6 juillet 2025. 2025 demeurera comme l'année où l'humanité a pris pleinement conscience du changement climatique avec, de Tokyo à Paris, des températures plus élevées que jamais. Mais sans doute n'y penserons-nous déjà plus à la rentrée de septembre... Et tout reprendra comme avant (ou presque). Sauf à nous unir autour d'un vrai changement de société, exaltant et riche d'espérance (voir Le Climat et la Vie, Manifeste pour une écologie globale).
Chers lecteurs, je vous vois bondir à la lecture de cet énoncé. Vous êtes nombreux à vous dire : « Tout cela est faux. Le changement climatique tient à des phénomènes astronomiques auxquels nous ne pouvons rien. Quant à la baisse des naissances, faut-il nous en plaindre ? Nous sommes déjà bien assez nombreux sur Terre. Pourquoi changer notre mode de vie ?... »
Il y cinquante ou soixante ans, vos objections auraient été audibles. Des prophètes (Paul Ehrlich, René Dumont...) annonçaient une Terre surpeuplée de dix à quinze milliards d'humains et des famines monstres en Chine et ailleurs... On sait aujourd'hui que la population humaine déclinera avant 2100 et tombera peut-être en-dessous du chiffre actuel de huit milliards. Quant aux famines de masse, elles relèvent désormais des livres d'Histoire.
Mystérieuse bascule démographique
Au terme de la révolution industrielle, après le choc des deux guerres mondiales, l'Europe a connu un spectaculaire renouveau, tant dans l'économie que dans l'innovation et la culture. Ces « Trente Glorieuses » (dico) ont été portées par un regain inattendu de la fécondité. Les familles de deux ou trois enfants, désireuses de combler leur progéniture et de transmettre leur capital éducatif et culturel, ont fait la fortune des entrepreneurs innovants, tels Jean Mantelet (Moulinex) ou Gilbert Trigano.
Dans le même temps, l'Afrique et l'Amérique latine sous-peuplées ont vu leur population croître de plus en plus vite grâce à la généralisation des vaccins. Le sous-continent indien est devenu autosuffisant en céréales grâce à l'emploi conjugué de l'irrigation et des phytosanitaires (la « révolution verte »)...
En 1963 se produisit un phénomène mystérieux, alors passé inaperçu si ce n'est de quelques démographes : l'indicateur de fécondité (dico) des femmes des pays industrialisés (Europe, Amérique du nord, Japon) se mit soudain à diminuer après avoir progressé pendant vingt ans jusqu'aux environs de 2,75 enfants par femme, voire davantage.
En 1980, la fécondité était partout tombée aux environs de 1,7 enfants par femme, soit très en-dessous du niveau nécessaire au remplacement des générations (2,1 enfants par femme). Dans le même temps, la baisse commençait de toucher les pays émergents des autres continents. Autrement dit, quand Paul Ehrlich publia en 1968 son cri d'alarme, La Bombe P (comme Population), ladite bombe était déjà éventée.
De la sorte, dès les années 1970, le moteur de la croissance a commencé de se gripper car moins de jeunes actifs et moins de familles et d'enfants, c'est moins de besoins à combler, moins de projection sur l'avenir et moins d'innovation. Les « chocs pétroliers » de ces années-là n'ont rien fait pour arranger les choses.
Les années 1970, c'est aussi le moment où apparaît la remise en cause du progrès technique, avec l'économiste Alfred Sauvy qui s'inquiète de la place excessive prise par l'automobile dans nos existences (Les 4 Roues de la fortune, 1968) et le philosophe Ivan Illich qui dénonce la perte de sens de nos sociétés (La Convivialité, 1973), avec surtout le rapport Meadows sur les limites de la croissance (1972) et l'émergence des premiers partis écologistes, inspirés par la lutte contre les « marées noires », les essais nucléaires à usage militaire et la pollution par les émanations industrielles (« pluies acides »)... Il n'est pas encore question de réchauffement climatique.
Ralentissement des économies occidentales
À Chicago, dans les années 1970, l'économiste Milton Friedman s'inquiète de la baisse des niveaux de profit des entreprises en lien avec le grippage des économies occidentales. Il convainc la classe politique que le retour à la prospérité passe par la satisfaction des actionnaires. Pour maximiser leurs dividendes, ceux-ci vont privilégier les économies d'échelles et l'écrasement des coûts par la constitution de holdings financières, la levée des barrières douanières, la robotisation et l'informatisation mais aussi le recours à une main-d’œuvre immigrée corvéable à merci. C'est le triomphe du néolibéralisme (dico), en rupture totale avec le libéralisme des Lumières qui privilégiait l'innovation sur un marché concurrentiel.
