Citations et Mots d'Histoire

Le temps des Révolutions

Nicolas Boileau    (1636 - 1711)

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Contemporain de Louis XIV, ami de Molière, de La Fontaine et de Racine, le poète Nicolas Boileau est le représentant le mieux affirmé de la littérature classique. Il a formulé les règles qui sont supposées régir le théâtre et exprimé dans L'Art poétique son amour du beau langage :

Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ;
Le jour de la raison ne le sauroit percer.
Avant donc que d’écrire apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout qu’en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée.
[...]
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.


Jésus-Christ    (6 av. J.-C. - 33)

« Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. »
Source : Évangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (8,1-11)

La formule ci-dessus est extraite de l'un des passages les plus connus des Évangiles, dans lequel Jésus est sommé par les élites locales de juger une femme adultère conformément à la loi de Moïse :

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer et disent à Jésus : «Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ?» Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.

Jésus et la femme adultère (Lorenzo Lotto)

Allait-il se placer en contradiction avec son message de compassion ? Que nenni ! Il se tire du piège avec habileté :

Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : «Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre». Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui...

Plus important que cela, Jésus ne se contente pas de ruser avec les prétentieux scribes. Resté seul avec la femme adultère, il lui pardonne après avoir pris en compte le fait qu'elle avait réellement péché.

C'est le principe chrétien de la rédemption, selon lequel le pardon et la pénitence peuvent effacer le péché, qui s'exprime dans ce texte :

Il se redressa et lui demanda : «Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ?» Elle répondit : «Personne, Seigneur». Et Jésus lui dit : «Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus».


Jean-Marie Le Pen    (1928 - 2025)

« Les chambres à gaz [sont] un point de détail de la Seconde Guerre mondiale »

Le 13 septembre 1987, à quelques mois des élections présidentielles, le fondateur du Front national (FN) Jean-Marie Le Pen est invité au Grand-Jury RTL-Le Monde. Interrogé sur le négationnisme, il répond : « Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n'ont pas existé. Je n'ai pas pu moi-même en voir. Je n'ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c'est un point de détail de la Seconde Guerre mondiale. » Un peu plus loin : « Voulez-vous me dire que c'est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire ? C'est une obligation morale? »

Jean-Marie Le Pen ne tardera pas à comprendre qu'il est allé trop loin dans sa volonté de provocation. Désormais classé comme antisémite et négationniste, il va unir contre son parti tous les autres partis et se voir interdire la possibilité d'accéder au pouvoir suprême. Il devra se contenter d'accéder au second tour des présidentielles le 21 avril 2002 et de réussir sous son nom tous les déçus et les inquiets de la mondialisation et de l'ouverture des frontières.


Abraham Maslow    (1908 - 1970)

« I suppose it is tempting, if the only tool you have is a hammer, to treat everything as if it were a nail. » (en anglais)
« Si le seul outil dont vous disposez est un marteau, vous tendez à tout traiter comme un clou. » (traduction)
Source : The Psychology of Science (1966)

Le psychologue américain Abraham Maslow est à l'origine de la fameuse Pyramide des besoins, selon laquelle les besoins individuels sont hiérarchisés : au premier stade viennent les besoins physiologiques (boire, manger, dormir) sans l'accomplissement desquels nous sommes voués à mourir très vite ; ensuite les besoins de sécurité, puis d'appartenance, d'estime, et enfin d'accomplissement (Motivation and Personnality, 1954). Chacun d'entre nous s'oblige à combler les besoins de niveau inférieur avant de prétendre aspirer à un besoin de niveau supérieur.

Par la citation ci-dessous, le psychologue met en évidence un biais cognitif fréquent, depuis lors appelé « effet marteau » ou « marteau de Maslow » qui nous conduit à utiliser les approches qui nous sont familières pour résoudre tous les problèmes, sans que ces approches soient les mieux adaptées.


Gilbert Keith Chesterton    (1876 - 1936)

« The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. » (en anglais)
« Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » (traduction)
Source : Orthodoxie

L'Anglais Chesterton, romancier et journaliste prolifique, militant chrétien et quelque peu réactionnaire, est aujourd'hui surtout connu pour son art de la formule choc. Celle-ci est la plus connue. Citons le passage originel : « The modern world is not evil; in some ways the modern world is far too good. It is full of wild and wasted virtues… The modern world is full of the old Christian virtues gone mad. The virtues have gone mad because they have been isolated from each other and are wandering alone. » Citons encore cette formule pleine d'ironie : « Le féminisme pense que les femmes sont libres lorsqu'elles servent leurs employeurs mais esclaves lorsqu'elles aident leurs maris ».


Pap Ndiaye    (1965)

« Bien que son origine soit la lutte contre le racisme, et que cette question reste essentielle, il n’y a plus une cause unique attachée au woke. »
Source : Le Monde

Le mouvement woke (« éveillé » en français) est issu de la lutte contre le racisme des Noirs américains ainsi que le rappelle Pap Ndiaye, professeur à Sciences Po et spécialiste des relations sociales aux États-Unis, dans un entretien publié par Le Monde le 8 février 2021 : « Bien que son origine soit la lutte contre le racisme, et que cette question reste essentielle, il n’y a plus une cause unique attachée au woke. C’est un ensemble de causes, qu’on peut schématiser par un grand triangle militant qui mobilise une partie de la jeunesse mondiale : un premier angle est l’antiracisme (et le mouvement Black Lives Matter), qui a montré toute sa force en 2020 ; un deuxième est l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique (Greta Thunberg est une figure typiquement woke) ; le troisième angle est l’égalité femmes-hommes, la défense des minorités sexuelles et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes (#metoo). »

Actualités de l'Histoire

Histoire & multimédia

Nos livres d'Histoire

Récits et synthèses

Jouer et apprendre

Frise des personnages