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Démocratie

« Fake news » contre mensonges d'État


Un nouveau terme est entré dans le langage médiatique : « fake news ». C’est une façon « branchée » de désigner les bobards, contre-vérités et rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux : facebook, youtube etc. Faut-il s’en plaindre ?

Internet n’a pas inventé les mensonges et force est de constater que les plus dangereux ne sont pas ceux qui circulent anonymement sur les réseaux sociaux mais ceux qui sont proférés de façon très officielle par les gouvernements avec le concours des médias institutionnels.

Joseph Savès

Bobards sans conséquence

Le phénomène facebook a fait tomber la barrière qui séparait encore il y a peu vie privée et vie publique. Le réseau social né à Harvard en 2004 compte d’ores et déjà un milliard d’utilisateurs actifs.

Il conduit des adolescents à exposer leur vie intime sur la Toile à leurs risques et périls et certains y laissent la vie quand des partenaires indélicats ou jaloux exposent des photos ou des vidéos compromettantes. Ces faits divers tragiques constituent une violation de la vie privée et sont réprimés à ce titre.

Mais facebook, ce sont aussi des « communautés » virtuelles réunies par un intérêt commun et au sein desquelles circulent des informations plus ou moins fantaisistes, les fameuses « fake news ».

Pour retenir l’intérêt des internautes, ces informations doivent surprendre et donc se démarquer des informations communes, sans s’embarrasser de vérifications. Elles doivent surtout répondre aux attentes de la communauté et dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre et de croire. Ainsi sont réunis les deux ingrédients des « fake news ».

C’est comme cela que par exemple les « communautés » musulmanes font circuler avec un certain succès l’idée que Mahomet, nom donné en français au prophète de l’islam, serait une déformation dépréciative de son nom arabe. La réalité historique est autrement plus simple : Mahomet dérive de Mehmet, nom donné par les Turcs au prophète (les Perses l’appellent quant à eux Mahmoud et les Sahéliens Mamadou).

Plus près de nous, le 4 mai 2017, le débat de l’entre-deux-tours des présidentielles françaises a donné lieu à une sortie inattendue de la candidate Marine Le Pen. Déstabilisée, elle a relayé une rumeur propagée sur les réseaux sociaux et lancé à son rival : « J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas… » Emmanuel Macron a gardé son calme et l’on peut penser que le bobard ne lui a pas fait perdre une voix.

De la même espèce est la calomnie à l’encontre du leader socialiste Léon Blum, selon laquelle celui-ci mangeait dans de la vaisselle en or. Diffusée par la presse de droite dans les années 1930, elle n’atteignait que ses opposants et suscitait des haussements d’épaule chez les autres car elle ne reposait sur aucun fondement sérieux.

On peut classer dans la même catégorie des bobards sans conséquence les rumeurs de la Première Guerre mondiale selon lesquelles par exemple les « Boches » coupaient les mains des enfants.

Les citoyens croyaient-ils à ces bobards diffusés par les journaux et les cartes postales ? C’est peu probable car ils ne reposaient sur aucun élément avéré. D’ailleurs, on eut vite fait de les qualifier de « bourrage de crâne ». Mais on laissait dire car ces bobards remplissaient une fonction symbolique en légitimant l’effort de guerre et la solidarité de tous contre l’ennemi commun. De la même façon que les « fake news » d’aujourd’hui, ils soudaient les membres de la communauté dans la haine de l’adversaire.

Face à Staline et Mahomet, même aveuglement

Après la Seconde Guerre mondiale, l’intelligentsia occidentale a témoigné d’un aveuglement maladif vis-à-vis de la réalité soviétique. Ainsi, lors du procès Kravchenko, en 1949, des personnalités aussi réputées que le Prix Nobel Frédéric Joliot-Curie, Louis Aragon, Julien Benda ou encore Vercors sont venus dire à la barre le dégoût que leur inspirait l'accusé, coupable d’avoir médit sur l’Union soviétique.

Comme les islamistes d’aujourd’hui, ces intellectuels étaient enfermés dans leurs certitudes, inaccessibles au doute cartésien et à la recherche de la vérité. Et face à leurs contradicteurs, ils cherchaient un réconfort au sein de leur groupe.

Les demi-vérités tuent

Si les bobards et les « fake news » n’ont jamais à notre connaissance cassé une réputation, c’est parce qu’ils ne reposent sur aucun élément de vraisemblance. Ils ne réjouissent que les convaincus et suscitent chez les autres des haussements d’épaules.

Il en va autrement des lettres anonymes d’antan ou des demi-vérités qui circulent aujourd’hui dans la presse et sur internet. Leur violence vient de la part de vérité qui rend leur contenu plausible. Elles peuvent en conséquence causer des torts irréparables aux personnes visées, comme on le voit dans le film Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot (1943).