Dans le même temps, les États s'appliquent à maintenir le coût de l'énergie au plus bas. De fait, dans les cinquante dernières années, le prix des énergies fossiles a diminué de près de moitié, en proportion de nos revenus (autrement dit, pour une heure de salaire, on peut acheter en 2025 deux fois de plus de supercarburant qu'en 1970).
De la sorte, les citadins du monde entier se laissent prendre au rêve américain. De Taiwan à l'Écosse, les villes se restructurent autour de l'automobile et de l'avion, avec les conséquences que l'on sait pour la consommation d'énergies fossiles mais aussi pour la natalité : quand le statut social et le bien-être matériel imposent de travailler tant et plus et de sacrifier son temps de loisir dans les trajets travail-domicile, difficile d'envisager la constitution d'une famille...
Plus sérieusement, s'inspirant du précédent européen, les grands pays émergents d'Asie et d'Amérique latine mettent en place, dans la douleur, des politiques propices au développement économique et social. Elles privilégient l'éducation et l'innovation scientifique. Elles veillent également à un développement autocentré en se protégeant de la concurrence des pays les plus avancés. C'est le cas dans l'Inde des Nehru-Gandhi comme dans la Chine de Deng Xiaoping...
Personne ne se soucie encore de réchauffement climatique et si les mouvements écologistes plaident pour le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien), c'est afin de remplacer le nucléaire et diminuer la pollution induite par la combustion des énergies fossiles.
Perverse révolution néolibérale
À la fin des années 1990, le GIEC se convainc que les activités humaines pourraient avoir une forte responsabilité dans la remontée de la température atmosphérique du fait de l'effet de serre induit par nos émissions de CO2. La quasi-totalité des scientifiques en viennent bientôt à s'accorder là-dessus.
Mais par une singulière contradiction qui relève de la schizophrénie collective, la classe politique freine et accélère tout à la fois. D'un côté, les partis écologistes recueillent un franc succès en pointant la menace climatique et l'opinion publique fait un triomphe au film d'Al Gore : Une Vérité qui dérange (2006), de l'autre, les émissions planétaires de CO2 s'emballent et passent d'une croissance d'environ 1% par an avant l'An 2000 à près de 3% !...
« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs, » lance le président Jacques Chirac au IVe Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002 à Johannesburg. Cet aveuglement résulte du triomphe politique du consumérisme néolibéral en Europe comme aux États-Unis.
Bien que restée très protectionniste, la Chine populaire est admise en 2001 dans l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). C'est afin de pouvoir y produire à bas coût des babioles qui, écoulées en masse auprès des consommateurs occidentaux par les oligopoles européens et américains, feront la fortune de leurs actionnaires.
Dans la foulée, on délocalise à tout va les usines vers l'Asie et l'on importe d'Afrique une main-d’œuvre vouée aux tâches domestiques et serviles. Les agneaux de Nouvelle-Zélande font le tour de la planète dans des navires frigorifiques. Les jouets traditionnels sont remplacés par les bidules électroniques venus de Taiwan et le prêt-à-porter rend les armes devant la fast-fashion de Chine et du Bangladesh. Et chacun tue son ennui par des voyages au Pérou ou en Thaïlande.
Plus la fécondité baisse dans les pays dits avancés, de la Corée à l'Irlande, plus leurs citoyens se montrent avides de consommer, la consommation étant devenue l'horizon ultime de l'existence... C'est tout bénéfice pour les oligopoles et en particulier les géants américains de la tech.
De la sorte, les émissions de CO2 ont été en 2024 supérieures à 50 milliards de tonnes et la teneur atmosphérique en CO2 a atteint 420 ppm. « Ce palier est symbolique puisqu'il représente une augmentation de 50% des concentrations atmosphériques en CO2 par rapport à celles du début de l'ère préindustrielle (1850), » déclare le climatologue Marc Delmotte, avec un rythme d'augmentation plus rapide de décennie en décennie (source)...
Ne soyons donc pas surpris que la température terrestre soit déjà de 1,5°C supérieure à celle de 1850, très au-dessus des fluctuations naturelles du précédent millénaire.
