22 mai 1875

Le congrès socialiste de Gotha

Le 22 mai 1875, deux partis allemands tiennent un congrès commun à Gotha (Thuringe), une petite ville surtout célèbre pour son almanach des têtes couronnées.

Les deux partis, qui se réfèrent tous deux au socialisme, veulent s'unir pour tenir tête au chancelier allemand Bismarck. À l'issue du congrès, le Parti ouvrier social-démocrate d'Allemagne (Sozialdemokratische Arbeiterpartei, SDAP) doit s'effacer devant l'Association générale des travailleurs (Allgemeiner Deutscher Arbeiterverein, ADAV).

Le congrès se solde de ce fait par la défaite des marxistes révolutionnaires. Il engage les socialistes allemands dans la voie d'une social-démocratie de compromis. 

Joseph Savès

Un socialiste visionnaire

L'Association générale des travailleurs, qui s'est imposée au congrès de Gotha, est le plus ancien mouvement socialiste ouvrier d'Europe. Elle a été fondée treize ans plus tôt, le 23 mai 1863, par Ferdinand Lassalle, un théoricien réformiste, et l'on peut la considérer comme l'ancêtre de l'actuel Parti social-démocrate allemand (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD).

Ferdinand Lassalle (11 avril 1825, Breslau ; 31 août 1864, Carouge)Ferdinand Lassalle est né de riches commerçants juifs de Breslau (sans rapport avec la France malgré son nom). C'est un disciple de Karl Marx mais il s'en est très vite éloigné avant de développer sa propre vision du socialisme. 

On lui doit la « loi d'airain des salaires » : dans un régime franchement capitaliste, selon lui, les salaires des ouvriers ne peuvent jamais dépasser ce qui est strictement nécessaire à leur survie et à leur reproduction (d'où le sens du mot prolétaire, d'après un terme latin qui désigne des personnes n'ayant pas d'autre utilité que la reproduction).

Il préconise le développement d'associations et de coopératives ouvrières afin de briser cette « loi d'airain » et promouvoir le socialisme dans le cadre d'un État démocratique bourgeois. 

Ce faisant, il s'oppose violemment à Karl Marx, partisan d'une « dictature du prolétariat », étape indispensable selon lui à l'avènement du communisme.

Ferdinand Lassalle meurt en duel par amour pour une femme de l'aristocratie, à 39 ans, le 31 août 1864.

Naissance du socialisme réformiste

L'Association générale des travailleurs a poursuivi son développement après la mort de son fondateur. Elle arrive en force au congrès de Gotha avec 73 délégués face aux 56 du parti rival.

Celui-ci, le Parti ouvrier social-démocrate d'Allemagne, a été créé en 1869 à Eisenach par August Bebel et Wilhelm Liebknecht. D'inspiration clairement marxiste, il est privé à Gotha du soutien de Karl Marx lui-même, en exil à Londres.

Wilhelm Liebknecht, en minorité, accepte donc la fusion des deux partis sous le nom de Parti socialiste des travailleurs (Sozialistische Arbeiterpartei Deutschlands, SAP), en faisant de grandes concessions aux thèses lassalliennes.

Il admet la « loi d'airain des salaires » mais aussi le développement de coopératives ouvrières de production, avec l'assistance de l'État bourgeois. Une trahison aux yeux de Marx !

Le programme de Gotha va être vivement critiqué par Karl Marx mais il ne va pas moins orienter la gauche allemande vers la voie réformiste et l'acceptation des règles démocratiques.

Le nouveau parti est dirigé par un collège de cinq membres dont trois lassaliens et deux Eisenach (dont August Bebel). Il est bientôt condamné à la clandestinité sous l'effet des lois antisocialistes et ne renaîtra qu'à leur abrogation, en 1890. 

Vers la social-démocratie moderne

En 1891, au congrès d'Erfurt, le SAP change son nom pour celui de Parti social-démocrate d’Allemagne (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, SPD) et passe sous la présidence d'August Bebel. Au fil des décennies suivantes, par touches progressives, les nouveaux sociaux-démocrates allemands vont rejeter complètement les thèses marxistes. 

Ils finiront par se rallier à l'économie de marché et accepter ses contraintes au congrès de Bad-Godesberg, petite ville sur le Rhin, au sud de Bonn.

Le congrès s'ouvre le 13 novembre 1959, dans le contexte de la guerre froide et de la division de l'Allemagne, au coeur d'une République fédérale d'Allemagne portée par le « miracle économique allemand ». Pour ses participants, il ne s'agit plus de détruire le système capitaliste mais de l'améliorer de l'intérieur, en négociant avec le patronat.

Les sociaux-démocrates ont pu accéder aux responsabilités gouvernementales sous la République de Weimar avant d'en être exclus par les nazis. Après une longue éclipse, ils reviennent enfin au pouvoir le 21 octobre 1969 avec l'élection de Willy Brandt à la chancellerie.

Pour les communistes qui se sont alignés sur Moscou, de gré comme en France ou de force comme en Europe de l'Est, les sociaux-démocrates allemands et leurs homologues scandinaves sont qualifiés de « sociaux-traîtres ». Tout au long du XXe siècle, ce discours a déteint sur les socialistes français, pétris de culture marxiste, plus assidus aux cours magistraux de leurs maîtres qu'aux actions de terrain des associations ouvrières.

Il en reste des différences persistantes entre la gauche française, encline à rêver au « Grand Soir » (la révolution), et la gauche allemande, adepte d'un système de cogestion ou codécision (en allemand : Mitbestimmung), qui permet aux représentants des ouvriers de voter dans les entreprises sur des sujets les concernant.

Publié ou mis à jour le : 2019-05-17 13:16:35

 
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