

Hitler lui-même se pose en imitateur de Mussolini et ses foucades antisémites n'inquiètent pas outre-mesure. Elles correspondent aux moeurs de l'époque. De l'URSS aux États-Unis, en passant par la Pologne, l'Autriche, la France et même la Grande-Bretagne, les antisémites ont pignon sur rue. Et en Allemagne même, on se rassure en se disant qu'il ne s'agit que de propos de tribune. Après tout, ainsi que le note l'historien anglais Laurence Rees, beaucoup de SA (miliciens nazis) ont des petites amies juives et ne sauraient leur vouloir du mal !

Engelbert Dollfuss, chancelier autrichien (4 octobre 1892 ; 25 juillet 1934)D'ailleurs, après quelques violences initiatiques (incendie du Reichstag et boycott des commerces juifs le 1er avril 1933), Hitler fait bonne figure pendant deux ans, jusqu'à la publication des lois antisémites de septembre 1935.

Le seul dirigeant qui le combatte ouvertement est le chancelier autrichien Engelbert Dollfuss. Conservateur catholique, il craint à juste titre que Hitler ne s'empare de son pays et n'hésite pas à emprisonner des nazis autrichiens. Une première en Europe.

Il est assassiné dès le 25 juillet 1934 par des nazis autrichiens commandités par Hitler mais il ne se trouvera aucun gouvernant pour en faire reproche au Führer.

Le 13 janvier 1935, c'est sans état d'âme que les habitants de la Sarre demandent par référendum à revenir dans le Reich. Et le 16 mars 1935, Hitler annonce le rétablissement du service militaire en violation du traité de Versailles, tout en réitérant ses intentions pacifistes.

Paradoxe absolu, il n'y a guère à ce moment-là que le président du Conseil français Pierre Laval qui s'inquiète de la montée en puissance de l'Allemagne. Il constitue avec Mussolini le « front de Stresa » (11 avril 1935). Dans le même temps, il signe avec Staline un traité d'assistance mutuelle (2 mai 1935).

Tout cet échafaudage va s'effondrer quelques semaines plus tard, suite au lâchage des Britanniques, qui concluent un accord naval avec l'Allemagne, et à l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie en octobre 1935. Le Duce ne trouvera appui et compréhension qu'auprès de Hitler, qu'il craint et méprise par ailleurs. Dépité et aveuglé par son pacifisme, Laval basculera pendant la guerre, ainsi qu'on le sait, vers une collaboration immonde avec l'occupant.

Difficile dans ces conditions d'imaginer la suite pour un citoyen ordinaire et un démocrate sincère.

Hitler au congrès de Nuremberg de septembre 1935 ; à sa droite, Rudolf Hess, en uniforme et tête nue ; à sa gauche, Julius Streicher, en uniforme et tête nue (BundesArchiv)

De 1936 à 1942, Hitler vainc au culot

L'année suivante, le 7 mars 1936, Hitler réoccupe la Rhénanie en violation du pacte de Locarno de 1925. Les Français, en pleine campagne électorale (il en sortira le gouvernement de Front Populaire), restent sans réagir. Il eut suffi pourtant que les troupes stationnées sur la rive gauche lèvent leurs fusils pour que Hitler recule car il savait n'être pas encore de taille à lutter. « Le 7 mars 1936 était probablement la dernière occasion de porter un coup d'arrêt à la politique du fait accompli du 3ème Reich », écrit l'historien René Rémond.

Plus rien ne subsiste des garanties militaires que la victoire de 1918 avait données à la France...

En juillet 1936, l'Espagne républicaine entre dans une guerre civile et les rebelles appellent à l'aide Mussolini et Hitler. De son côté, le Frente Popular au pouvoir à Madrid appelle à l'aide son homologue français, le Front Populaire de Léon Blum. Ce dernier ne ménage pas son soutien sous forme d'argent, d'armes et d'avions. Mais il se garde sagement de toute immixtion officielle dans le conflit, ce qui lui vaut de sévères critiques du camp communiste.

