Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778)
« O Homme, de quelque Contrée que tu sois, quelles que soient tes opinions, écoute; voici ton histoire telle que j'ai cru la lire, non dans les Livres de tes semblables qui sont menteurs, mais dans la Nature qui ne ment jamais »
Cette belle exhortation figure dans l'introduction du célèbre discours de Dijon sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1753).
On y découve le thème de la Nature rédemptrice et pure. Le penseur Emmanuel Berl s'en inspirera en 1940 quand il soufflera au maréchal Philippe Pétain la célèbre formule : «La terre, elle, ne ment pas».
Voltaire (1694 - 1778)
« Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants »
Cette phrase tirée d'une lettre du 1er avril 1766 témoigne du mépris du libertin Voltaire pour les humbles. De même écrit-il en mars 1766 : « Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit ». Dans une autre lettre, en 1769, il estime que lui sufisent « un joug, un aiguillon et du foin ». Auteur dramatique à succès, essayiste, romancier, pamphlétaire, historien (Le Siècle de Louis XIV, Histoire de Charles XII), Voltaire n'en reste pas moins très populaire auprès des élites et même du peuple. De Ferney, il revient mourir à Paris où il a encore la satisfaction de voir couronner son propre buste sur la scène du Théâtre Français.
Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778)
« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins »
Source : extrait de Émile ou de l'éducation, Livre premier
Rival indissociable de Voltaire, auquel il fait face pour l'éternité dans la crypte du Panthéon, Jean-Jacques Rousseau est le philosophe le mieux inspiré et le plus profond d'une génération qui n'en manquait pas.
C'est aussi un être ultrasensible, véritable écorché vif, par ailleurs égoïste et insupportable à ses proches. Il n'empêche que ses écrits restent d'une brûlante actualité, qu'il s'agisse de politique ou de psychologie.
Ainsi de la citation ci-dessus dans laquelle pourraient se reconnaître un grand nombre de nos contemporains... et sans doute Rousseau lui-même.
« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi »
Source : Les Confessions
Dans la dernière partie de sa vie, rejeté par les autres philosophes et persécuté (du moins le croit-il), Jean-Jacques Rousseau opère un repli sur lui-même et entreprend de se raconter dans les Confessions.
Benjamin Franklin (1706 - 1790)
« Remember that time is money » (en anglais)
« Rappelez-vous que le temps, c'est de l'argent » (traduction)
De tous les Pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, Benjamin Franklin est sans doute le plus original et le plus attachant.
Auteur d'une célèbre Autobiographie publiée en 1771, il a laissé un grand nombre d'aphorismes souvent pleins d'humour, comme celui ci-dessus.
Citons aussi:
«In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes !»
«On ne saurait rien tenir pour certain dans ce bas monde, hormis la mort et les impôts !»
«Keep your eyes wide open before marriage, and half shut afterwards.»
«Ayez les yeux bien ouverts avant le mariage, et à demi-fermés ensuite»
Et encore :
«If you would not be forgotten as soon as you are dead and rotten, either write things worth the reading, or do things worth the writing.»
«Si vous ne voulez pas qu'on vous oublie le jour où vous serez mort et pourri, écrivez des choses qui valent la peine d'être lues, ou faites des choses qui valent la peine d'être écrites.»
«Tout homme a deux pays, le sien et la France» :
Ce délicat compliment au pays de Voltaire et des cathédrales est supposé faire écho à l'excellent accueil que réserva la cour de Versailles à Benjamin Franklin, ambassadeur extraordinaire des Américains. D'aucuns l'attribuent aussi à Thomas Jefferson, autre visiteur illustre de la France d'Ancien Régime. Dans les faits, il s'agit d'une formule apocryphe d'Henri de Bornier (La fille de Roland, 1875).
Voltaire (1694 - 1778)
« I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it » (en anglais)
« Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer » (traduction)
Source : citation faussement attribuée à Voltaire par Evelyn Beatrice Hall (1906)
Cette célèbre formule, devenue en France le paradigme de la liberté d'expression, a été inventée par un auteur anglo-saxon, Evelyn Beatrice Hall. Elle figure dans son livre : The friends of Voltaire (Les amis de Voltaire), publié en 1906 sous le pseudonyme S[tephen] G. Tallentyre.
Par cette formule faussement attribuée à Voltaire, l'auteure a voulu exprimer l'idée qu'elle se faisait de lui.
Dans les faits, le spirituel auteur de Candide, qui aimait plus que tout la compagnie des puissants, y compris celle de Frédéric II, pratiquait une tolérance très sélective !
Il s'est ainsi réjoui des poursuites contre les jésuites, ses ennemis jurés, et s'est gardé de protester lorsque Malesherbes, le directeur de la Librairie royale, a suspendu, autrement dit censuré, la revue de son plus virulent ennemi, le dévot Fréron. Ses écrits regorgent aussi de propos haineux et méprisants à l'égard des humbles, des catholiques, des Turcs, des mahométans, des noirs etc.








