Jean-Jacques Rousseau (1712 - 1778)
« Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d'aimer ses voisins »
Source : extrait de Émile ou de l'éducation, Livre premier
Rival indissociable de Voltaire, auquel il fait face pour l'éternité dans la crypte du Panthéon, Jean-Jacques Rousseau est le philosophe le mieux inspiré et le plus profond d'une génération qui n'en manquait pas.
C'est aussi un être ultrasensible, véritable écorché vif, par ailleurs égoïste et insupportable à ses proches. Il n'empêche que ses écrits restent d'une brûlante actualité, qu'il s'agisse de politique ou de psychologie.
Ainsi de la citation ci-dessus dans laquelle pourraient se reconnaître un grand nombre de nos contemporains... et sans doute Rousseau lui-même.
« O Homme, de quelque Contrée que tu sois, quelles que soient tes opinions, écoute; voici ton histoire telle que j'ai cru la lire, non dans les Livres de tes semblables qui sont menteurs, mais dans la Nature qui ne ment jamais »
Cette belle exhortation figure dans l'introduction du célèbre discours de Dijon sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1753).
On y découve le thème de la Nature rédemptrice et pure. Le penseur Emmanuel Berl s'en inspirera en 1940 quand il soufflera au maréchal Philippe Pétain la célèbre formule : «La terre, elle, ne ment pas».
« Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme ce sera moi »
Source : Les Confessions
Dans la dernière partie de sa vie, rejeté par les autres philosophes et persécuté (du moins le croit-il), Jean-Jacques Rousseau opère un repli sur lui-même et entreprend de se raconter dans les Confessions.
Jeanne Du Barry (1743 - 1793)
« Encore un moment, monsieur le bourreau, un petit moment »
On prête ce mot à la comtesse Jeanne du Barry, à l'instant de mettre sa tête sous le tranchant de la guillotine, le 8 décembre 1793.
Née à Vaucouleurs (Lorraine) des amours d'une couturière, Anne Bécu, et d'un jeune moine déluré, Jeanne reçoit une éducation soignée chez les soeurs, à Paris, avant de devenir modiste... puis d'être présentée à la cour de Versailles. Dernière maîtresse officielle du roi Louis XV, elle est après sa mort reléguée dans sa propriété de Louveciennes.
Ayant dédaigné d'émigrer au commencement de la Révolution, la comtesse du Barry se rend toutefois à Londres à plusieurs reprises au motif d'y récupérer ses bijoux qui auraient été volés.
Elle est arrêtée pendant la Terreur, le 22 septembre 1793, sous l'inculpation d'intelligence avec l'ennemi, et guillotinée le 8 décembre suivant, sur l'actuelle place de la Concorde, à Paris, après avoir dénoncé plusieurs personnes dans le vain espoir de sauver sa (jolie) tête.
Benjamin Franklin (1706 - 1790)
« Remember that time is money » (en anglais)
« Rappelez-vous que le temps, c'est de l'argent » (traduction)
De tous les Pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, Benjamin Franklin est sans doute le plus original et le plus attachant.
Auteur d'une célèbre Autobiographie publiée en 1771, il a laissé un grand nombre d'aphorismes souvent pleins d'humour, comme celui ci-dessus.
Citons aussi:
«In this world nothing can be said to be certain, except death and taxes !»
«On ne saurait rien tenir pour certain dans ce bas monde, hormis la mort et les impôts !»
«Keep your eyes wide open before marriage, and half shut afterwards.»
«Ayez les yeux bien ouverts avant le mariage, et à demi-fermés ensuite»
Et encore :
«If you would not be forgotten as soon as you are dead and rotten, either write things worth the reading, or do things worth the writing.»
«Si vous ne voulez pas qu'on vous oublie le jour où vous serez mort et pourri, écrivez des choses qui valent la peine d'être lues, ou faites des choses qui valent la peine d'être écrites.»
«Tout homme a deux pays, le sien et la France» :
Ce délicat compliment au pays de Voltaire et des cathédrales est supposé faire écho à l'excellent accueil que réserva la cour de Versailles à Benjamin Franklin, ambassadeur extraordinaire des Américains. D'aucuns l'attribuent aussi à Thomas Jefferson, autre visiteur illustre de la France d'Ancien Régime. Dans les faits, il s'agit d'une formule apocryphe d'Henri de Bornier (La fille de Roland, 1875).
Louis XVI (1754 - 1793)
« C'est légal parce que je le veux »
Par cette formule maladroite, Louis XVI exprime la nature du pouvoir dans la France d'autrefois. Elle rappelle la formule qu'inscrivaient ses prédécesseurs au bas de leurs édits et lois : « Car ainsi nous plaît-il être fait » (Charles VI, 1368-1422) ; « Car ainsi le voulons et nous plaist être fait » (Louis XI, 1423-1463) , « Car tel est notre bon plaisir » (François 1er, 1494-1547)...
En montant sur le trône de France à 20 ans, Louis XVI doit faire face à une crise profonde des institutions, bientôt aggravée par une crise financière. L'une de ses premières décisions, hélas, consiste à restaurer les Parlements que son prédécesseur avait eu la sagesse de démanteler. Ces institutions relancent aussitôt la contestation contre le régime tout en prenant la défense des privilèges.
Le roi renvoie son contrôleur général des finances, Turgot, coupable d'avoir tenté d'introduire plus de justice dans la fiscalité. Les successeurs de Turgot, Necker et Calonne, ne réussissent pas mieux à réformer les finances et les institutions. Le Trésor public souffre d'un dramatique endettement en dépit de la prospérité générale du royaume.
Charles de Calonne comprend que la situation appelle des mesures radicales et convoque à cet effet une Assemblée des notables. Comme de bien entendu, celle-ci, composée de privilégiés, bloque tous les projets de réformes du ministre, lequel, découragé, démissionne en avril 1787. Son successeur, l'archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, renvoie l'assemblée des notables le 25 mai 1787.
Retour à la case départ. Dans l'obligation de combler au plus vite le déficit des finances, le roi convoque le Parlement de Paris en vue d'enregistrer un édit établissant un emprunt de 420 millions de livres (la monnaie de l'époque). Les parlementaires, joignant leur voix à celle des aristocrates, réclament la convocation des états généraux, espérant abaisser ainsi le pouvoir royal... au seul profit des privilégiés. Comme les discussions s'éternisent, le roi transforme la séance du 19 novembre 1787 en lit de justice. Cette procédure exceptionnelle lui permet d'imposer l'enregistrement de l'édit. Louis XVI déclare d'une voix faible : « Je trouve qu'il est nécessaire d'établir les emprunts portés dans mon édit ». À quoi son propre cousin, le duc d'Orléans, répond en violation du protocole : « Sire, je regarde cet enregistrement comme illégal ». Et Louis XVI de répondre d'une voix encore plus faible : « C'est légal parce que je le veux ». Malgré cet acte d'autorité, le roi se résoudra l'année suivante à convoquer les états généraux. Ce sera le début de la Révolution française...