Serait-il intervenu officiellement aux côtés du gouvernement espagnol que l'on aurait peut-être eu, avec trois ans d'avance, une guerre avec l'Allemagne, mais cette fois sans le soutien des Britanniques et des Américains qui auraient dénoncé le retour du bellicisme français !

Nous n'avons plus ensuite qu'une longue succession de reculades et de reniements. Annexion de l'Autriche en mars 1938 (Anschluss), accords de Munich et dépeçage de la Tchécoslovaquie en septembre 1938.

Cela nous vaut ce mot de Winston Churchill à l'adresse des gouvernants britanniques et anglais : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre ». Le colonel Charles de Gaulle écrit de son côté le 1er octobre 1938, au lendemain des accords : « Peu à peu, nous prenons l'habitude du recul et de l'humiliation à ce point qu'elle nous devient une seconde nature. Nous boirons le calice jusqu'à la lie ».

Pour les esprits clairvoyants, il n'y a plus guère d'équivoque sur la suite des événements... En Allemagne et en Autriche, quelques citoyens parmi les plus humbles prennent pleinement conscience de la malfaisance du nazisme et s'interrogent avec un courage surhumain sur leur devoir.

Georg Elser (4 janvier 1903, Hermaringen ; 9 avril 1945, Dachau)Il y a les témoins de Jéhovah qui, fidèles à leur refus de porter les armes, acceptent le martyre dans l'anonymat. Il y a aussi des hommes de foi comme le paysan Franz Jägerstätter, mort pour avoir refusé de prêter serment à Hitler et dont le cinéaste Terrence Malick a popularisé l'héroïsme.

Il y a également le menuisier Georg Elser qui a secrètement manigancé un attentat contre le Führer le 9 novembre 1939. Il s'en est fallu de 13 minutes qu'il réussisse et sauve 50 millions d'hommes !

Certains juifs commencent à partir. C'est le cas de Sigmund Freud ou encore de Stefan Zweig, qui s'est établi à Londres dès 1934. Mais beaucoup d'autres persistent à espérer un improbable arrangement. La morale de cette histoire nous est fournie par le cinéaste américain Billy Wilder (Certains l'aiment chaud), né en Autriche-Hongrie dans une famille juive : « Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz ».

Dans ce moment où tout semble réussir à Hitler, ne croyons pas pour autant que le peuple allemand est soudé derrière son Führer. L'historien et journaliste américain Wilhelm Reich raconte dans Histoire du IIIe Reich que Hitler fut très désappointé par la joie des Berlinois à l'annonce des accords de Munich. Comme les Français et les Anglais, les Allemands, dans leur immense majorité, n'attendaient rien d'autre que la paix et ils le firent savoir en manifestant dans la rue !

« Avec ce peuple, je ne puis encore faire une guerre », se plaint Hitler. C'est afin de ramener les Allemands dans son sillage qu'il organise le mois suivant la Nuit de Cristal, un pogrom géant (dico). Les voilà dès lors compromis avec le nazisme par leurs actes ou tout bonnement leur passivité. Les opposants n'ont d'autre solution que de se taire en attendant des jours meilleurs. D'ailleurs, les succès de la guerre-éclair contre la Pologne puis contre la Belgique, les Pays-Bas et la France peuvent leur laisser espérer un retour rapide à la stabilité et à la paix...

Jouant des lâchetés des uns et des autres, Hitler tombe le masque. Le 30 janvier 1939, devant le Reichstag, il menace en cas de guerre mondiale de procéder à « l'anéantissement de la race juive en Europe ». Comme à son habitude, il tiendra parole. Et dans une instruction secrète datée du 1er septembre 1939, jour de l'entrée en guerre contre la Pologne, il ordonne « la mise à mort des malades incurables », première application de l'euthanasie active.

Mgr Clemens-August von Galen, comte-évêque de Munster (1878-1946)C'est finalement sur ce point que va se manifester la résistance populaire. Les Allemands sont dans leur ensemble restés passifs face à la montée des persécutions contre les Juifs (tout comme les Français sous le gouvernement de Vichy). Par contre, dans les familles qui ont des enfants handicapés, on s'émeut très vite de ne plus recueillir que leurs cendres. Plus grave encore, les militaires s'inquiètent du sort des soldats qui auront été gravement blessés au combat. Va-t-on aussi euthanasier ces héros ?