Les demi-vérités ou demi-calomnies diffusées dans la bonne presse ont, bien avant l’ère internet, brisé des réputations et des vies. Comme les lettres anonymes, elles ont une issue fatale parce qu’elles contiennent une part de vérité qui leur apporte de la vraisemblance.

C’est le cas du « prêt gratuit » octroyé par l’homme d’affaires Roger-Patrice Pelat en 1986 au ministre Pierre Bérégovoy pour l’achat d’un appartement. Révélé par Le Canard Enchaîné le 1er février 1993, il laissait planer un doute sur la probité du Premier ministre de François Mitterrand alors qu’une enquête approfondie aurait montré l’absence d’intention délictueuse.

Patriote et républicain, qui plus est déprimé par l’échec de son camp aux législatives, Pierre Bérégovoy ne supporta pas que son honneur soit mis en cause. Il se suicida le 1er mai 1993.

Comment ne pas faire le rapprochement avec une autre affaire, le suicide de Roger Salengro ? Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Léon Blum, il fut accusé d’avoir déserté vingt ans plus tôt, pendant la Grande Guerre. Il est vrai qu’il avait été capturé par l’ennemi mais c’était en tentant de récupérer le corps de l’un de ses compagnons d’armes, avec l’accord de son chef…

Plus loin dans le temps, songeons à la reine Marie-Antoinette, dont les maladresses firent le miel de ses ennemis. Elle avait renoncé, par souci d’économie, à une somptueuse rivière de diamants. Mais les bijoutiers vendirent ensuite ce collier à un soupirant de la reine sans que celle-ci le sût. Le scandale retomba sur elle et ternit à jamais sa réputation.

L’affaire du collier lui coûta beaucoup plus que l’accusation d’inceste proférée lors de son procès. Par son outrance, cette accusation sans fondement lui valut au contraire l’indulgence du public… pas assez cependant pour obtenir son acquittement.

Mensonges d’État et propagande

Plus que des rumeurs et des bobards sans conséquence, plus que des demi-vérités qui peuvent tuer, l’Histoire nous invite à nous méfier des mensonges d'État. Dans leur version la plus anodine, ils relèvent de la propagande avec l’inconvénient qu’ils entament la crédibilité des autorités.

Ainsi en a-t-il été du « nuage de Tchernobyl ». Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a entraîné des mesures urgentes de prévention partout en Europe. Partout… sauf en France.

Le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac ne tenant pas à affoler la population ni se mettre à dos le lobby nucléaire, il s’en est suivi une politique de désinformation qui relève du mensonge d’État. Le 28 avril 1986, alors que le nuage radioactif se déplaçait vers l’Europe occidentale, le professeur Pellerin tenait un discours rassurant à la télévision : « Ça ne menace personne actuellement sauf dans le voisinage immédiat de l’usine et encore c’est surtout dans l’usine que les Russes ont admis qu’il y avait des personnes lésées. » Deux jours plus tard, le mensonge d’État s’enclenchait véritablement à travers les informations fournies par la météo nationale et répercutées par la présentatrice d’Antenne 2 : « En France, l’anticyclone des Açores restera suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection ; il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est. » C’était la fameuse théorie du nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière française qui prend corps. On sait aujourd’hui qu’il n’en a rien été et que la France a été affectée comme ses voisins immédiats.

Plus sordide est le mensonge du gouvernement espagnol relatif à l’attentat de la gare d’Atocha, le 11 mars 2004. Ce jour-là, plusieurs bombes ont tué 191 personnes et en ont blessé deux mille. Très embarrassé du fait de son engagement en Irak, le Président du Conseil José Maria Aznar a attribué le crime aux Basques de l’ETA, bien que ceux-ci n'aient jamais pratiqué d'attentat de masse et s'en soient tenus à des attentats ciblés. L’enquête a plus tard conduit à l’arrestation de 29 islamistes en lien avec al-Qaida… et à la défaite du Premier ministre et de son parti.

Entre propagande de guerre et autojustification, l’affaire Jessica Lynch relève du même niveau de mensonge que précédemment. Elle débute le 23 mars 2003 quand la soldate Jessica Lynch est capturée par les forces irakiennes. Dès le mois suivant, les médias américains, aussitôt relayés dans le monde entier, relataient son calvaire et sa libération épique : après avoir résisté jusqu’à l’épuisement de ses munitions, elle aurait été blessée par balle, poignardée, brutalisée par un officier irakien etc.

Une semaine après, des unités d’élite américaines investissaient l’hôpital de Nassiriya où elle était retenue et la ramenaient au Koweit. Une vidéo diligemment fournie par la Maison Blanche enregistrait l’exploit pour la postérité.