Angoisse existentielle
En Europe, la gauche écologiste a fait du changement climatique son cheval de bataille. Elle passe de l'opposition au nucléaire militaire à la promotion inconditionnelle de l'automobile électrique et des énergies éoliennes et photovoltaïques, présentées comme la clef de l'avenir. Les milieux d'affaires perçoivent dans ces revendications l'opportunité d'engranger des profits faciles.
Les uns et les autres trouvent en la Commission européenne une alliée de choix. Sa présidente Ursula von der Leyen voit dans l'enjeu climatique l'occasion d'affirmer son autorité sur des États nationaux en voie de décomposition. Elle se donne pour objectif de « décarboner » l'Union européenne à l'horizon 2050. Le Green Deal de 2019 fixe ainsi à 2035 la fin des voitures thermiques en Europe.
La Chine, de son côté, a pris les devants. À grand renfort de subventions publiques, elle a entrepris de décarboner ses propres industries, accu sa production d'énergies éoliennes et solaires et inondé les marchés occidentaux de ses batteries, climatiseurs et voitures électriques. Tout cela au prix d'un saccage des espaces naturels et sans que diminue, bien au contraire, l'appétit des consommateurs pour de nouveaux produits plus énergivores les uns que les autres (IA, SUV, croisières, aliments transformés, etc.
En Europe, certains militants appellent à aller plus loin : pénalisation des propos climatosceptiques, interdiction des villes aux voitures réputées polluantes, limitation administrative des voyages en avion, multiplication des éoliennes géantes financées par l'impôt, etc. Si même une dictature de ce type en Europe réussissait à freiner le changement climatique planétaire, en serions-nous plus heureux ?
Loin de là car selon le mot de Molière, nous « mourrions guéris » dans un environnement détruit par la surexploitation (mines de terres rares, parcs éoliens géants, etc.) et surtout dans des sociétés vouées à une extinction rapide faute de naissances en nombre suffisant. Un enfant par femme comme en Italie ou en Corée, c'est environ huit fois moins de naissances en 2100, avec des usines sans ouvriers ni ingénieurs, des terres sans paysans... et personne pour s'occuper des résidents en Ephad.
Il nous reste l'Espérance
L'analyse qui précède montre que les menaces climatiques et démographiques qui pèsent sur notre avenir ont des causes très politiques. C'est par la politique qu'on y remédiera. Il importe que les citoyens, les plus jeunes en particulier, se voient offrir un projet d'avenir enthousiasmant, chargé de rêves et d'espoirs. Pas pour simplement décarboner nos activités tout en intensifiant celles-ci comme si de rien n'était, ce qui est une démarche vouée à l'échec.
En remontant à la racine de nos maux, nous pouvons nous réorienter vers une société qui privilégiera le bien-être collectif et individuel, une société débarrassée de l'impératif de consommation à tout va, où les villages et les quartiers offriront un cadre chaleureux où l'on ne sera plus astreint à une voiture par adulte, une société où les enfants ne seront pas des gêneurs mais des sources de joie, une société enfin dans laquelle la décarbonation des énergies et la préservation de la biodiversité iront de soi.
Dans l'essai Le Climat et la Vie, Manifeste pour une écologie globale (2024), j'ai ébauché en dernière partie (Embellir nos vies) ce que pourrait être un tel projet de société. J'invite chacun à s'y reporter. Toutes les suggestions et critiques seront les bienvenues...














Vos réactions à cet article
Recommander cet article
Voir les 11 commentaires sur cet article
DOMINIQUE DERRIEN (14-07-2025 18:36:24)
l'art de la facilité. Les commentaires climato sceptiques m'horripilent. Il est vrai que la température de la terre a varié et variera encore mais dans une échelle de temps très longue et non en ... Lire la suite
Philippe MARQUETTE (07-07-2025 03:42:16)
Que de temps gaspillé à parler de la pluie et du beau temps, occupation oiseuse s’il en est. Le climat a toujours changé, changera toujours. Si l’Espagne a détruit ses forêts, c’est à met... Lire la suite
Richard (06-07-2025 18:18:39)
Bonjour, bonjour à tous, Comme beaucoup, je ne crois pas que le changement climatique soit forcément anthropique. Ma conviction est que c’est une affaire de : « Gros sous ». Les gouvernement... Lire la suite