Le 3 août 1941, un évêque catholique, Monseigneur von Galen, ose dénoncer du haut de sa chaire « Aktion T4 », nom de code de l'euthanasie. Hitler, peu soucieux de se mettre à dos la population au moment où s'engage la lutte finale contre l'URSS, suspend l'opération. Preuve est faite que la mobilisation populaire peut changer le cours des choses. Mais cette preuve sera de peu d'effet sur les événements.

De 1942 à 1945, Hitler perd sur le terrain (Afrique et URSS)

C'est en définitive sur le champ de bataille que se jouera le sort du nazisme. Après une succession ininterrompue de victoires, la Wehrmacht est arrêtée devant Moscou à l'hiver 1941. Plus gravement, l'année suivante, l'Afrikakorps de Rommel est vaincue à El-Alamein (Égypte) par les Britanniques (épaulés par les Français Libres). C'est le tournant décisif de la guerre. Plus tard, Churchill constatera avec justesse : « Avant El-Alamein, nous n'avons jamais eu de victoire, après El-Alamein, nous n'avons jamais eu de défaite ! »

Quelques mois plus tard, le 2 février 1943, les armées du général Paulus capitulent à Stalingrad. À partir de là, le sort du IIIe Reich est scellé. Pourtant, il faudra encore plus de deux ans avant que les nazis ne soient neutralisés. Deux longues années durant lesquelles vont s'accomplir les pires horreurs. Les camps d'extermination fonctionnent à plein régime et les SS perdent tout scrupule dans la répression des populations assujetties. Tous les gens qui se sont compromis peu ou prou dans les crimes nazis, en Allemagne et dans les pays occupés, n'espèrent aucune indulgence de la part de leurs adversaires. Ils placent leurs espoirs dans une fuite en avant, suicidaire.

Dans le même temps, chez les opprimés et les opposants, on hésite moins à relever la tête. Le danger n'est pas moindre mais l'espoir est au bout du fusil ou du tract...

À Munich, les étudiants de « La Rose blanche » (Die Weiße Rose en allemand) n'ont rien calculé du tout. Portés par leur foi (protestante), ils ont exprimé dès l'automne 1942 leur révolte en distribuant par la poste des milliers de tracts. En février 1943, ils écrivent la nuit des slogans sur les murs du quartier universitaire : « Liberté ! Hitler massacreur des masses ! À bas Hitler !... ». Ils postent un sixième tract à 2 000 exemplaires et jettent le reliquat dans le hall de l'université. Le concierge les a repérés... Leur procès sera expéditif. Sophie Scholl et ses amis seront condamnés par le sinistre Freisler et guillotinés le 22 février 1943.

Dans le même temps, c'est une autre forme de résistance qui se manifeste à Berlin. Elle implique des femmes allemandes de bonne souche « aryenne » qui ont épousé des Juifs. Ne voilà-t-il pas que les nazis s'en prennent à ceux-ci et les incarcèrent le 27 février 1943. Les femmes, au nombre de plusieurs centaines, vont manifester pendant plusieurs jours devant l'immeuble de la Rosenstraße où ils sont détenus. Comme avec les parents d'handicapés deux ans plus tôt, les autorités vont céder et relâcher les maris. C'est le deuxième (et dernier) succès de la résistance populaire au nazisme.

La suite relève des questions militaires. En URSS, la Wehrmacht essuie défaite sur défaite. En Allemagne même, la population est écrasée sous les bombes. Il se trouvera des officiers supérieurs pour tenter d'éliminer Hitler le 20 juillet 1944 dans son quartier général de la « Tanière du Loup » (Wolfsschanze), en Prusse orientale. Une nouvelle fois, l'attentat va échouer et se solder par des représailles brutales et la mort des conjurés, en premier lieu le comte Claus von Stauffenberg (36 ans). L'apocalypse ira jusqu'à son terme.

André Larané

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• 8 novembre 1939 : attentat de Georg Elser contre Hitler
Publié ou mis à jour le : 2019-12-16 15:51:19

 
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