Paul Valéry (1871 - 1945)
« Les événements m'ennuient. On me dit : "Quelle époque intéressante !" et je réponds : "Les événements sont l'écume des choses. Mais c'est la mer qui m'intéresse"... »
Enfant illustre de la ville de Sète, comme Georges Brassens, Paul Valéry est un poète et un écrivain exigeant, soucieux de travail et d'étude, qui se demande «où va l'Europe». Le propos ci-dessus figure en introduction d'un livre de réflexion de 1931 : Regards sur le monde actuel. Il pourrait être repris par la plupart des historiens et des représentants des sciences humaines. Le démographe Alfred Sauvy l'a cité dans sa leçon inaugurale au Collège de France.
Hanns Johst (1890 - 1978)
« Wenn ich Kultur höre ... entsichere ich meinen Browning ! » (en allemand)
« Quand j'entends le mot culture, j'enlève le cran de sûreté de mon browning ! » (traduction)
La formule ci-dessus est parfois attribuée à Joseph Goebbels, chef de la propagande du parti nazi, ou encore au maréchal Hermann Goering, sous une forme légèrement modifiée («Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver»). Elle est en fait tirée d'une pièce (Schlageter, 1933) de Hanns Johst, médiocre auteur national-socialiste parfois affublé du titre de «barde de la SS». Cette oeuvre met en scène un jeune écervelé nationaliste éponyme qui avait été arrêté et exécuté par l'occupant français de la Ruhr en 1923. Elle a été jouée pour la première fois le 20 avril 1933, pour les 44 ans de Hitler !
Joseph Staline (1879 - 1953)
« Le pape ? Combien de divisions ? »
En mai 1935, Pierre Laval se rend à Moscou pour convaincre Staline, le dictateur de l'URSS, du bien-fondé d'une alliance entre la France et l'URSS pour prévenir la menace que fait peser l'arrivée de Hitler à la tête de l'Allemagne.
Staline et son ministre des Affaires étrangères, Molotov, interrogent leur interlocuteur sur l'importance des effectifs de l'armée française sur le front occidental : combien de divisions la France possède-t-elle ? Quelle est la durée du service militaire ? ...
Ces questions ayant été élucidées, Laval demande à son tour : «Ne pourriez-vous faire quelque chose, en Russie, en faveur de la religion et des catholiques ? Cela m'aiderait tellement auprès du pape !»
«Oh ! oh ! fit Staline, le pape ! De combien de divisions dispose-t-il, lui ? » (d'après les Mémoires de Winston Churchill).
Dolores Ibárruri (1895 - 1989)
« ¡ No pasarán ! » (en espagnol)
« Ils ne passeront pas ! » (traduction)
Cette reprise du slogan lancé par le général Philippe Pétain pendant l'offensive allemande sur Verdun, en 1916 (« Ils ne passeront pas ! ») conclut le discours enflammé prononcé par Dolores Ibarruri, députée communiste, sur les ondes de Radio-Madrid, le 19 juillet 1936, deux jours après qu'au Maroc espagnol, des généraux ont soulevé une partie de l'armée contre le gouvernement républicain.
Née en Biscaye dans une famille de mineurs, elle-même mariée et mère de six enfants, Dolores Ibarruri milite très tôt dans le parti communiste espagnol dont elle devient une figure populaire. Repérée par Staline, elle est élue députée des Asturies aux élections de février 1936, à la veille de la guerre civile.
Son engagement révolutionnaire et sa tenue noire et sévère lui valent un surnom d'inspiration religieuse, la Pasionaria. Les militants communistes rapprochent son image de celle de la Vierge Marie.
Lorsqu'après une guerre atroce de trois ans, les troupes de Franco entrent à Madrid, elles sont accueillies au cri de « ¡ Han pasado ! » (Ils sont passés). De son côté, la Pasionaria se réfugie à Moscou avec sa famille... et son jeune amant, un certain Francisco Anton. Son mari, gênant, est expédié dans une usine de Rostov.
Maurice Thorez (1900 - 1964)
« Un peuple qui n'a plus d'enfants, c'est un peuple condamné, et nous, communistes, qui avons non seulement la conviction, mais la certitude, que la classe ouvrière conduira un jour le pays vers de nouvelles et radieuses destinées, vers le bonheur, vers la liberté et la paix, nous voulons une classe ouvrière, un peuple nombreux et fort. »
Fils d'un mineur de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) et mineur lui-même, Maurice Thorez participe à la fondation du parti communiste au congrès de Tours (Noël 1920). Le discours ci-dessus (2 septembre 1936) témoigne de l'espérance messianique que soulève le mouvement communiste malgré la réalité sanglante de la dictature de Staline. Il témoigne aussi de la prise de conscience par la classe dirigeante française des menaces de la dénatalité. Les contemporains sont convaincus que la population française pourrait chuter à 30 millions d'habitants avant la fin du XXe siècle... Cette sombre prophétie sera infirmée par le sursaut consécutif à la Résistance et à la Libération.
Louis-Ferdinand Céline (1894 - 1961)
« Je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu'un Blum omnipotent. »
Source : Bagatelles pour un massacre (Denoël, 1937)
De son vrai nom Louis-Ferdinand Destouches, Céline est d'un avis assez général considéré comme l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle. Mais ce sont surtout ses pamphlets antisémites de 1937 qui retiennent l'attention des historiens, comme celui ci-dessus...








