Georges Danton (1759 - 1794)
« Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple »
Le 6 avril 1793, l'assemblée révolutionnaire de la Convention crée le Comité de salut public à l'initiative du tribun Georges Danton. Il s'agit de sauver la France et la Révolution des périls intérieurs et extérieurs. Danton lui-même préside le Comité. Mais enrichi par la corruption et remarié en juin 1793 avec une jeunette de 17 ans, Danton aspire à jouir de la vie dans sa retraite d'Arcis-sur-Aube. Il prend du recul par rapport à la Révolution. Le 10 juillet 1793, il est évincé de la présidence du Comité, où fait son entrée Robespierre, un rival aussi austère que lui-même est jouisseur. Un mois plus tard, le 13 août 1793, à la tribune de la Convention, Danton, toujours en avance d'une idée, n'en lance pas moins le projet d'une instruction publique, gratuite et obligatoire : «Quand vous semez dans le vaste champ de la République, vous ne devez pas compter le prix de la semence ! Après le pain, l'éducation est le premier besoin du peuple !».
Antoine-Laurent de Lavoisier (1743 - 1794)
« La République n'a pas besoin de savants »
Comme fermier général et privilégié de l'Ancien Régime, le chimiste Antoine-Laurent de Lavoisier eût à pâtir de la Révolution. Il est emprisonné le 24 novembre 1793, sous la Terreur, en dépit des services rendus à la République. Le tribunal révolutionnaire l'ayant condamné à la guillotine, le savant demande un sursis de quinze jours pour terminer une expérience. Si l'on en croit une relation tardive de l'abbé Grégoire, il s'attire cette réplique du vice-président du tribunal, un certain Coffinhal : Nous n'avons pas besoin de chimistes». La postérité, pour souligner la malfaisance de la Convention, retient la formule : La République n'a pas besoin de savants !»... La scène et la formule paraissent peu vraisemblables quand l'on sait la vigueur avec laquelle le gouvernement révolutionnaire mobilisait les scientifiques au service de la guerre contre l'envahisseur. Lavoisier est guillotiné le 8 mai 1794 sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) ainsi que ses 27 collègues de la ferme générale.
Maximilien de Robespierre (1758 - 1794)
« La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu... »
Le 5 février 1794 (17 pluviôse An II), Robespierre monte à la tribune de la Convention en vue d'obtenir la mise hors la loi de Danton, coupable de mollesse dans la défense des acquis de la Révolution. Il prononce alors ces mots terribles : «Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu, sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier, qu'une conséquence du principe général de la démocratie, appliqué aux plus pressans besoins de la patrie. On a dit que la terreur était le ressort du gouvernement despotique. Le vôtre ressemble-t-il donc au despotisme ? Oui, comme le glaive qui brille dans les mains des héros de la liberté, ressemble à celui dont les satellites de la tyrannie sont armés...» Robespierre parvient à faire guillotiner son rival le 5 avril 1794. Dès lors tout-puissant, il entraîne dès lors la France dans la Grande Terreur («Je suis inflexible pour les oppresseurs parce que je suis compatissant pour les opprimés», se justifie-t-il). Mais au bout de quatre mois, les députés de la Convention, lassés par ses excès, le décrètent d'arrestation et le font à son tour guillotiner.
Louis Antoine Saint-Just (1767 - 1794)
« Le bonheur est une idée neuve en Europe »
L'auteur de cette maxime est un jeune homme beau autant que cruel, tard venu à la Révolution. Fils d'un capitaine bourguignon, Louis Antoine de Saint-Justétudie et écrit des vers quand la Bastille est prise. S'enthousiasmant pour la Révolution et pour Robespierre, il doit attendre la Convention pour être élu député de l'Aisne. Il lui reste alors moins de deux ans à vivre... Il fait voter la loi des suspects qui permet d'arrêter ceux qui «n'ayant rien fait contre la Liberté, n'ont rien fait pour elle». Il proclame froidement : «Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé». Le 3 mars 1794 (13 ventôse An II selon le calendrier révolutionnaire), il monte à la tribune de l'Assemblée et propose au nom du Comité de Salut Public un décret en vue de recenser les indigents et de leur attribuer les biens enlevés aux contre-révolutionnaires. Il fait valoir que cette mesure constituera une excellent propagande à l'étranger. C'est ainsi qu'il lance aux députés de la Convention : «On trompe les peuples de l'Europe sur ce qui se passe chez nous. On travestit vos discussions. On ne travestit point les lois fortes; elles pénètrent tout à coup les pays étrangers comme l'éclair inextinguible. Que l'Europe apprenne que vous ne voulez plus un malheureux, ni un oppresseur sur le territoire français ; que cet exemple fructifie sur la terre ; qu'il y propage l'amour des vertus et le bonheur ! le bonheur est une idée neuve en Europe»... (*).
Georges Danton (1759 - 1794)
« Tu montreras ma tête au peuple. Elle en vaut la peine »
Le tribun Georges Danton, ancien avocat, orateur puissant et inspiré, a maintes fois sauvé la Révolution française dans les mois difficiles de 1792 et 1793. Début 1794, il aspire à clore le processus révolutionnaire et mettre un terme à la Terreur d'autant que les périls extérieurs et intérieurs semblent écarter. Il mène campagne en ce sens avec ses amis, dont Camille Desmoulins, rédacteur du Vieux Cordelier. Mais les Jacobins, unis autour de Robespierre et maîtres du Comité de salut public, ne l'entendent pas ainsi. Ils dénoncent les dantonistes, surnommés avec mépris les «Indulgents» et les font arrêter le 30 mars 1794. Danton se défend avec énergie devant le Tribunal révolutionnaire le 2 avril. Il n'en est pas moins guillotiné le 5 avril 1794 et prononce alors les mots ci-dessus à l'adresse du bourreau.
Jean-Baptiste Jourdan (1762 - 1833)
« Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie »
Source : article premier de la loi Jourdan
Les rois «absolus» en avaient rêvé, les républicains l'ont fait. Le 5 septembre 1798, à l'assemblée des Cinq-Cents, le député Jean-Baptiste Jourdan fait voter une loi qui institue la conscription et le service militaire obligatoire. Pour la première fois dans l'histoire de l'Europe, un gouvernement s'attribue le droit d'enrôler quiconque dans ses armées. Le métier militaire, précédemment récompensé par un salaire ou une solde (d'où le mot soldat), devient une servitude. Disposant de masses humaines presque illimitées, les généraux multiplient les offensives sans égard pour le sang versé, ce que ne manquera pas de dénoncer le colonel Charles de Gaulle, ardent défenseur de l'armée de métier. C'est seulement deux siècles après la loi Jourdan que la France renoncera à la conscription obligatoire.