Las, dès le 9 avril 2003, les forces américaines ayant envahi l’Irak, des journalistes sourcilleux se rendaient à l’hôpital de Nassiriya et découvraient une réalité très différente : la jeune fille avait été capturée après être tombée de son camion ; gravement blessée dans sa chute, elle avait été soignée le mieux possible par les médecins irakiens. Ceux-ci avaient ensuite tenté de la restituer aux Américains mais avaient dû rebrousser chemin sous un feu nourri. Enfin, quand le commando américain avait investi l’hôpital, il n’avait pas eu à combattre, les soldats ennemis s’étant retirés depuis déjà plusieurs heures. La vidéo de la Maison Blanche était un montage façon Hollywood.

Hollywood, justement, se prête à bien d’autres formes de propagande que l’on peut juger plus anodines. Par exemple l’héroïsation des soldats américains dans la Seconde Guerre mondiale. Parmi les exemples les plus culottés, relevons le film U-571 (2000). Il raconte la capture en 1942 d’un sous-marin allemand. Grâce à sa machine Enigma, les Alliés vont pouvoir décrypter les échanges radio de l’armée ennemie. L’exploit est véridique à ce détail près qu’il a été commis par la Royal Navy et non par la marine américaine comme dans le film.

Nécessités de la guerre

On peut admettre que les nécessités de la guerre justifient le mensonge. Tous les coups sont permis quand il s’agit d’économiser la vie de ses soldats et de s’assurer la victoire.

C'est le Lusitania, présenté par les Américains comme un paquebot civil alors qu'il était chargé d'armes et d'explosifs à destination des Alliés. Coulé par un sous-marin allemand en 1915, il va servir deux ans plus tard de prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés.

C'est Fortitude en 1944, une très belle opération d'intoxication destinée à faire croire aux Allemands que le débarquement allié aurait lieu dans le Pas-de-Calais.

Moins justifiable est l'argumentaire du président Truman relayé par la presse occidentale à propos d'Hiroshima et Nagasaki, selon lequel ces drames auraient évité le sacrifice d'un million de soldats américains… alors que dans toute la guerre du Pacifique, quand le Japon était au meilleur de sa forme, les États-Unis n’avaient perdu qu’une centaine de milliers d’hommes.

On sait que les Japonais étaient disposés à capituler dès avant le bombardement d’Hiroshima, à la seule condition que l’empereur soit maintenu en place. En lâchant des bombes atomiques sur le Japon, les dirigeants américains ont surtout voulu impressionner leur allié et néanmoins rival, l’Union soviétique, dans la perspective des conflits à venir.

Cela nous amène à la catégorie la plus redoutable des mensonges d’État...

Mensonges d’État et crimes de guerre

Plus grave que tout en matière de mensonge et de fausses nouvelles, c’est quand celles-ci ont pour objectif une guerre d’agression. Là, comme on dit dans les Tontons flingueurs, c'est du lourd ! On est très loin des « fake news » de quelques tordus d'internet.

Nous avons relevé deux cas de la sorte dans l’Histoire européenne. Faut-il s’en étonner ? Ils nous viennent de deux grands dirigeants réputés pour leur dureté : Bonaparte et Bismarck.

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• 17 avril 1797 : Les « Pâques véronaises »

Publié ou mis à jour le : 2018-02-12 16:21:12

Les commentaires des Amis d'Herodote.net

Les commentaires sur cet article :

Jean Pierre (19-02-201818:47:25)

Les fausses informations ont circules et circulerons encore pour servir ou desservir le pouvoir en place. La guerre d'Algérie a été un exemple parmi tant d'autres. C'est a nous de ne pas céder en recherchant la vérité et non la facilité. Mais peut être que cela fait parti d'un complot dirigé contre le pays pour déstabiliser les citoyens.

Axel (13-02-201809:12:41)

Mais mon cher Monsieur, soyez donc réaliste une fois dans votre vie!! "Susciter la réflexion des citoyens..." ou "en incitant les citoyens à réfléchir avec un esprit critique !". Mais de qui parlez-vous, cher Monsieur? Il y a bien longtemps que le "système" n'incite plus à développer l'esprit critique, bien au contraire... Regardez donc autour de vous, et notamment le contenu des réseaux sociaux et précisément les "fake news".

Benoit de BIEN (12-02-201810:58:06)

Ouf...! voilà bien un article qui arrive à son heure car de telles précisions doivent quand même être dites et redites et les conséquences souvent dramatiques de ces machinations, être étalées au grand jour pour susciter les réflexions des citoyens. Quant aux buts réels (dissimulés) de ces manœuvres il faut aussi les dénoncer en incitant les citoyens à réfléchir avec un esprit critique !


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